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Strasbourg vit à l’heure du plus grand chantier hospitalier français

Publié le 15 décembre 2003

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Loin du traditionnel CHU, le nouvel Hôpital Civil de Strasbourg, véritable cité médicale au cœur de la ville, préfigure la grande mutation hospitalière qui, dans les trente années à venir, va gagner toutes les villes de France.
Strasbourg vit à l’heure du plus grand chantier hospitalier français - Batiweb
Après dix ans d’études, la capitale alsacienne a entrepris depuis deux ans la construction du plus grand chantier hospitalier français depuis la livraison de l’Hôpital Européen Georges Pompidou. Sur un espace de plus de 26 hectares, l’hôpital, conçu par l’architecte Claude Vasconi, se place d’emblée en rupture avec les ouvrages aux halls d’accueils monumentaux, d’où naissent d’affligeants labyrinthes de couloirs. L’ouvrage de Claude Vasconi, à l’inverse, est élaboré dans le souci de la légèreté et de la fluidité de circulation. Il est formé d’un ensemble de bâtiments bas répartis autour d’une artère principale formant une nef. Car le mot d’ordre est donné, l’hôpital du futur sera un lieu privilégié de sérénité dont l’architecture, à l’échelle humaine, sera propice à toutes les circulations, celles des hommes comme celles des techniques. Pour renforcer l’humanité de l’ensemble, l’architecte a également laissé la place en rez-de-jardin à un vaste espace vert, sorte de no-man’s land naturel, destiné à briser un peu plus le sentiment de densité. En parallèle à ce souci de légèreté, le complexe a été conçu autour de l’obsession de la flexibilité et de la réactivité au temps et à l’évolution technologique. En effet, on sait aujourd’hui qu’avec une gestation qui peut aller jusqu’à 15 voir 20 ans (comme ce fut le cas pour l’Hôpital Georges Pompidou) le danger est grand de voir un complexe hospitalier être inauguré alors est qu’il est largement dépassé par l’évolution des pratiques et des techniques. Ce fut d’ailleurs le cas à l’Ouest de Strasbourg pour l’opération Hautepierre. Un projet conçu en 1960 qui s’avéra de facto complètement obsolète lors de son inauguration en 79. Le Nouvel hôpital civil de Strasbourg devrait donc, grâce à son potentiel d’anticipation, éviter ces écueils. Pour exemple, lorsqu’en 90 le premier projet fut conçu, les réseaux Intranet, Internet ou Ethernet n’existaient pas. Pourtant, à Strasbourg, les traditionnels clichés radio laisseront déjà en 2005 la place à une imagerie médicale complètement numérisée, circulant sur des kilomètres de réseaux croisés. Le NHC de Strasbourg sera donc le fruit d’une collaboration étroite entre les constructeurs, les médecins et les informaticiens.

Dépasser les frontières des langues et des cultures
Autre exemple, plus proche du bâtiment, celui des sanitaires. Pour sa facilité de pose, de mise en œuvre et de maintenance, le principe du bloc salle de bains préfabriquée semble désormais acquis. L’hôpital sera donc équipé, dès le gros œuvre, de 650 salles de bains préfabriquées encastrées dans chaque chambre par un engin de levage suivant un cheminement prévu de longue date. Ces blocs de 4 tonnes, équipés comme des salles de bains d’hôtels trois étoiles, sont aujourd’hui construits à Saint-Nazaire par la société Baudet. Une entreprise jusque-là spécialisée dans les salles de bains des navires de croisière. Mais, au-delà de l’anticipation technologique, l’hôpital de Strasbourg dévoile aussi des aspects précurseurs dans l’évolution des entreprises de BTP européennes. En effet, l’entreprise mandataire du gros œuvre n’est autre que la major Allemande Hochtief et son sous-traitant Bilfinger & Berger. Un choix au caractère résolument européen qui a contraint les techniciens des entreprises d’Outre Rhin, comme le maître d’ouvrage et les entreprises de second œuvre, à de profondes remises en cause afin de dépasser les barrières des langues et des habitudes culturelles. Pour leur premier gros chantier français, les architectes de Hochtief et de Bilfinger & Berger se sont ainsi risqués à l’élaboration des études d’exécution. Un exercice délicat auquel sont rompus les majors françaises, mais dont la pratique était jusque là inconnue en Allemagne. Coté français, le maître d’ouvrage n’a pas hésité pour sa part à embaucher six architectes et ingénieurs parfaitement bilingues pour soutenir et suivre la maîtrise d’œuvre. Mais c’est aussi du coté des femmes que ce projet anticipe. Le chantier en emploie en effet un nombre nettement supérieur à leurs effectifs habituels. Enfin, si les initiateurs du nouvel Hôpital Civil de Strasbourg souhaitent en faire le modèle des établissements du futur, ils n’en ont pas pour autant oublié les traditions. Ainsi, comme en 1718, lors de l’inauguration de l’ancien hôpital où on emmura dans la première pierre d’angle du portail 4 fioles de vin des années 1472, 1519, 1525 et 1717, accompagnées de pièces des monnaies en cours et d’un parchemin retraçant les circonstance de la construction, le NCS aura droit aux mêmes symboles. Dans une pierre d’angle issue des anciennes fortifications Vauban, sur lesquelles il est construit, seront donc emmurées pour toujours : une fiole de vin de la cuvée 1472 (vin le plus vieux du monde conservé en tonneau dans les caves des hospices de Strasbourg) une autre de Gewurztraminer de la cuvée 2000, des pièces de monnaies frappées en 2001 et enfin un stéthoscope symbolisant l’activité médicale des lieux.
Premier fruit de l’expérience de l’Hôpital européen Georges Pompidou, l’Hôpital Civil de Strasbourg, dans sa conception, sa taille et sa philosophie s’inscrit donc dès aujourd’hui comme le creuset des réalisations qui, dans les trente prochaines années, viendront remplacer les établissements de la génération actuelle.

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