
Actuellement rémunérés à 2,75%, le Livret bleu, proposé par le Crédit Mutuel, et le Livret A, réservé pour sa part à la Banque postale et aux Caisses d'Epargne, sont deux produits d'épargne défiscalisés, destinés à financer la construction de logements sociaux. Détenu par 46 millions de Français, le Livret A est le plus répandu d'entre eux. L'épargne collectée par le biais de ce livret est centralisé à la Caisse des dépôts, qui s'en sert pour prêter de l'argent aux organismes HLM.
Début 2005, le Crédit Agricole, ensuite rejoint par BNP Paribas, Société Générale, Banque Populaire et ING Direct, avait déposé plainte auprès de la Commission européenne contre ces "droits spéciaux".
De son côté, l'Etat français avait poussé les hauts cris, défendant le rôle social joué par le Livret A. La Caisse d'Epargne et la Banque Postale avaient également insisté sur le rôle de ce placement comme "outil d'intégration bancaire" des plus défavorisés qui l'utilisent comme un compte courant. Le 7 juin 2006, Neelie Kroes avait sommé Paris de s'expliquer un peu mieux, craignant que de tels privilèges ne découragent les banques étrangères qui voudraient s'implanter en France. Alors que les trois banques concernées ont refusé de réagir mercredi, le ministère français de l'Economie n'a pas hésité à menacer de porter l'affaire devant la justice européenne.
"Si cela se confirmait, il conviendrait probablement de faire valoir notre position devant une juridiction européenne", a-t-on indiqué à Bercy. A y regarder de plus près, la décision de la Commission représente pourtant une demi-victoire pour Paris. En effet, il était clair pour tout le monde que la situation n'était pas tenable et que les autorités françaises devraient un jour renoncer à cette exclusivité.
Le résultat n'est donc pas si mauvais car la Commission va autoriser ce système durant encore neuf mois, alors qu'elle aurait pu l'interdire sur le champ. En outre, aucune amende ne sera exigée. Ensuite, remarque la source proche du dossier, l'Etat français pourra "toujours imposer des obligations de service public" aux banques qui souhaiteront distribuer ces livrets. En contrepartie, l'Etat français pourra par exemple obliger les banques candidates à accepter tous les clients, sans discrimination, comme c'est le cas aujourd'hui à la Banque postale.
En outre, souligne la source ayant requis l'anonymat, "la Commission ne remet pas en cause la concentration des fonds via la Caisse des dépôts" et ne touche en aucune façon au logement social.














