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Incendies de bâtiments équipés de panneaux : panique sur le photovoltaïque ?

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Publié le 02 juillet 2026 à 11h00, mis à jour le 02 juillet 2026 à 11h27, par Raphaël Barrou

Les incendies liés aux panneaux photovoltaïques sont-ils en hausse ? Causes, prévention, installation et sécurité : un expert décrypte les risques réels.
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Pourquoi entend-on de plus en plus parler d'incendies liés aux panneaux photovoltaïques ? Ces équipements sont-ils dangereux, notamment si l'installation laisse à désirer ? 

Cédric Ginguené, pilote de la cellule RCCI (Recherche des Causes et Circonstances d'Incendie) chez Saretec Group, expert dans l'accompagnement des victimes de sinistres, nous explique les raisons de cet emballement autour des panneaux photovoltaïques. Si des risques existent bien, il affirme que le nombre d'accidents déclarés est encore faible, mais appelle à renforcer les contrôles sur les installations. 

Combien d'incendies en France sont liés à des panneaux photovoltaïques ?

 

À l'échelle de notre cellule RCCI chez Saretec, nous traitons une cinquantaine de dossiers d'incendies impliquant des installations photovoltaïques chaque année. À l'échelle nationale, les professionnels de l'expertise estiment ce volume à plusieurs centaines d'incendies par an.

Précision importante : ces incendies impliquent des panneaux photovoltaïques, mais cela ne veut pas dire que c'est le point de départ de feu et la cause du feu. En revanche, ces incendies sont un risque émergent puisque leur nombre augmente. Mais c'est aussi lié à l'accélération de l'installation de ces panneaux photovoltaïques. En 2019, il y avait environ 450 000 installations, contre plus de 1 300 000 au premier trimestre 2026 [selon les chiffres de la SDES, NLDR]

Qu'est-ce qui explique que certains départs de feu proviennent de ces installations ?

 

Il faut vraiment parler d'une chaîne d'éléments qui composent le système qui permet de produire l'électricité. C'est cette chaîne d'éléments qui a une potentialité de sinistralité. Un panneau photovoltaïque, c'est un générateur de courant et non pas de tension, contrairement à une alimentation qui vient des fournisseurs d'électricité.

En cas de court-circuit sur la partie DC, l'intensité reste quasiment identique à l'intensité nominale — la hausse qui déclencherait un fusible ou un disjoncteur classique ne se produit tout simplement pas. C'est une particularité fondamentale : les protections habituelles de nos installations électriques sont inopérantes sur ce segment en courant continu. Or, nos installations sont faites pour accueillir des courants alternatifs. 

Une fois que l'amorçage est né et que l'arc s'est produit au niveau du courant continu, il n'est plus arrêtable parce qu'il va générer un plasma ionisé. Aucun autre élément ne va pouvoir l'arrêter. Donc une fois que ce plasma ionisé est présent autour de cet arc électrique et de cette combustion qui est créée, elle ne s'arrête plus. Au fur et à mesure, elle va continuer à faire fondre le câble jusqu'à atteindre tous les éléments combustibles qu'elle va pouvoir trouver autour d'elle. C'est pour ça qu'on a des feux qui peuvent se générer de façon latente.

Pourquoi ces incendies sont-ils si compliqués à prendre en charge pour les pompiers ?

 

Le problème fondamental pour les pompiers, c'est l'impossibilité de couper le courant. Leur premier réflexe sur un incendie domestique, c'est de couper l'alimentation électrique. Avec des panneaux photovoltaïques, c'est impossible tant qu'il y a de la lumière — même par temps nuageux, la production est suffisante pour présenter un risque d'électrocution. S'ajoute un danger moins connu : la fusion des structures de fixation en aluminium peut provoquer des coulées de métal, qui brûlent les combinaisons et détruisent les équipements respiratoires des sapeurs-pompiers.

Sans oublier que le poids des installations peut précipiter l'effondrement de la toiture une fois la structure affaiblie par le feu. La doctrine opérationnelle préconise aujourd'hui une attaque à plus de 5 mètres du foyer au jet [c'est-à-dire l'intervention du pompier, NLDR] diffusé, et si possible de reporter le déblai de nuit.

Les accidents sont-ils davantage liés à une mauvaise installation ou à des produits inadaptés ? 

 

Il n'y a pas qu'une faute sur les installateurs, il y a quand même aussi des défaillances de produits qui ont été vendus. Ça peut être l'un ou l'autre. En France, on a un problème majeur, les installations ne sont pas toutes faites par des professionnels. Beaucoup sont mises en place en autoconstruction sans surveillance. Tout cela se fait sans passage d'un professionnel qui puisse vérifier que vous avez fait les choses dans les normes. Si je devais quantifier, je dirais que c'est à 30 % lié aux défauts des produits et 70 % lié aux poses par rapport à ce que je vois aujourd'hui.

Il peut y avoir un mauvais contact, c'est-à-dire : un mauvais serrage, un mauvais sertissage, une mauvaise connexion, une mauvaise soudure. Tous ces éléments-là vont générer un échauffement résistif. Sur 5 mm, entre 7 et 8 ampères vont être créés, ce qui est suffisant pour générer un défaut résistif et l'arc électrique s'il y a une défaillance ou un écartement à cet endroit. Dans ce cas, le métal peut commencer à se ramollir voire entrer en fusion. Pour le cuivre, c'est 1080°C. 

Aujourd'hui, on apporte aussi de plus en plus d'importance aux connexions qui sont effectuées avec des connecteurs qui s'appellent MC4, qui font l'interconnexion entre chaque module. Une fois que ces connecteurs sont emboîtés ensemble, ils ne sont plus démontables. Ces interconnexions ont une obligation : être effectuées entre des connecteurs de même marque. 

Ensuite, lorsque le calepinage est mal étudié ou que l'installation est partiellement ombragée — par une cheminée, une antenne, des fientes d'oiseaux — on génère ce qu'on appelle un hotspot. Les cellules ombragées ne produisent plus d'énergie et deviennent des résistances traversées par le courant des cellules voisines. En thermographie infrarouge, on détecte ces hotspots dès qu'ils présentent un écart de 20°C ou plus par rapport aux cellules saines. Mais dans les cas critiques, la température locale peut dépasser 100 à 200°C — suffisamment pour dégrader le film encapsulant le module et initier un départ de feu.

 

Quel est le système le plus adapté à la prévention des risques d'incendies ?

 

Il existe deux architectures principales d'installation. Avec un onduleur central, le courant continu à haute tension — jusqu'à 400 à 500V pour une installation résidentielle classique de 12 modules — circule de la toiture jusqu'au coffret à l'intérieur du bâtiment. Avec des micro-onduleurs, la conversion DC/AC se fait directement sous chaque panneau : le segment en courant continu est réduit à quelques centimètres, à basse tension. C'est un vrai progrès en termes de sécurité électrique.

Avec l'onduleur central, un câble en courant continu haute tension traverse l'ensemble du bâtiment depuis les panneaux jusqu'au coffret. C'est ce trajet long qui concentre le risque d'arc électrique grave. 

Contrairement au micro-onduleur, pour lequel on a de petits segments de câbles qui vont relier chaque micro-onduleur jusqu'au panneau. Le circuit relie le panneau au segment qui va au micro-onduleur sur toiture, pour ensuite partir en courant alternatif. À l'extérieur, je vais donc créer un boîtier qui va permettre d'alimenter en courant alternatif directement dans l'habitation. 

L'onduleur central, pour un pompier en termes de prévention, ce n'est pas quelque chose qui est intéressant, parce qu'il sait que le courant continu va traverser toute ma maison. S'il y a un feu à l'intérieur, il va être embêté pendant un bon moment. Mais il n'y a aussi qu'un seul câble d'essai qui arrive au coffret. Celui-ci est vérifiable et accessible tout de suite. 

À l'inverse du micro-onduleur pour lequel la coupure et la gestion sont beaucoup plus simples, parce que l'on peut couper directement le courant alternatif en bas et l'arrivée de courant sera coupée dans toute ma maison. Ça, c'est un élément intéressant. Mais le problème, c'est le nombre de connexions. Plus je vais générer de connexions, plus je vais générer un risque de courant résistif, donc de potentiel départ de feu si c'est mal fait. 

En revanche, l'onduleur central est installé dans un local protégé des intempéries, là où les micro-onduleurs sont exposés en toiture, 24h/24, à des contraintes extrêmes : cycles thermiques de plusieurs dizaines de degrés entre nuit et plein ensoleillement, humidité, vent, vibrations — sur une durée de vie attendue de 20 ans. Ce n'est pas le risque d'un seul composant que l'on surveille, c'est autant de points de défaillance potentielle qu'il y a de panneaux. 

 

Quels types de bâtiments sont les plus à risque face aux incendies de panneaux photovoltaïques ?

 

Aujourd'hui, environ 50 % des sinistres liés aux panneaux photovoltaïques concernent des bâtiments agricoles. Ce sont eux qui ont le plus de place pour les installer et, la plupart du temps, ils n'ont pas grand-chose en dessous et cherchent tout simplement à pouvoir créer une richesse, sans devoir dépenser trop d'argent. 

Quand les panneaux sont posés sur des sites industriels, des bâtiments ou des maisons, on trouve des éléments combustibles qui sont facilement consommables par le feu.

Pour les maisons, c'est simple, il y a les toitures, les charpentes et les isolations, notamment à base de cellulose, qui sont facilement combustibles. Pour moi, c'est la même chose que de mettre des bidons d'essence dans votre toiture. 

 

Comment peut-on voir qu'il existe une problématique dans l'installation avant d'en arriver à un accident ? 

 

La seule chose qui est capable de détecter ces défauts résistifs, c'est la thermographie infrarouge. Que ce soit sur le panneau, sur les onduleurs, sur les connecteurs, sur les câbles, la thermographie infrarouge doit être faite. Pour une installation photovoltaïque, la norme impose des vérifications tous les trois ans. Mais je vous mets au défi de demander à tous les gens, qui ont installé il y a trois ans des installations photovoltaïques, de me sortir leurs documents de conformité de vérification !

On met en place des choses, mais le contrôle qui va avec met beaucoup plus de temps à arriver. Qu'est-ce que l'on attend ? Certainement que l'on ait une récurrence d'incidents pour finalement mettre en place un process et éviter que ces incidents augmentent. Il y a peut-être un travail à faire entre assureur et installateur pour proposer une petite case à cocher « Est-ce que je souhaite que mon installation soit vérifiée par mon installateur ? » Ce serait un contrat de vérification. 

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Raphaël Barrou
Journaliste - Batiweb

Raphaël Barrou est journaliste à la rédaction de Batiweb. Passionné par le monde du bâtiment et de l’immobilier, il s’intéresse en particulier aux actualités de travaux de rénovation et à l’avenir du secteur de la construction concernant l’utilisation de l’IA et de la robotique.

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