Naissance de l’Association française de la ventilation

Évènements du bâtiment | 28.01.21
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Sept organisations professionnelles ont lancé ce jour l’Association française de la ventilation, une instance dont la finalité est de remettre la qualité de l’air intérieur (QAI) au cœur du débat. Car si la prise de conscience est enclenchée, le chemin est encore long pour que la QAI soit pleinement intégrée dans la réglementation. Cela passera par un travail collectif et collaboratif pour sensibiliser davantage les ménages à la question, et également par la montée en compétences des artisans. Découvrez les priorités de l’association.

L’Association française de la ventilation est née de la volonté de sept organisations professionnelles d’avoir « une association de chantiers, de métiers, de filières ». L’idée a émergé au sein du Club Ventilation « devant le constat qu’il y avait beaucoup d’installations de ventilation qui étaient mal mises en œuvre dès le départ, ou qui étaient mal entretenues », explique Jean-Claude Rancurel, vice-président de l’association, et Président de l'UNA couverture-plomberie-chauffage. Humidité, condensation, moisissures, détérioration des réseaux comptent parmi les principaux désordres rencontrés par les techniciens de maintenance qui réalisent chaque année 14 millions d’interventions. 

Sur le terrain, des études ont démontré que le taux de remplacement des appareils présents sur le marché du résidentiel individuel se situait entre 5 à 7%, et qu’un tiers seulement, était entretenu régulièrement. Une situation similaire dans le collectif et le tertiaire avec un taux de renouvellement d’équipements faible, mais une maintenance plutôt bien assurée (via des contrats d’entretien notamment). 

Une bonne ventilation dans le logement est pourtant nécessaire puisqu’on touche non seulement aux performances du bâti, mais aussi et surtout à la santé des occupants ; des occupants pas toujours bien informés et qui n’appliquent pas toujours les bons gestes. Roland Bouquet, président du Synasav, cite l’exemple d’une enquête menée en 2018 par le syndicat et qui révèle que l’occupant « n’a pas conscience de l’importance de la maintenance de sa ventilation ». Il faut dire que 84% des sondés estiment que la QAI de leur logement est « bonne ». Résultat, seuls 34% ont déjà fait contrôler une fois leur système de ventilation.

L’urgence est là. Il a largement été prouvé que l’air intérieur est jusqu’à 9 fois plus pollué que l’air extérieur. Cette mauvaise QAI est à l’origine de 20 000 décès directs par an, et de 28 000 nouveaux cas de pathologies chaque année (asthme, rhinite, conjonctivite…), et représente un coût de 20 mds d’euros pour la collectivité par an. 

La création de l’Association est donc « un grand moment, c’est un challenge, c’est un enjeu important ». « Il y a la nécessité de remettre à niveau la qualité des installations de ventilation, et qui d’autres pouvaient prendre les choses en main que les acteurs de cette filière », se félicite Pascal Housset, Président de l’association, et vice-président de l’UMGCCP-FFB. 

Rénover le parc existant

Les 7 membres fondateurs de l’association sont la Capeb, la Fedene, le Fnas, l’UMGCCP-FFB, Uniclima, le Snefcca et le Synasav. Ensemble, ils entendent « renforcer et coordonner leurs actions pour une meilleure prise en compte de la santé et du bien-être des occupants des bâtiments tout en tenant compte de l’efficacité énergétique des systèmes avec des solutions simples et peu coûteuses à mettre en place ». 

Ghislain Eschasseriaux (FEDENE), Jean-Claude Rancurel  (CAPEB), Jean-Paul Ouin (UNICLIMA), Pascal Housset (UMGCCP-FFB), Roland Bouquet (SYNASAV), Jean-Pascal Chirat (FNAS), Fernando Ramos et Tugdual Papillon (SNEFCCA)

L’un des chantiers va être le renouvellement du parc. Jean-Pascal Chirat, vice-président de la FNAS, revient sur les chiffres du secteur. En 2019, 850 000 appareils destinés au résidentiel individuel ont été mis sur le marché par les fabricants (20% pour le neuf et 80% pour la rénovation), soit une croissance de + 3,5% par rapport à 2018. A ce jour, on compte 10 millions d’équipements installés. L’objectif de l’AF Ventilation est de faire évoluer le taux de remplacement de 5% à 8% (voire 9%). « Ce passage représente 150 à 200 000 machines de plus par an, ce qui fait un progrès de 20%. C’est un objectif ambitieux mais réaliste ». 

Pour ce qui est du collectif et du tertiaire, on parle de caissons de ventilation. 115 000 appareils ont été vendus en 2019 (neuf : 23 000 – rénovation : 92 000), soit une hausse de + 3%. Là encore, l’idée est de passer d’un taux de renouvellement de 5% à 8% (voire 9%), ce qui représenterait 10 000 appareils de plus. « L’ensemble de la filière, la distribution et les entreprises, devraient trouver dans ce cadre, une croissance d’activité qui leur sera bénéfique », estime-t-il.

Faciliter le quotidien des artisans

Outre la mobilisation de la filière, l’association estime indispensable de former et d’informer les professionnels du secteur, pour qu’ils s’emparent davantage de la question de la QAI, et qu’ils puissent aussi faire de la pédagogie auprès des particuliers. Il s’agit aussi de leur fournir des outils qui viennent faciliter leur quotidien (contrat d’entretien type, Attestation d’entretien, Aides au diagnostic…). Et s’assurer de la qualité de fabrication des produits et de la bonne mise en œuvre des installations via un contrôle technique.

Améliorer la QAI des logements va aussi passer par une qualification des techniciens de maintenance. Aujourd’hui, sur un chantier, le lot ventilation peut être assuré par différents corps de métiers. L’idée est donc de proposer des formations qualifiantes à destination des jeunes, et aussi des entreprises, pour accompagner la filière dans sa montée en compétences. Et donc de développer de la maintenance spécialisée et régulière. 

L’objectif est également de faire évoluer la réglementation pour rendre obligatoire l’entretien annuel par un professionnel qualifié. Autre piste à explorer, la mise en place d’une étiquette « ventilation » qui pourrait attester de la qualité d’une installation suite à des travaux de rénovation. « Ça fonctionne plutôt bien pour les équipements thermiques. On a des résultats assez probants », souligne Patrick Housset. De son côté, Ghislain Eschasseriaux, directeur général de la Fedene, propose de s’appuyer sur le Contrat de performance énergétique en y intégrant la QAI. 

Alors que le contexte réglementaire mise sur la performance du bâti (plan climat, plan de rénovation énergétique des bâtiments, décret tertiaire, plan de relance…), l’AF Ventilation « doit être l’artisane de la qualité autour de la ventilation des bâtiments », s’exclame Jean-Claude Rancurel. 

Bien sûr, les chantiers ne pourront avancer que si l’ensemble de la filière se mobilise. Jean-Paul Ouin, trésorier de l’association, et directeur général d’Uniclima, déclare que l’AF Ventilation est « un lieu pour travailler collectivement ». « Nous sommes sept et nous allons progressivement élargir cette association au plus grand nombre de participants ». Tous les industriels souhaitant s’inscrire dans le mouvement sont donc invités à se rapprocher de l’association. La QAI est un sujet « qui fait consensus ». 

Des parlementaires engagés 

Trois parlementaires étaient invités à témoigner lors du lancement de l’Association parmi lesquels Marjolaine Meynier-Millefert. Le sujet de la QAI « est mal traité », a-t-elle estimé, appelant à travailler collectivement pour qu’il soit « mieux perçu, mieux véhiculé ». En effet, on s’attache parfois trop à l’isolation. Attention de ne pas rendre les bâtiments « comme des boîtes hermétiques. Ce serait la fausse bonne idée ». 

La députée Claire Pitollat, a elle rappelé l’importance « de faire évoluer les normes pour une meilleure prise en compte de la QAI », une évolution qui se ferait en concertation avec la filière. Elle a aussi exprimé le besoin de rendre les acteurs de proximité plus visibles. Sur certains chantiers, il est difficile de trouver les bons intervenants, et la qualité de l’air intérieur n’est pas intégrée aux dossiers de rénovation. « Nous avons besoin de vous pour qu’il y ait une présence sur toute la durée de vie du bâtiment ». Pour ce qui est de l’information aux occupants, pourquoi ne pas s’orienter vers un Diagnostic de performance « santé-environnement ». C’est d’ailleurs une possibilité étudiée par Barbara Pompili, révèle la députée.  


Rose Colombel

Redacteur
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