
Dans une interview mardi au Figaro, M. Roverato se justifie: alors que Sacyr promet des "synergies" entre les deux groupes qui en feraient "un acteur majeur de la construction" en Europe, le patron français dénonce des "maigres synergies" où "Sacyr nous apporterait ses dettes et nous lui apporterions notre savoir-faire". M. Roverato affirme que "cette offre en titres n'est qu'un habillage, une façon pour Sacyr de couvrir sa prise de contrôle rampante d'Eiffage". Et n'hésite pas à dire que les actifs immobiliers de Sacyr en Espagne "pourraient être révisés à la baisse très prochainement".
L'actualité boursière a semblé donner raison à M. Roverato. Mardi, à la mi-journée à la Bourse de Madrid, les actions des groupes immobiliers et des constructeurs ont lourdement chuté, Sacyr perdant 9,37% entraînant dans son sillage l'action Eiffage à Paris qui perdait 2,35% à 104,49 euros.
Assuré de l'appui des dirigeants du groupe réuni au sein d'Eiffaime, qui détient désormais 5,19% du capital, M. Roverato peut aussi compter sur ses salariés (22,4%) qui dénoncent "le haut niveau d'endettement de Sacyr" et appellent à une journée d'action mercredi, avec rassemblement à Paris. De nombreux salariés d'Eiffage étant également actionnaires, les syndicats soulignent aussi le risque pour le devenir de leur épargne, qui "ne doit pas être engagée sur un coup de Bourse sans lendemain".
Pour sa part, Sacyr a fait publier mardi une pleine page de publicité dans plusieurs quotidiens, adressée aux salariés et actionnaires d'Eiffage, réitérant sa volonté de maintenir le groupe en France, "dirigé par un management français et coté à la Bourse de Paris". Les dirigeants de Sacyr se sont dits "prêts à rencontrer les représentants des salariés d'Eiffage" pour répondre "à toutes les questions".
Fidèle à son style iconoclaste, M. Roverato a même affirmé au Financial Times que pour défendre son entreprise, il était prêt à rendre l'équivalent de 8 millions d'euros d'actions gratuites. "Pourquoi pas? Ce serait un beau geste et je n'ai pas besoin de cet argent", a-t-il lancé.
Numéro trois français du BTP derrière les géants Bouygues et Vinci, le groupe Eiffage, qui abrite en son sein la société Eiffel, lointaine descendante des ateliers de l'ingénieur Gustave Eiffel, a pris de l'envergure ces dernières années grâce à sa réussite boursière, mais aussi en construisant le viaduc de Millau, le plus haut du monde.














