Le racisme anti-arabe s'est déchaîné sur internet depuis les émeutes

Collectivités territoriales | 06.02.06
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Le racisme anti-arabe s'est déchaîné sur internet depuis les émeutes  - Batiweb
Le racisme anti-arabe et l'islamophobie se sont "débridés" sur internet depuis les émeutes dans les banlieues et les propos d'hommes politiques classiques reprennent du vocabulaire normalement réservée à l'extrême droite, estiment des militants de la lutte contre la xénophobie.
Le fait que Nicolas Sarkozy ait employé le mot "racaille" ou que Philippe de Villiers parle d'"invasion musulmane" à l'occasion des émeutes a fourni un bain de jouvance aux extrémistes sur internet", explique Mouloud Aounit, le dirigeant du Mouvement contre le Racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap).

"On assiste depuis à une explosion de délires racistes anti-arabes et anti-musulmans", selon lui. Si les sites tentent parfois de garder des apparences de respectabilité pour échapper aux sanctions pénales, les forums sont en revanche de véritables "arrière-boutiques de la haine", estime M. Aounit.

"Depuis les émeutes, la parole raciste a connu une nouvelle vitalité sur les sites spécialisés et a fleuri sur des sites classiques", renchérit un spécialiste de la lutte contre la haine en ligne. "Les frontières deviennent de plus en plus floues et pour nous la lutte est de plus en plus difficile."

L'antisémitisme est "toujours présent" sur la toile mais "le discours de haine à l'égard de la population arabo-musulmane est dominant, particulièrement depuis les émeutes", affirme le même spécialiste. L'homme préfère garder l'anonymat. Il a été menacé de mort et son nom, ses coordonnées, sa situation de famille publiés sur des sites extrémistes.

"Le racisme a un aspect cyclique sur internet", explique-t-il. Ainsi les sites les plus actifs dans la propagation de la haine sont nés des cendres de SOS-racaille, une nébuleuse d'une trentaine de sites démantelés en 2003 et formés d'extrémistes qui s'étaient connus sur le net. France-Echos, SOS-France et Occidentalis sont, selon le spécialiste, les trois principaux héritiers de la mouvance anti-arabe qui domine le net francophone de la haine. Le premier est le pivot du système et sert à attirer de nouveaux internautes.

Ils présentent tous les trois les arabes, les noirs et les musulmans comme des corps étrangers à la société française, maniant tour à tour l'amalgame, l'insinuation et l'insulte et réunissant un cocktail détonant de sympathisants du Front national, de de Villiers, du Bloc identitaire ou encore des nostalgiques de l'Algérie française.

L'animateur du site Occidentalis, Denis Greslin, l'un des seuls à s'exprimer sous son vrai nom, est un ancien candidat du FN et du MNR. Son "association" assure l'entretien de France-Echos, l'"une des vitrines racistes les plus odieuses sur le net francophone", selon le spécialiste. Le surfeur y est accueilli par des titres menaçants: "la charia s'impose dans le pays" ou "il faut que la peur change de camp". Les musulmans y sont régulièrement désignés comme "les adorateurs du pédophile" et les émeutes qualifiées de "Jihad made in France" ou de "guerre ethnique".

Sur SOS-France, diffamations, insultes et propos outranciers sont également monnaie courante pour dénoncer la "Francarabia". Pendant les émeutes, le site, qui dispose d'un forum intitulé "seulement blanc", a procédé à un décompte quotidien des violences urbaines assortis de commentaires incendiaires. Qualifiant les émeutiers de "terroristes", il n'hésitait pas à prévoir un prochain "massacre de Gaulois".

Redacteur