Bâtiment francilien : la relance rime avec prudence début 2026

Édouard Durier, vice-président de la Fédération française du bâtiment Grand Paris Île-de-France, amorce le point de conjoncture de début 2026 avec ces mots : « Si les dernières données disponibles, notamment celles de février 2026, révèlent des signes encourageants de reprise, avec une hausse significative des logements autorisés et des mises en chantier, ainsi qu'une progression notable des surfaces de locaux non résidentiels, cette embellie doit être interprétée avec prudence. »
Un rebond en trompe-l’œil dans le neuf ?
Dans le détail, 67 500 logements ont été autorisés à la construction, soit +31,4 % comparé à février 2025, tandis que 47 000 logements ont été mis en chantier (+14,7 %).
Côté non résidentiel, la FFB francilienne relève 2,706 millions de m² de chantiers commencés (+8,1 %) et 4,409 millions de m² (+18,1 %) sur son périmètre. « Ce rebond témoigne d'un regain d'optimisme, mais il faut le confirmer par des mises en chantier effectives », souligne M. Durier.
La fédération prévoit une amélioration post-élections municipales, avec un retour de chantiers interrompus par les collectivités. Encore faut-il faciliter l’accès des TPE-PME aux marchés publics, soutient l'organisation.
Le dispositif fiscal Jeanbrun, censé créer le statut de bailleur privé, semble incarner une lueur d’espoir, déjà exprimée par les promoteurs immobiliers. La FFB régionale soutient toutefois l’élargissement du dispositif au neuf dans l’individuel, « pour atteindre l’objectif de plus de 81 000 logements chaque année à l’horizon 2035 ».
« La forte hausse des surfaces autorisées montre un retour de confiance des investisseurs. Cependant, là encore, la tendance reste fragile. Les certitudes économiques pourraient dissuader les lanceurs de projets », abonde le vice-président de la FFB Grand-Paris IDF.
L’entretien-rénovation impacté par l’interruption des aides
D’autant que l’application de la RE2020 sur le tertiaire fait craindre une nouvelle surenchère administrative au sein de la fédération locale. « La RE2020, là encore, impose des normes strictes pour les bâtiments tertiaires, ce qui renchérit les coûts et complique les projets de construction ou de rénovation », s’inquiète Édouard Durier.
D’ailleurs, l’entretien-rénovation souffre particulièrement, reculant de 1,8 % à fin 2025. Le résultat d’un stop-and-go de MaPrimeRénov’ dommageable à la filière, malgré l’accent mis sur les certificats d’économies d’énergie (CEE). D'autres acteurs de la rénovation diront que la fin de l’aide pour certains mono-gestes n’aura pas non plus aidé.
La FFB Grand-Paris fonde quand même de grands espoirs dans la reconduction de MaPrimeRénov’ et le plan relance logement. L’assouplissement du dispostif Jeanbrun pour la rénovation peut également jouer dans la balance.
Les incertitudes économiques et géopolitiques à surveiller
Mais que ce soit sur la rénovation ou la construction, le nuage inflationniste, sur fond de guerre au Moyen-Orient, continue de menacer le secteur. « Le conflit en Iran, en cas d'escalade, pourrait déstabiliser les chaînes d'approvisionnement, pétrole, acier, et faire flamber les prix de l'énergie, ce qui ralentirait les chantiers et découragerait les investisseurs », rappelle le vice-président de la FFB Grand-Paris IDF, qui avait déjà exprimé ces inquiétudes en avril dernier et soutient la création d’un observatoire des coûts des matériaux et de l’énergie.
En attendant, les défaillances d’entreprises s’établissent à 3 479, soit -1,3 %. Pour la FFB régionale, « cette amélioration masque des fragilités persistantes, notamment pour les PME et TPE, qui subissent une pression accrue sur leurs trésoreries en raison de la hausse des coûts et des retards de paiement ».
Quid des recrutements ?
Il y a aussi le manque de main-d’œuvre, alors que l’emploi dans le bâtiment francilien stagne (-0,7 %, soit 356 599 salariés). Autre indicateur, plus négatif : la baisse du nombre d’intérimaires, de 5,6 % à fin février 2026. Un mauvais présage tant pour les embauches que la stabilité des salariés.
Pourtant, comme le soutient Édouard Durier : « On voit d'ailleurs arriver depuis quelques mois des gens en reconversion ou des jeunes sur nos métiers, parce qu'ils se disent : “Si je fais avocat ou comptable, demain ça va être remplacé par l'IA”, alors que le maçon ou le plombier ne sera pas remplacé par l'IA, en tout cas pas tout de suite (…) »
Sans compter la main-d’œuvre étrangère, vivier important de recrutements pour le secteur francilien. Interrogé sur les difficultés pour des salariés concernés à renouveler leur titre de séjour, Édouard Durier, chef d’entreprise dans la maçonnerie, témoigne : « J'ai des gens qui sont du Mali, qui ont des titres de séjour, dont je connais la date de fin. Quelques mois avant, on commence à les prévenir. (…) On a tellement besoin de nos salariés qu'on est très vigilants.»
Et de souligner les vocations créées grâce à la rénovation énergétique et la restauration du patrimoine. « Surtout en région parisienne et notamment à Paris, qui est quand même la capitale de la France et dans laquelle il y a pas mal de vieux bâtiments publics ou privés à rénover, y compris publics bien sûr », nous confie-t-il. « Après, c'est une histoire de budget, du ministère de la Culture ou de différents ministères pour mettre en route les opérations ».
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