
Derrière cette promesse en trompe-l'oeil, il y a un jugement qui se dessine sur les valeurs communément admises dans notre société. La question radicale est de savoir à quoi nous accordons le plus de prix et ce qui peut nous conduire à une véritable maîtrise de notre vie et à un accomplissement de nos capacités, à un équilibre qui nous permette de connaître le bonheur. Pas seulement un petit bonheur mesurable par les sécurités du contrat social, pas seulement le bonheur d'un CDI ou d'une profession protégée, mais le bonheur réel et profond qui donne la joie d'être au monde et de vivre. Et si avant tout, cela reposait dans une redéfinition des valeurs au coeur des préoccupations de notre société et de celles des jeunes ?
Face à la déferlante anti-CPE, Dominique de Villepin est plus que jamais droit dans ses bottes, au risque de se couper de sa majorité. "La République, ce n'est pas les préalables, ce n'est pas l'ultimatum", a-t-il lancé lors d'une séance houleuse de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale devant des socialistes qui scandaient "retrait, retrait". Le chef du gouvernement a renouvelé sa proposition, faite lundi soir par écrit aux syndicats, de venir dès mercredi à Matignon pour discuter des aménagements à apporter au CPE sur les deux points les plus controversés: la durée de la période de consolidation de deux ans et les modalités de la rupture. Les syndicats ont tous décliné l'invitation.
"J'ai écrit aux syndicats, je leur ai proposé d'en discuter demain à Matignon. Ils ont refusé la main tendue", a regretté M. De Villepin. Le Premier ministre, qui joue son avenir politique dans cette crise, espère manifestement monter l'opinion publique contre les syndicats. "S'ils veulent s'engager dans la voie du dialogue, s'ils veulent réduire la période des deux ans, s'il veulent prévoir un entretien à la rupture du contrat, j'y suis prêt", a martelé le Premier ministre. On précisait toutefois de source gouvernementale que le gouvernement n'entendait pas introduire de "justification" au licenciement d'un jeune embauché en CPE, ce qui reviendrait à dénaturer le nouveau contrat.
Dans ces conditions, les regards se tournent vers le Conseil constitutionnel et vers Jacques Chirac, seuls à même de trouver une porte de sortie.














