Un peu d’économie pratique sur les vides greniers.

Journaliste d'un jour | 20.12.05
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Un peu d’économie pratique sur les vides greniers. - Batiweb
Dans ma région, la pratique des vides greniers connaît un réel engouement. Je participe moi-même avec ma famille à ces manifestations qui sont l'occasion d'initier mes enfants aux lois réelles de l'économie, tout en faisant le tri chez moi. Mon fils aîné, qui espère se débarrasser de vieux jouets qui ne l'intéressent plus pour acheter le nouveau jouet de ses rêves, y découvre avec stupéfaction qu'il n'est pas en mesure d'imposer son prix...
Ce n’est pas sans émotion que je le vois ainsi frôler cette fameuse «main invisible» dont les plus grands experts nous affirment qu’elle n’existe pas.

De mon côté, je parviens à vendre des affaires dont j'allais me débarrasser tellement elles me procuraient une «utilité négative» (encombrement). Ce qui prouve bien au passage que la valeur est subjective et qu'on ne peut imposer un prix «juste» de l'extérieur de l'échange lui-même.

Etant données mes préférences et mon revenu, je suis prêt à payer cher un bon livre d’économie ou un disque de jazz tandis que mon co-échangiste cherche à s’en débarrasser. Il y a matière à conclure un marché : quand je lui donne 5 euros pour son disque de jazz, je lis dans ces yeux éberlués «5 euros, tout çà !» tandis que je fais l’affaire en pensant «5 euros, seulement !».

Personne n’exploite personne dans cette relation gagnant/gagnant. Telle est la fonction des contrats librement consentis tandis que le marché libre constitue l’espace – et l’institution – au sein duquel ce type de contrats a le plus de chance d’émerger et de se nouer.

Les vides greniers marchent tellement bien que les pouvoirs publics devaient un jour inévitablement s'en mêler. Sous le fallacieux prétexte que l'activité des vides greniers avait tendance à cacher une véritable économie parallèle qui lésait les intérêts de certains professionnels, la réglementation s’est immiscée à nouveau dans cet intolérable espace de liberté.

Bien sûr, la presse locale, entièrement dévouée à la cause publique, s’est empressée de relayer le discours officiel sans la moindre nuance. Il était urgent que l’Etat s’en mêle ! Et comme les décideurs politiques sont toujours à la traîne des boutiquiers et autres marchands de tapis, ils se sont empressés de légiférer en ce domaine.

Il faudrait poursuivre tous ces jardiniers du dimanche qui tondent eux-mêmes leur pelouse car ces mauvais citoyens lèsent les intérêts d'une corporation pour l'instant silencieuse, faisant preuve d’une absence totale de patriotisme économique. Et tant qu'on y est, il faudrait que les gens arrêtent de s'inviter à déjeuner ou dîner, ils font du tort à la restauration…

Tant que les pouvoirs publics se feront le relais d'intérêts économiques corporatistes, au nom soi-disant de l'intérêt général, ils prendront toujours des mesures dont l'accumulation aboutit à un maquis de règlements qui a pour conséquence inévitable de plonger durablement l'économie dans la stagnation, pour le malheur du plus grand nombre.

Redacteur