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Rennes : le NEC plus ultra du désastre

15 décembre 2003
Rennes : le NEC plus ultra du désastre
Baptisé provisoirement NEC (nouvel équipement culturel), le méga centre culturel de Rennes devrait un jour s’appeler Champs Libres. Mais aujourd’hui, pour les entreprises, le Beaubourg breton est synonyme de champ de ruine.

À l’instar de son auguste aîné, ce petit frère rennais du Beaubourg parisien devait garantir à ses initiateurs que leurs noms seraient à jamais gravés au panthéon de la culture et de la reconnaissance populaire. Pour être sûr du résultat, la mairie avait d’ailleurs pris soin de faire appel à l’une des plus belles valeurs montantes de l’architecture, Christian de Portzamparc. Pour les élus, il était temps d’offrir à la capitale bretonne une singularité dont elle n’avait pas fait preuve depuis longtemps dans le domaine culturel. Le fabuleux vaisseau rennais devait donc envoyer aux oubliettes les ancestraux bâtiments de la ville pour concentrer en son sein le musée de Bretagne, l’espace des sciences et la bibliothèque. Une méga-usine de culture comme on savait si bien les faire dans la décennie des années 80. Ouvert en septembre 2000, on ne sait plus exactement à quel moment le chantier du beau vaisseau a commencé à dériver. Une dérive qui n’échappa cependant pas à la mairie qui eut tôt fait, dès 2001, de refiler la barre du chaotique navire à la communauté Rennes Métropoles. Quand un bateau coule, autant que les responsabilités se noient avec lui. On ne sait pas non plus avec précision où est apparue la première voie d’eau. Ce que l’on sait, en revanche c’est que l’appel d’offre, selon un fin connaisseur du dossier, avait dès l’origine été bouclé sous de mauvais hospices.

Mauvais départ
Outre une tension visible entre la maîtrise d’ouvrage, et la maîtrise d’œuvre (Thalès Engeneering et l’architecte Christian de Potzamparc) et une attribution de 14 lots répartis entre 20 entreprises, tout était réuni pour que la navigation soit houleuse. Elle le fut. La multiplication des aléas fit d’abord passer les délais officiels de 24 à 28 mois puis de 30,75 mois à 38,50 mois. Une précision très horlogère qui surprend dans une affaire ou l’absence de maîtrise est une constante. Coté budget, la courbe, elle aussi a suivi un chemin parallèle. Évaluée au départ à 280 MF, l’enveloppe passa rapidement le cap des 465 MF avant de se stabiliser provisoirement au périmètre de 93,5 M€ (630 MF). Soit plus du double en trois ans. Le Maire, Edmond Hervé, exceptionnellement sorti de sa réserve sur cette affaire, attribue cette hausse à un imprévu, celui de « l’évolution des technologies et des aménagements muséographiques ». On sait cependant qu’une augmentation de 3,35 % de la rémunération du maître d’œuvre a été de justesse et diplomatiquement retirée de l’ordre du jour du dernier Conseil d’agglomération. Les contribuables respirent…

Des chaises musicales arrangeantes
Mais le mouvement perpétuel des délais et des budgets n’est pas le seul en cause. Il faut y ajouter celui des responsables de l’équipe de Rennes Métropole qui pilote le projet NEC. Une équipe sujette à un incessant jeu de chaises musicales qui a ôté aux entreprises l’accès à toute décision claire, à toute consigne précise. Le résultat ne s’est pas fait attendre. De retards en atermoiements, de flous artistiques en décisions imprécises, ce fut d’abord l’entreprise DSBC, co-traitante de la société Blainvillain, qui fut la première défaillante. Incapable de remplir ses obligations, elle fut écartée par Rennes Métropole qui dans la foulée lui attribuât tous les maux dont le projet était l’objet. Sa remplaçante, la société Blainvillain, a depuis également déposé son bilan. L’agacement des édiles les a finalement conduit, via le tribunal administratif, à nommer un groupe d’experts. Non seulement la mesure arrive bien tard, vue la spirale de défaillances annoncées de longue date, mais le seul objet de ce groupe d’experts était de dédouaner Rennes Métropole de ses responsabilités dans ce désastre programmé. Ce qu’ils ont fait avec zèle et compétence. Aujourd’hui, dans ce marché public en forme de guêpier, la solution qui reste aux entreprises est de naviguer au plus juste afin d’éviter que chacune, par un effet classique de domino, ne plonge à son tour dans la nasse de la faillite. Dans ce chantier livré au minimum avec trois ans de retard, piloté par un acteur public plus soucieux de s’exonérer de ses responsabilités que de s’impliquer dans le suivi du projet, nombre d’entreprises impliquées ont d’ores et déjà vu disparaître, en un an, une trésorerie qu’elles mettront des années à reconstituer. Si les services de la communication de Rennes Métropole annoncent aujourd’hui que l’échéance de 2005 sera tenue, plus personne à la direction ne parle en revanche de budget. Il est vrai, qu’à quelques mois d’une série d’échéances électorales, ce nec plus ultra rennais du désastre prend la forme d’une pilule que les électeurs pourraient avoir bien du mal à digérer.

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