
Partiellement détruit pendant la Révolution française et bombardé en 1944, le château de Caen assure pour l'heure l'essentiel des revenus de la carrière de Cintheaux, réouverte sous l'impulsion de la ville début 2004. Cette restauration, commencée en 2004, devrait durer de 12 ans.
Située à quelques kilomètres au sud de la capitale régionale, cette carrière n'avait connu jusque-là et depuis le début du XXe siècle que des réouvertures ponctuelles sans lendemain. Appelée aussi, carrière de Quilly, elle a été exploitée d’abord à ciel ouvert puis en galeries et chambres souterraines jusqu’à sa transformation en champignonnière. Pendant une courte période, entre 1995 et 1998, la partie sud (rampe d’accès et chambre souterraine), a été exploitée pour une production limitée à des besoins locaux.
La carrière souterraine a été réouverte dans son intégralité en mars 2004 à la demande de la Ville de Caen pour fournir de la pierre de Caen à ses grands chantiers de restauration (église Saint-Pierre et château ducal). Ainsi la seule restauration des remparts du château nécessite l’extraction de 330 m3 par an pendant 15 ans; si on y ajoute la restauration des monuments historiques locaux, régionaux et étrangers (Angleterre), et le marché civil, les besoins en pierre de Caen sont estimés à 1250 m3 par an.
"Elle est un peu rousse et le grain est très fin. Pour moi, c'est la Rolls-Royce des pierres", affirme Camille Cappoen, carrier en chef à la carrière de Cintheaux. "Il n'y en a qu'une comme celle-ci et c'est la nôtre !", dit-il avec fierté en caressant de la main la paroi d'une des galeries.
Fine, lumineuse, solide... les qualificatifs ne manquent pas pour évoquer ce calcaire d'origine marine blanc jaunâtre, vieux de 165 millions d'années, qui connaît son âge d'or au XIe siècle.
Outre-Manche et Atlantique
Sous l'impulsion de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie (1035-1087) et roi d'Angleterre (1066-1087), de nombreuses carrières voient le jour sur le site même de la ville de Caen, où de nombreux édifices sont construits, tels l'Abbaye aux Dames, l'Abbaye aux Hommes et le château.
La conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant va assurer l'essor des carrières pendant plusieurs siècles et asseoir la renommée de cette pierre outre-Manche.
Parmi les principales réalisations au Royaume-Uni: la cathédrale de Canterbury, l'abbaye de Westminster, les châteaux de Buckingham, d'Oxford ou de Cardiff, mais aussi Tower Bridge et la fameuse Tour de Londres.
Ce succès ne se dément pas à travers les âges puisque la pierre traverse l'Atlantique pour décorer de nombreux intérieurs d'immeubles américains, ainsi que le transept de la cathédrale Saint-Patrick de New York. En Belgique, elle permet l'édification du palais royal et en Allemagne celle de la cathédrale de Cologne.
Au XVIIIe et XIXe siècles, l'importance économique et la renommée de cette pierre sont telles que, sous Louis-Philippe, plus de 30.000 tonnes sont exportées chaque année par le port de Caen.
Sans prétendre renouer avec ce passé glorieux, Sylvain Laval, qui dirige la carrière de Cintheaux, est bien décidé à remettre au goût du jour cette pierre, non seulement pour la restauration de monuments historiques, mais aussi à plus petite échelle. Un riche milliardaire américain a par exemple commandé au printemps dernier quatre blocs de 13 tonnes afin de réaliser quatre immenses vases pour la décoration de sa résidence.














