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Le rythme de production d’énergie renouvelable « pas suffisant pour atteindre l’objectif de 2020 » d’après Jean-Louis Bal

Le rythme de production d’énergie renouvelable « pas suffisant pour atteindre l’objectif de 2020 » d’après Jean-Louis Bal
Il y a peu, Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), acceptait de répondre en exclusivité aux questions de Batiweb afin de faire le point sur le développement des énergies renouvelables en France. À l’heure où la transition énergétique est au cœur de nombreuses préoccupations, cet entretien a également permis de revenir sur les différentes législations en vigueur, et notamment le Plan Climat présenté cet été par Nicolas Hulot. Interview.

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Où en est-on de la production d’électricité d’origine renouvelable en France ?


Jean-Louis Bal :
Nous avons des objectifs à l’horizon 2020 qui ont été fixés dans les lois Grenelle, complétés depuis par une ambition d’ici à 2030 dans la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015. En 2010, nous étions à peu près à 9% d’énergie renouvelable dans l’ensemble de notre mix énergétique, pour un objectif de 23% en 2020 et de 32% en 2030. Nous étions à 15,7% à fin 2016, et nous avons dû dépasser les 16% aujourd’hui. Dans l’état actuel, le rythme n’est pas suffisant pour atteindre l’objectif de 2020. Nous serons probablement, si rien ne change, aux alentours de 19% plutôt que 23. Par contre, avec les dispositions qui ont été prises suite à la loi de transition énergétique, nous avons bon espoir de pouvoir nous remettre sur une bonne trajectoire pour atteindre les 32% en 2030.

Comment la situation évolue-t-elle par filière ?

J.-L B : Les filières sur lesquelles la croissance va se faire pour 2030 seront principalement l’éolien terrestre et maritime, le photovoltaïque et les différents usages de la biomasse, principalement le bois-énergie. Il y aura aussi des progrès dus à la géothermie, aussi bien directe (d’assez grande profondeur) que superficielle (avec usage de pompes à chaleur).

Êtes-vous satisfait de cette tendance ?

J.-L B : Aujourd’hui, la progression des énergies renouvelables, même si elle est réelle, n’est pas suffisante pour atteindre à la fois nos objectifs de lutte contre le changement climatique et de diversification du mix énergétique. Nous avons besoin de simplifier le cadre réglementaire, notamment pour l’éolien, la méthanisation et la géothermie, ainsi que de nouveaux appels d’offres pour le photovoltaïque, l’éolien terrestre et les énergies marines, qui soient réguliers et programmés afin que nos industriels et développeurs de projets puissent avoir une vraie visibilité sur le développement de ces filières. Il faut ensuite que nous travaillions à bien évaluer ces appels d’offres, et éventuellement corriger les défauts qu’il peut y avoir dans le cahier des charges.

Quelles sont les autres pistes d’amélioration envisageables pour les particuliers ?

J.-L B : Concernant les particuliers, il y a d’abord le crédit d’impôt, qui les aide à investir dans la transition énergétique et notamment les énergies renouvelables, dont le chauffage au bois et les pompes à chaleur géothermiques. Nous avons suggéré un certain nombre d’améliorations de ce crédit d’impôt, notamment que les coûts de pose des pompes à chaleur géothermiques puissent être pris en compte. L’amélioration qui est annoncée pour 2019 par le ministre Nicolas Hulot, c’est la transformation de ce crédit d’impôt en prime à l’investissement : les 30% que vous percevez via le crédit d’impôt, vous les percevrez alors au moment où vous faites l’investissement. Une autre mesure qui peut apparaître pour les particuliers comme négative, c’est la contribution climat-énergie (la part carbone de la taxe sur l’énergie), qui va augmenter progressivement suivant une trajectoire qui avait été imprimée dans la loi de transition énergétique. Cela va augmenter le coût de l’énergie pour tous les consommateurs, et il faut attirer leur attention sur la nécessité de faire maintenant les investissements nécessaires pour diminuer l’impact de cette augmentation.

On parle beaucoup d’autoconsommation électrique. Est-ce, selon vous, une pratique viable ?

J.-L B : L’autoconsommation avec du photovoltaïque est un concept qui est en train de prendre une réelle signification économique, notamment parce que les prix du photovoltaïque sont en train de diminuer de façon assez spectaculaire. Par ailleurs, le prix de l’électricité a pour vocation d’augmenter dans le futur. Maintenant, pour que l’autoconsommation soit optimale, il faut avoir une production photovoltaïque qui coïncide avec les besoins en électricité. C’est un concept beaucoup plus adapté au tertiaire et à l’industrie qui ont des consommations pendant la journée, qu’au résidentiel où les consommations sont plutôt le soir et le matin. Maintenant, avec la digitalisation de l’énergie, il y a un certain nombre de gestions que l’on peut adapter pour faire coïncider les besoins avec la production de panneaux photovoltaïques.

Le Plan Climat de la France vise notamment la neutralité carbone en 2050. Que pensez-vous de cet objectif ?

J.-L B : L’objectif de la neutralité carbone me paraît excellent, mais il est à très long terme. Il est indispensable que l’on se donne, dès le court terme, les moyens de se mettre sur la bonne trajectoire. On a parlé du crédit d’impôt, de la réglementation thermique, il y a un facteur très important qu’il faut rappeler : dans notre consommation d’énergie, la moitié concerne le chauffage des bâtiments. Pour amener cette production de chaleur à être faite à partir d’énergie renouvelable, l’État a mis en place le fonds chaleur, qui a été confié à l’Ademe. Aujourd’hui, ce dernier n’est pas à un niveau suffisant pour se mettre sur la bonne trajectoire. Il est extrêmement efficace, mais il est plafonné à environ 200 millions d’euros par an. Il faudrait plutôt l’amener à 400 ou 500 millions par an. Un montant qui pourrait, dans le futur, diminuer à mesure que la contribution climat-énergie va augmenter et renchérir les énergies fossiles. Mais il faudrait que le fonds chaleur soit augmenté dès maintenant.

La réduction des coûts de raccordement des énergies renouvelables peut-elle réellement servir à leur développement ?


J.-L B :
Ce qui a été annoncé par Nicolas Hulot, c’est la réduction du raccordement pour les installations de production d’électricité de taille inférieure à 5 MW. C’est clairement pour permettre l’investissement "énergies renouvelables électriques" dans le milieu agricole. L’autre partie de l’annonce concernait le raccordement du biométhane à injecter sur le réseau de gaz, relatif, là aussi, au monde agricole. C’est une mesure qui est très positive, d’autant que le biométhane injecté n’en est qu’à ses débuts en France. Le fait de diminuer les coûts de raccordement va stimuler le développement de cette filière.

Propos recueillis par Fabien Carré
Photo de Une : ©FC

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