
Quand on regarde la carte de Paris, on peut parfaitement remarquer un axe, ou plutôt une perspective, qui part du Palais du Louvre, traverse la Concorde, culmine à l’Arc de Triomphe et ouvre, via l’avenue de la Grande Armée, une perspective à l’Ouest où rien ne figurait avant la construction de la Grande Arche. Une telle perspective, outre urbanistique, est aussi historique. Ce grand vide sur l’Ouest parisien n’a jamais manqué d’intriguer nos politiques en mal de grands travaux. Cette obsession architecturale est d’ailleurs intéressante.
N’est-ce pas là une manière plus durable de rester dans la mémoire de ses contemporains et de leurs héritiers que cinq lignes dans un dictionnaire ? De Gaulle, qui incarnait l’Histoire à lui tout seul, n’avait pas cette obsession.
François Mitterrand, quant à lui, mena à terme ses grands projets. Fermer ou ouvrir l’Ouest parisien, dans le quartier de La Défense était une idée à laquelle avait déjà réfléchi l’architecte Auguste Perret en 1922. Mais l’idée fit long feu. Y succéda, dès 1958, une période que l’on peut qualifier d’anarchique avec la construction du CNIT. On commença alors à réfléchir. Mais en 1972, la construction de la tour GAN, montée à 72 mètres et inscrite dans la perspective de l’Arc de triomphe, souleva une polémique et relança le débat. Des ébauches virent alors le jour où deux conceptions s’affrontèrent : l’une d’ouverture sur l’ouest avec le projet du sino-américain Ieoh Ming Pei, l’autre de fermeture avec Emile Aillaud.
Mais le premier choc pétrolier fit retomber la polémique. Evidemment, l’arrivée de la gauche au pouvoir remit tout en question. Jack Lang en parla évidemment à Mitterrand. Et c’est un petit groupe, composé du ministre, de Roger Quillot, ministre de l’urbanisme, Paul Guimard et Robert Lion, futur patron de la Caisse des dépôts, qui prirent en main le destin de l’ouest parisien.
Les travaux ont réellement débuté en 1983, après le concours Tête Défense, lancé par le Président François Mitterrand pour prolonger l’Axe historique de Paris qui va du Musée du Louvre en passant par l'obélisque de la place de la Concorde puis l’Arc de Triomphe. Ce concours réunissait 484 projets anonymes venus du monde entier. Finalement, c'est le projet novateur de l'architecte danois Johann Otto von Spreckelsen qui fut sélectionné.
Construite par l’entreprise française de travaux publics Bouygues, elle est inaugurée en juillet 1989, année du bicentenaire de la Révolution française et à l’occasion du sommet du G7.
Mais, la Grande Arche n’est pas exactement dans l'Axe historique de Paris, avec lequel elle fait un angle de 6,33°. La raison est double : la version symbolique présentée par Jack Lang à l’époque, présentant le choix de cet écart précis comme un écho à celui de l'écart existant de l’axe du palais du Louvre par rapport au même axe historique, et surtout, celui beaucoup technique, dans lequel pour pouvoir installer les fondations de la structure de l’Arche, il a fallu respecter l'autoroute et les lignes ferroviaires existantes, ainsi que le projet de prolongement de la ligne 1 du métro parisien. .
Johann Otto von Spreckelsen avait conçu l'Arche de La Défense comme une version du XXe siècle de l'Arc de triomphe de l'Étoile : un monument consacré à l’humanité et aux idéaux humanitaires plutôt qu’aux victoires militaires. L'architecte de conception étant décédé le 16 mars 1987, c’est l'architecte Paul Andreu qui assura son achèvement



















