De la déco et des espaces civilisés urbains, sympa non ?

Architecture | 23.08.05
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De la déco et des espaces civilisés urbains, sympa non ?  - Batiweb
Plus agréables, plus beaux ou plus faciles d'accès, les aménagements urbains se conforment de plus en plus aux désirs des citadins : vivre à l'extérieur de chez soi comme à l'intérieur. Projet très en vogue dans de nombreuses villes… Qu’en est-il à Paris ?
«Et si le monde extérieur ressemblait à votre in té rieur ?» Le slogan du dernier spot TV de la marque de mobilier Roche Bobois semble parfaitement épouser la ville du XXIe siècle telle que les citadins la rêvent : une métropole cocon, sans stress ni pollution, aussi sûre que Tokyo, mais aussi conviviale que Barcelone. Equipée des espaces verts de Londres et des pistes cyclables de Copenhague, cette cité idéale serait tout de même desservie par le métro parisien, le système de bus de Curitiba (Brésil) et les taxis new-yorkais... Utopie mondialiste ? Pas totalement. Sous la pression de ses habitants et de ses édiles, la ville prend un nouveau visage : après cinquante ans de règne sans partage, l'automobile laisse place progressivement aux piétons et autres modes de transport. Même Paris s'y met. Aménagements de couloirs de bus en site propre sur certaines grandes artères, construction du tramway sur le boulevard des Maréchaux, depuis la porte d'Ivry (XIIIe arr.) jusqu'au pont de Garigliano (XVe arr.). Autant de grands chantiers signalés par des panneaux : «mise en place d'un espace civilisé»...

Une priorité semble s’imposer : il faut lutter contre le manque de convivialité. «La réussite de Barcelone sur ce point tient à la création de nombreux petits espaces de rencontres disséminés dans la ville, comme les terrasses et les petites places, analyse Dominique Alba, directrice du Pavillon de l'Arsenal . A Paris, ce modèle est difficilement applicable à cause du bruit, première cause de nuisance pour les Parisiens. Installer une terrasse sur rue oblige toujours à d'âpres discussions avec les riverains. La solution semble donc d'attribuer des fonctions conviviales aux espaces selon les moments. Exemples : Paris-Plage l'été ou la fermeture des quais le week-end.»

Dans cette optique, de nouveaux bancs publics devraient orner Paris d’ici la fin de l’année... Avec, au programme, une version fauteuil : «Le but est de permettre des dispositions différentes dans l'espace, indique Odile Royer, de la direction de l'urbanisme de Paris et en charge du concours ouvert aux designers, plasticiens et architectes. Ces nouveaux fauteuils, inspirés des chaises des jardins parisiens, offriront aussi plus de confort puisqu'ils seront équipés d'accoudoirs pour permettre aux personnes à mobilité réduite de se relever plus facilement.»

Fini les espaces d’attentes des transports en commun tristes et désagréables…. Le futur tramway des boulevards Maréchaux disposera ainsi de stations paysagées avec de véritables arbres fruitiers. Et les arrêts de bus devraient bénéficier d'un sérieux lifting. Leur inconfort incite aujourd'hui trop d'usagers à privilégier le métro. Les stations souterraines sont en effet plus vastes, mieux équipées en panneaux d'affichage, fiables et jalonnées de distributeurs de journaux, de boissons ou de nourriture. Pour améliorer les équipements de ses stations de bus, la RATP a donc commandé une étude à l'anthropologue Stéphane Juguet et au sociologue Stéphane Chevrier. L'objectif : comprendre les désagréments de l'attente actuelle et imaginer les façons d'y remédier. «Les arrêts de bus sont systématiquement placés au bord de la chaussée, indique Stéphane Chevrier. Si l'attente se prolonge, les usagers ont le sentiment d'être prisonniers d'un système de transport à la vue de tous.»

L’attente aux heures de pointe est également un problème ... Une des solutions serait d'installer un avertisseur lumineux, visible à quelques mètres à la ronde. En changeant de couleur, il préviendrait de l'arrivée imminente du bus et permettrait aux usagers d'attendre à proximité en profitant des commerces ou d'un square. Rien n'empêche évidemment d'ajouter à cet Abribus quelques services comme un distributeur d'argent ou une borne Internet sans fil... C'est au Brésil que les édiles parisiens ont trouvé leur modèle. La ville de Curitiba a en effet pensé son système de bus en lieu et place d'un réseau de métro trop coûteux. Résultat : une cadence de bus identique à celle d'un vrai métro (un toutes les trois minutes), de véritables stations abritées et spacieuses où les véhicules accostent à l'aide d'un système de guidage électronique et des employés chargés d'aider les voyageurs. La ville de Los Angeles est déjà en train d'importer ce modèle outre-Atlantique.

Enfin, la qualité de l'air est un souci commun à toutes les agglomérations. Du coup, les responsables locaux tentent non seulement de réduire la pollution atmosphérique, mais aussi de rendre les lieux publics plus respirables. De plus en plus, administrations et autres lieux d'accueil ou de passage baignent dans une atmosphère purifiée. L'air y est débarrassé des odeurs de tabac, reparfumé, puis repulsé à bonne température. Pour certains, l'idéal serait de transposer le concept à la ville tout entière. Comment ? En transformant la cité en une sorte de gigantesque aéroport ? Ou, mieux encore, en la coiffant d'un dôme géodésique, cette immense cloche transparente qui recouvre déjà les célèbres Center Parks et garantit un climat sain et tempéré toute l'année. Le moyen peut-être de tirer un trait sur la pollution et les intempéries. Pas forcément d'offrir le meilleur des mondes...

Redacteur