A redécouvrir dans Paris, la Sainte Chapelle, comme un acte politique

Architecture | 08.03.06
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A redécouvrir dans Paris, la Sainte Chapelle, comme un acte politique - Batiweb
Le 26 avril 1248, Louis IX, le futur roi Saint Louis, faisait procéder à la dédicace de la Sainte Chapelle en cours d’édification dans son palais de la Cité, à Paris et destinée à abriter les reliques de la passion du Christ.Cette dédicace fait dans l’urgence - le roi partait à Aigues-Mortes en Août pour la croisade – était avant tout un acte politique, doublé d’un acte croyant. A cette époque, au milieu du " temps des cathédrales ", en enchâssant les Saintes Reliques dans un reliquaire géant, le roi fait de Paris, la capitale de la foi chrétienne.
Comprendre la Sainte Chapelle, c’est entrer dans la foi de l’époque et essayer de se replacer dans la croyance que portait le peuple aux «restes» des saints. Les richesses des villes, des évêchés, des régions et des pays, se comptaient alors en « petits bouts d’ossement », « en doigts momifiés » etc. gardés dans des reliquaires en or et pierreries, car rien n’était trop beau pour les conserver … Imaginez donc, le poids politique et financier qu’allait représenter « la sainte croix » ou la « couronne d’épine ».

D’après la tradition, la Vraie Croix aurait été retrouvée à Jérusalem à la fin du IIIe siècle, par Sainte Hélène, mère de Constantin (l’empereur romain qui accorda par l’édit de Milan la liberté de culte aux chrétiens). Quand à la Couronne d’épines, on ne sait toujours pas, par quel miracle, elle se retrouva dans les mains de l’Empereur Héraclius. Toujours est il que celui-ci transporta ces deux reliques de Jérusalem à Byzance au VIIe siècle, et que des fragments servirent durant des siècles, de cadeaux diplomatiques de prestige auprès des souverains et des établissements religieux étrangers.

En faisant, la coûteuse acquisition des ces reliques, Saint Louis sauve son allié byzantin, l’empereur Byzantin Baudoin II, de la faillite et reprend en faveur de sa propre dynastie la continuité de cette filiation symbolique : Jérusalem, Rome, Byzance et maintenant Paris.

Louis IX a acquis ces objets à prix d’or : 135 000 livres uniquement pour la couronne d’épine. (rajoutez aussi, l’acquisition de ce qui restait de la Sainte Croix, du manteau, de la pierre du Sépulcre, de la Sainte Lance, du Saint Sang,... !) Par comparaison, la Sainte-Chapelle elle-même n’a coûté que 40 000 livres !

Avec cet achat, Louis IX n’accomplissait pas seulement un acte de dévotion, mais également une démarche politique très symbolique. En s’appropriant ces objets sacrés, cultes d’une dévotion extrême à l’époque médiévale, il plaçait symboliquement le royaume de France au centre de la Chrétienté, comme une " nouvelle Jérusalem ", acte s’inscrivant d’ailleurs dans une longue tradition de liens étroits entre pouvoirs spirituel et temporel. Il fallait, pour ces trésors précieux un édifice à la hauteur de leur valeur : ce fut la Sainte Chapelle.

la Sainte Chapelle dispose d’un plan architectural courant pour les chapelles palatines, plan que l’on retrouve depuis celle d’Aix la Chapelle (fin du VIIIe sous Charlemagne) jusqu’à celle de Versailles (XVIIe). L’édifice est coupé en deux dans sa hauteur, constituant ainsi une chapelle basse, pour les personnes habitant le palais, et une chapelle haute, réservée au roi et à la haute noblesse. La Sainte Chapelle se démarque d’abord par ses dimensions. Avec ses 43 m, elle culmine à la même hauteur que bon nombre de cathédrales gothiques !

La chapelle basse mesure 6,60 mètres de hauteur, une misère face aux 20 mètres de sa consœur haute. Mais l’impression d’écrasement qu’elle procure vient également du fait que ses trois nefs sont aussi hautes les unes que les autres, au lieu d’avoir une nef centrale surélevée. La chapelle haute, contrairement à la première, apparaît admirablement légère, grâce à l’incroyable développement des vitraux, qui constituent une sorte de " cage de verre ". Elle était reliée directement aux appartements royaux (aujourd’hui disparus) par un passage interne.

La Sainte Chapelle est souvent considérée comme un chef d’œuvre de l’art gothique, caractéristique de ce courant par la place qu’elle accorde au vide, à la lumière. Ce reliquaire majestueux conservait en son sein, outre les reliques de la Passion, de nombreuses œuvres d’art comme la Vierge de la Sainte Chapelle en ivoire, conservée au Louvre. De nombreuses restaurations ont eu lieu aux XVIIe et XIXe siècle, notamment en ce qui concerne la polychromie, totalement recréée, mais qui rappelle au visiteur combien la couleur était importante et présente au Moyen-âge, tant sur les monuments que sur les sculptures ou les objets d’art.

Et l’auteur de ce Chef d’œuvre ? L'architecte Pierre de Montreuil

Selon un manuscrit du XVIe siècle conservé à la Bibliothèque Nationale, l'architecte de la Sainte Chapelle serait le célèbre Pierre de Montreuil.

Né à Montreuil-sous-bois, à l'est de la capitale, il aurait débuté comme maçon à Saint-Denis avant de devenir le maître d'oeuvre de la Sainte Chapelle et surtout de Notre-Dame de Paris.

Il a l'insigne honneur d'être enterré avec sa femme dans une chapelle de la cathédrale dédiée à la Vierge. Ce fait atteste que les églises médiévales étaient l'oeuvre de grands architectes reconnus et honorés comme il se doit par leurs concitoyens.

Redacteur