Claude-Nicolas Ledoux célébré en France pour le bicentenaire de sa mort

Architecture | 28.02.06
Partager sur :
Claude-Nicolas Ledoux célébré en France pour le bicentenaire de sa mort - Batiweb
Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806), l'architecte des Lumières, aimé des rois puis maudit, détruit puis redécouvert, va être fêté et commémoré pendant plusieurs mois à l'occasion du bicentenaire de sa disparition.
Architecte des Rois, il est aussi l'utopiste qui rêve de façon prémonitoire la cité industrielle avant d'être mis en prison sous la terreur, en 1793, parce que suspecté de sympathie royaliste alors qu'il est favorable au changement.
"Quatre cinquièmes de ses constructions ont été détruites et sur le cinquième restant le joyau est la Saline royale d'Arc et Senans, une oeuvre monumentale très originale ", a indiqué vendredi Claude Jeannerot, président du Conseil général du Doubs où se trouve la Saline, venu à Paris présenter le programme des commémorations.

Le moment fort sera l'exposition "Ledoux Homme des Lumières", qui se tiendra du 4 mai au 15 septembre dans la Saline royale, un ensemble monumental inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. Devenue "Centre culturel de rencontre Européen" sur l'architecture, la Saline est visitée chaque année par 100.000 personnes dont un tiers d'étrangers (japonais, suisses, allemands). La réalisation de l'exposition a été confié à Anthony Vidler, professeur américain à l'école d'architecture de New York Cooper Union et grand expert des XVIII et XIXè siècles français.

Ledoux, protégé de Madame Du Barry, a construit sous Louis XV de nombreux hôtels particuliers, tous détruits sauf un, deux châteaux, puis, sous Louis XVI, la Saline d'Arc et Senans à une époque où le sel est l'or blanc, et les Barrières d'octroi (mur des fermiers généraux) de Paris.

Des initiatives en direction des jeunes sont prévues au printemps ainsi que des concerts et une exposition de René Burri, photographe chez Magnum, sur les grands architectes qui se sont inspirés de Ledoux comme I.M. Pei (pyramide du Louvre). Deux colloques organisés par l'Université de France-Comté à Besançon éclaireront ce personnage complexe, architecte-philosophe hors du commun: le premier (du 2 au 5 octobre) sur le "sel, l'eau et la forêt" et le second (du 25 au 27 octobre) sur "Ledoux, l'utopie, la ville".

Enfin, le Louvre des Antiquaires à Paris présente dès à présent et jusqu'au 15 mars une petite exposition Ledoux, avec maquettes, gravures et photos de ses plus grands monuments. En ce lieu, s'élevait au XVIIIè siècle le Café militaire de la veuve Godeau où Ledoux signa sa première commande en 1762.

Architecte français né à Dormans dans la Marne en 1736, mort à Paris en 1806, Claude Nicolas Ledoux est issu d’une famille de marchands modestes qui désirent lui donner une bonne éducation. Ledoux est très vite remarqué pour son intelligence et ses professeurs le poussent à demander une bourse pour terminer ses études à Paris.

En 1749, il intègre le collège Beauvais, établissement janséniste de la capitale très strict assurant une excellente formation. Pendant trois ans, Ledoux se familiarise avec les classiques, les modernes et s’initie aux sciences. Il en profite pour nouer des amitiés très utiles pour sa carrière.

A sa sortie du collège de Beauvais, en 1753, Ledoux exerce le métier d’apprenti graveur pour gagner sa vie. Simultanément il suit des cours d’architecture avec Jacques François Blondel.

En 1762, Ledoux reçoit sa première commande, passée par le café Godeau (dont la magnifique salle est aujourd’hui reconstituée au musée Carnavalet, à Paris). Cette première commande lui vaut un premier succès qui va lui permettre de continuer dans cette voie pendant huit ans. Il est nommé en 1764 architecte-ingénieur des Eaux et Forêts.

Après avoir réalisé la commande de la première danseuse de l’Opéra en 1770, Ledoux entreprend la construction d’un pavillon dans les jardins de Louveciennes pour la nouvelle favorite de Louis XV, madame du Barry. Le projet présenté au roi lors d’une audience privée enchante ce dernier. Grâce à l’intervention de madame du Barry et de madame de Pompadour, il est nommé directeur des Bâtiments du roi.

Tout en réalisant ses commandes privées, Ledoux prend des marchés publics tels que les églises de Rolampont et de Cruzy-le-Châtel ou des pont. Grâce à madame du Barry, il est nommé en 1771 commissaire des salines de l’État en Franche-Comté, architecte de la Ferme générale en 1773. Il évite la disgrâce infligée aux proches de madame du Barry à la mort de Louis XV.

Son plus grand chantier est sans aucun doute celui de la Saline royale d’Arc-et-Senans dans le Doubs qui durera cinq ans (1774-1779).

Fort de son statut de membre de l’Académie royale et de constructeur attitré de la Ferme générale, Ledoux continue d’honorer des commandes publiques telles que le théâtre de Besançon, le justice et de la prison d’Aix-en-Provence, d’un grenier à sel à Compiègne.

Ledoux participe à la construction des barrières du nouveau mur des Fermiers généraux à partir de 1785. Il est démis de ses fonctions en 1789 à cause de la magnificence de ces bâtiments qui sont aux yeux des révolutionnaires le symbole de l’absolutisme royal.

Claude Nicolas Ledoux est arrêté le 29 novembre 1793 par le comité révolutionnaire du faubourg du Nord. Il est accusé d’avoir travaillé pour madame du Barry et de ne pas avoir applaudi sincèrement à l’exécution de Louis XVI. Menacé de la guillotine, Ledoux doit son salut à la chute de Robespierre, en juillet 1794, mais reste incarcéré jusqu’en janvier 1795.

Il consacre les dernières années de sa vie à l’écriture de son traîté d’architecture. Ledoux s’éteint le 12 septembre 1806.

Avant-projet des Salines d’Arc -et-Senans Saline royale d’Arc-et-Senans

Ledoux présente au roi l’avant-projet d’une manufacture implantée en cercle, avec une entrée monumentale composée de quatre colonnes à bossage rustique hérité de la Renaissance italienne. Vingt quatre autres colonnes doivent supporter trois portiques couverts. De longues galeries couvertes qui découpent la cour en diagonales s’appuient également sur cent quarante colonnes sans base. Louis XV est effaré devant tant de luxe qui fait ressembler la manufacture à un château ou à un temple : il refuse le projet.

Ledoux reprend son projet, la manufacture sera implantée en demi cercle. Il réussit néanmoins à imposer un style bien à lui.

Dix pavillons sont disposés en arc de cercle auxquels s’ajoutent des dépendances et des étables, des échoppes de charpentiers et de tonneliers. Les logements des artisans sont installés au premier étage de l’édifice central ; la saline et les habitations des ouvriers sont abritées dans les constructions qui complètent l’arc de cercle.

A l’opposé de l’entrée monumentale, composée d’un portique soutenu par six colonnes doriques se trouve la maison du directeur et la chapelle. De chaque côté de ce bâtiment, deux hangars cachés derrière des façades, elles aussi ornées de colonnes et portiques de pierres rustiques, abritent quatre chaudières, des réservoirs et des râteliers de séchage.

L’ensemble de la saline, y compris les jardins potagers, est entièrement clos par un mur, entouré au XVIIIe siècle par une douve sèche et une avenue périphérique.

Redacteur