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CEE : la fin des coups de pouce serait « catastrophique » pour le secteur

Publié le 08 février 2021

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2021 est une année de transition pour le bâtiment. Les objectifs de construction durable et de rénovation énergétique sont en effet très importants. Pour soutenir la dynamique de travaux, certains dispositifs d'aides ont été renforcés comme par exemple, MaPrimeRénov', désormais accessible à tous les ménages sans condition de revenus. La 5e période des Certificats d'économies d'énergie devrait également avoir son lot de changements ; des évolutions récemment présentées dans deux projets de décret et d'arrêté mais qui suscitent des inquiétudes. Le point avec Édouard Barthès, président du syndicat Symbiote.
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Édouard Barthès est le Président du Symbiote, un syndicat pour la rénovation énergétique créé en 2018 et dont la finalité est de regrouper des acteurs pour « structurer » la profession. L’organisme compte à ce jour 250 adhérents : industriels, délégataires, fournisseurs d’énergie ou encore sociétés de travaux. Ensemble, ils travaillent à des propositions pour soutenir la croissance de la filière, pour pérenniser les dispositifs d’aides à la rénovation énergétique et donc assurer une « visibilité réglementaire dans le temps », et aussi pour mieux lutter contre l’éco-délinquance. En 2021, le Symbiote va travailler sur trois chantiers prioritaires : l’arrivée de la 5e période des CEE, la refonte du RGE et les politiques de contrôle. 

« L’objectif du syndicat, c’est d’être l’interface entre les acteurs de la rénovation énergétique et les différentes parties prenantes (DGEC, Bercy, répression des fraudes…) », une structure « fiable » qui ne soit pas là uniquement pour dire « ça ne va pas » mais qui propose des axes d’amélioration, nous explique Édouard Barthès.

Des aides qui ont fait leurs preuves 

Pour répondre aux objectifs de rénovation fixés par l’État, la mobilisation du secteur du bâtiment est nécessaire. Et cet engagement est désormais enclenché. « Il y a une massification qui est très significative depuis deux ans.  Il est évident que nous avons eu une accélération de la demande, et que toutes nos entreprises sont en croissance (...) ». L'explication, des dispositions « très fortes » qui ont été mises en place pour que les particuliers passent à l'acte. 

Pour mesurer l’impact de cette « massification sur l’emploi », sur le nombre de chantiers, et sur le chiffre d’affaires des entreprises, le syndicat a lancé une étude. « Nous pensons être entre 70 et 80% d’augmentation depuis 2018 ». « Il y a un enjeu sur l’emploi et plus largement sur le modèle économique des sociétés », avance-t-il. Un enjeu très fort aussi sur la formation puisque les besoins en recrutement vont très logiquement augmenter. « Il va falloir former et faire monter en compétences ces nouveaux venus dans la rénovation énergétique, tant sur la partie administrative que technique ». 

A ce sujet, Édouard Barthès nous rappelle que le syndicat est également « un centre de formation qui est certifié. Nous délivrons des formations très concrètes (ex. FEEbat Renov) qui permettent aux entreprises de monter en compétences dans l’utilisation des dispositifs CEE ou MaPrimeRénov’ » ; ce sujet n’étant pas forcément « facile et naturel pour tout le monde ». 

L’enjeu de la rénovation globale

Si les travaux s'accélèrent, le défi aujourd’hui est de tendre vers des rénovations globales, insiste Édouard Barthès.  « Nous sommes sur des mono-actes ». Mais comment passer à la vitesse supérieure ? Une des réponses, les Certificats d'économies d'énergie dont la 5e période débutera le 1e janvier 2022 pour une durée de 4 ans. Si le syndicat plaide pour le maintien des « Coups de pouce » Isolation et Chauffage, et appelle même à les amplifier, la volonté de l'Etat semble tout autre. Deux projets de décret et d'arrêté sont actuellement en consultation, des textes qui annoncent une limitation des bonifications à hauteur de 25% du total du dispositif (soit 5 mds d'euros sur les 20 mds attribués aux actions de CEE), et la fin des coups de pouce, dès la fin juin 2021 pour les actions d'isolation (planchers, combles), et en décembre 2021 pour le remplacement des chaudières gaz et des convecteurs électriques. 

« Ce coup d’arrêt impacte près de 32% des CEE délivrés sur la dernière période. Son effet est, en l’état, catastrophique pour le secteur », pointe le Symbiote. Le syndicat estime que près de 10 000 emplois directs et 40 000 emplois indirects sont « menacés. Ce sont aussi 200 M€ d’investissements de la filière rendus infructueux et 1,3 Milliard €/an de perte de chiffre d’affaires sans tenir compte du changement de modèle économique qu’il a fallu mettre en place pour les coups de pouce ». « Les professionnels de la filière ne peuvent pas s’organiser pour mettre en place dans ce délai très court une massification des offres dédiées à la rénovation globale ( formation, qualification…)». 

Le Symbiote propose ainsi un report au 31 Décembre 2022 de l’arrêt des coups de pouce pour structurer la filière professionnelle. Il préconise de travailler à une solution alternative équivalente, et de réintégrer les travaux combles et planchers dans MaPrimeRénov’ pour « accélérer la massification des rénovations globales » et atteindre rapidement les objectifs gouvernementaux. 

Renforcer le RGE

On ne peut parler des aides à la rénovation énergétique, sans aborder le RGE. Le label a récemment évolué, une refonte que le syndicat a suivi de près. « On sait qu’il va y avoir deux jours de formation. Quel va être le tronc commun ? Quelles seront ces formations ? ». Pour le Symbiote, il est essentiel « que nous ayons tous les mêmes bases, et que nous puissions avoir un référentiel cohérent. Nous nous sommes aperçus que ce label RGE avait été délivré massivement, et peut-être parfois, un peu trop vite ». Les propositions du syndicat devraient porter sur un renforcement des exigences pour l’obtention du label, sur des contrôles plus « draconiens » et plus fréquents pour le maintenir. La refonte doit permettre de valoriser les artisans qui travaillent dans les règles de l’art, qui utilisent des matériaux normés et certifiés, et qui par définition sont « capables » de faire des travaux de qualité chez leurs clients. 

Que penser du « RGE Chantier par chantier » ? « C’est une très bonne idée, parce que ça a été très bien construit », considère Édouard Barthès. « Ça va permettre à des petites entreprises qui n’avaient pas la qualification de partir sur ce métier, de profiter d’un marché de façon contrôlée et mesurée ». 

Le RE2020, une transition nécessaire

Les plans lancés en faveur de la rénovation s’accompagnent d’un autre bouleversement, l’entrée en vigueur de la RE2020. Une transition nécessaire, le bâtiment étant responsable d’un tiers des gaz à effet de serre, rappelle Édouard Barthès. « Il va falloir réorienter nos outils industriels pour arriver à produire moins carboné ». Pour les sociétés de travaux, s’adapter à ces nouveaux produits et revoir parfois les techniques d’installation, d’où un besoin en formation important « pour être plus efficace ». Sur le plan de l’énergie, « il y a un enjeu pour augmenter la part du renouvelable, ou du biogaz par exemple », et pour avoir « des logements plus économes globalement (…) mais de mon point de vue, le secteur a besoin de temps pour arriver à mettre en œuvre tout cela correctement ». 

« Nous sommes sur un secteur qui est très porteur, qui a du sens parce qu’on réduit les gaz à effet de serre par des actions très précises. Aujourd’hui, nous avons besoin d’avancer, de former, de contrôler, pour que l’ensemble de la chaine puisse continuer à grandir de façon qualitative », conclut Édouard Barthès.

Propos recueillis par Rose Colombel
Photo de une : ©Symbiote - Édouard Barthès

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