
Déjà, avec l'ajout de particules très fines, le béton haute performance du viaduc de Millau est quatre fois plus résistant que ceux utilisés de manière classique dans les murs des bâtiments. L'ouvrage est garanti 120 ans, et durera en fait beaucoup plus longtemps.
Mais les chercheurs visent à faire encore mieux, et connaissent déjà la technique pour fabriquer des bétons deux fois et demie plus résistants que celui de Millau, le béton ultra haute performance (BUHP). Déjà essayé sur des passerelles piétonnières - 120 m d'une seule portée à Séoul -, il pourrait à terme remplacer les tabliers en métal des ponts routiers. Utilisé pour la construction, ce BUHP permettrait de réduire nettement l'assise au sol des bâtiments. Mais les murs seraient tellement fins que ce serait peut-être "psychologiquement inacceptable" pour les résidents potentiels, reconnaît M. Van Damme en soulignant par ailleurs que les perceuses n'en viendraient pas à bout. Le béton, a-t-il poursuivi, va également évoluer "vers le beau" en devenant auto-nettoyant, et même dépolluant. A terme, explique Henri Van Damme, des semi-conducteurs - de l'oxyde de titane - pourront être incorporés dans la partie superficielle de la couche de béton. L'action de la lumière solaire produira alors des transferts d'électrons, qui "décomposeront les salissures" et les surfaces des murs se nettoieront d'elles-mêmes.
Mais ces semi-conducteurs ont une autre propriété : ils décomposent les oxydes d'azote produits par les voitures, les composés organiques volatils et l'ozone de l'air pollué de nos villes. Pour lutter contre ce type de pollution, le béton des nouveaux bâtiments pourrait donc en comporter. A terme, souligne M. Van Damme, les rues et les routes pourraient même être recouvertes d'une couche alliant bitume et béton ayant reçu le même traitement. En ce qui concerne les oxydes d'azote, précise-t-il, l'action de ces semi-conducteurs les réduit de moitié, "les décomposant en oxygène et en azote, deux éléments de l'air". Si le viaduc de Millau, unanimement salué pour son esthétique, fait oublier l'image de laideur attachée au béton, l'efficacité de ce matériau contre les gaz à effet de serre pourraient donc à terme lui donner de nouvelles lettres de noblesse, dans la lutte contre la pollution.














