Guerre au Moyen-Orient : le bitume, une matière des TP fortement impactée

Au-delà de l’approvisionnement en essence, le blocage du détroit d’Ormuz en Iran, point de trafic important du pétrole à l’international, touche différents matériaux du BTP.
Notamment le bitume, dont le prix a augmenté de 65 %, depuis le début du conflit au Moyen-Orient, nous confie la Fédération nationale des travaux publics (FNTP).
Un risque : que les marchés deviennent « économiquement insoutenables »
Ce mercredi 29 avril, à 10h29, le cours du pétrole Brent monte à 114,62 dollars le baril, gagnant 3,06 %. Or le bitume est un dérivé du pétrole et, mélangé à du gravier, il devient un enrobé comme produit au sein d’une centrale basée à Gennevilliers.
De quoi inquiéter Francis Dubrac, PDG de Dubrac TP et co-actionnaire du site de production d’enrobés, interrogé dans un reportage de franceinfo : « Là, on a une belle centrale de fabrication d'enrobé qui comporte tous les inconvénients du monde, puisqu'il est chargé par des camions qui consomment du gazole, un brûleur qui a une torchère à gaz... en plus du bitume. Il y a tout qui prend ! ». Résultats : un enrobé 10 à 12 % plus cher, nous rapportent nos confrères.
« Quand vous raffinez du pétrole, vous allez faire du kérosène pour les avions, vous allez faire de l'essence et du gazole, et en dernier lieu vous allez faire du bitume », abonde le chef d’entreprise. Des coûts probablement répercutés auprès de ses clients, les collectivités, pour entretenir les routes et les arrêts de bus. « Avec ces prix-là, il y a des cours d'école qui ne se feront pas cet été », prédit même M. Dubrac.
Une crainte que nous confirme la FNTP : «Les entreprises de travaux publics sont préoccupées par la crise au Moyen-Orient et ses conséquences sur leur activité, particulièrement en termes de hausse des prix de l’énergie et des matériaux. Elles sont aujourd’hui touchées de plein fouet par ces hausses, sans nécessairement avoir la possibilité de les répercuter sur leurs donneurs d’ordres. Le risque est qu’elle se retrouvent dans des marchés devenus économiquement insoutenables. »
Les mesures du gouvernement, un soulagement ?
Après une forte mobilisation auprès du ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, la Fédération a obtenu la circulaire Lecornu, publié le 24 avril 2026. Le texte rappelle l’obligation de clauses de révision des prix dans les marchés publics et permet aux entreprises de TP de renégocier avec leurs donneurs d’ordre, à la lumière des surcoûts.
De quoi « éviter que des marchés deviennent intenables et que des entreprises travaillent à perte », salue son président, Alain Grizaud, dans un communiqué du 28 avril.
Autre mesure importante du gouvernement : le coup de pouce de 20 centimes le litre de gaz non routier (GNR) – dont le prix a flambé de 70 % –, accordé aux entreprises du BTP de moins de 20 salariés. Élargie depuis ce lundi 27 avril aux entreprises de gros œuvre, cette aide devrait s’adresser aux entreprises de toute taille selon la FNTP.
« Nous comprenons la contrainte du Gouvernement dans la situation budgétaire annuelle, mais la Fédération n’est pas favorable aux mesures d’accompagnement qui s’appliquent avec des seuils. Elles ont toujours des effets de bord et se transforment en usine à gaz », insiste l’organisation auprès de Batiweb. «Aujourd’hui, toutes les entreprises de travaux publics sont concernées par la crise énergétique, quelle que soit leur taille. »
La FNTP a également réclamé une mise à jour plus rapide des indices gazole, GNR TP, bitume et gaz, important pour les index TP et afin de mieux les répercuter sur les coûts chantier. Un point parmi les autres, sur lesquels la FNTP « restera pleinement mobilisée dans les prochaines semaines ».
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