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Répartition des frais de chauffage, où en est-on ?

Répartition des frais de chauffage, où en est-on ?
L’individualisation des frais de chauffage, prévue par la loi de transition énergétique, n’avait pas manqué de s’attirer les foudres de nombreux organismes qui s’inquiétaient des coûts d’une telle mesure. Le dispositif, désormais en vigueur, semble pourtant convaincre un nombre toujours plus important de particuliers et de professionnels. Le point avec Patrick Llorca, directeur commercial Qundis France.

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La mesure n’avait pas fait l’unanimité. De nombreux acteurs font encore de la résistance. Comment l’expliquer ?


Patrick Llorca :
C’est peut-être le propre de notre culture d’être sceptiques. Il y a des réticences par rapport aux résultats et également par rapport à la technologie parce qu’on ne la connaît pas et on ne la comprend pas. Le répartiteur équipe pourtant presque 30 millions de foyers en Europe. Ça se saurait si le produit n’était pas adapté.

Quels sont les acteurs les plus réticents ?

P. L : La région parisienne est en retrait peut-être de par la proximité des lobbys. Mais il y a une bonne dynamique dans le Nord, un bon démarrage en Bretagne et dans l’Est de la France… Les copropriétés sont plus réticentes que les bailleurs sociaux qui ont entamé depuis plusieurs années des actions de rénovation et d’amélioration. En juillet 2016, une circulaire de l’USH stipulait qu’il fallait mettre en œuvre la mesure. Les bailleurs sociaux l’ont acté et ont appliqué la loi de manière assez pragmatique.

Ce qui est un peu plus compliqué aujourd’hui pour les bailleurs, c’est la baisse de leurs dotations. Si la dotation baisse, ils vont bien évidemment mettre en balance la rénovation énergétique.

Pour les copropriétés, il y a de la contre publicité. On a notamment des associations de défense des copropriétaires qui mettent en doute le produit, la technologie. Tout cela crée du doute et une fois que le doute s’instaure, il y a un peu d’inertie. On se pose des questions, on ne sait plus. C’est peut-être pour cela que le privé est un peu plus influencé que le public. C’est dommage parce que c’est dans le privé que les bâtiments sont les moins performants.

Comment inverser la tendance et encourager l’installation de répartiteurs ?

P. L : Il faut continuer à travailler sur la pédagogie, expliquer ce qu’est un répartiteur et ce qu’est la répartition d’une manière plus générale. La pédagogie est indispensable, c’est un long travail. C’est ce que font les prestataires de services aujourd’hui.

Au niveau même des copropriétés, des séminaires de formation et d’information sont organisés en collaboration avec les syndicats. C’est un enjeu important. Si on veut atteindre une réduction de 20% d’énergies primaires en 2020, on ne peut pas écarter nos logements et nos chauffages de cette réflexion.

Equiper des millions d’appartements sur un court lapse de temps, ça peut être un gros challenge pour les opérateurs et les prestataires. Les principaux prestataires de services et leurs sous-traitants ont massivement investi en ressources humaines et dans leurs systèmes afin de répondre à un fort accroissement de la demande tout en apportant une prestation de qualité.

Quels sont les avantages de l’individualisation des frais de chauffage ?

P. L : De manière assez simple, l'individualisation des frais de chauffage permet de ne plus payer une facture de chauffage au prorata de la surface de son appartement mais en fonction de sa consommation réelle. Pas pour la totalité de la dépense. Il y aura toujours 30% qui seront calculés au tantième pour tenir compte des pertes du bâtiment et de tout ce qui est consommé de manière égalitaire par tous les occupants. 70% des charges sont réellement en proportion de ce qui se fait dans l’appartement.

Toutes les études arrivent à la même conclusion. Quand on individualise, il y a modification du comportement et il y a économie, aux alentours de 15%. C’est sur ces études que le Gouvernement s’est appuyé pour transposer la directive européenne. On en avait parlé en 74, en 81… ça fait 40 ans qu’on tourne autour du pot. C’est finalement acté. On est un peu en retard. L’Italie est équipée à 40% et l’Allemagne à 98%.

Quelles sont les prochaines étapes de la répartition ?

P. L : Le répartiteur, c’est quelque chose qui mesure mais mesurer n’est pas suffisant. Il est difficile d’être maître si on ne sait pas où on en est. Il faut apprendre aux personnes à contrôler, à réguler. Car c’est bien beau de mesurer mais il faut retransmettre ces informations de manière synthétique, digeste et fréquente. Au niveau européen, les prochaines directives vont souligner l’importance de la restitution des données auprès des occupants. Cette fréquence dans l’information, cette volumétrie, ce besoin plus important en données fait que ce métier évolue de plus en plus vers une relève automatisée des données. C’est ce qu’on appelle la télé-relève.

Le big data, les compteurs Linky… il y a des débats autour de l’utilisation des données. Les Allemands sont les premiers sensibilisés. Pour des raisons historiques, ils font très attention mais ça ne les empêche pas d’être moteurs et d’avoir adopté des dispositifs qui leur permettent de contrôler ce qu’il se passe.

L’individualisation permet non seulement de mesurer mais également de détecter des anomalies. Il y a beaucoup de fonctionnalités qui sont très intéressantes et que les prestataires de services vont pouvoir proposer aux bailleurs sociaux et aux propriétaires pour une gestion plus responsable et vertueuse sans pour autant être intrusifs. C’est d’ailleurs cet équilibre qu’il faudra trouver.

Et pour Qundis, l’individualisation a-t-elle influé sur son activité ?

P. L : Nous avions déjà une belle part de marché (plus de 25% aujourd’hui) parce que nous avons la chance d’avoir, parmi les quatre gros acteurs du secteur, un partenaire important en l’occurrence OCEA Smart Building, qui est dans une dynamique de croissance que nous accompagnons.

Nous sommes sur le marché depuis plus de trente ans. Nous en sommes à la 5e génération de répartiteur de frais de chauffage connecté (Q.HeatCaloric 5.5). C’est une technologie qui est bien maîtrisée.

L’individualisation est une opportunité pour les plombiers et les chauffagistes qui sont des acteurs présents dans l’immeuble, dans la chaufferie et qui sont les plus à mêmes de poser des robinets thermostatiques. C’est aussi des dizaines de milliers d’emplois à créer. C’est d’ailleurs un argument qui est souvent repris par les acteurs de la rénovation énergétique.

Nous sommes prêts à accompagner nos partenaires existants et les potentiels nouveaux entrants sur ce marché. Nous travaillons actuellement à des solutions de packages pour nos petits, moyens et grands clients.

Propos recueillis par Rose Colombel
Photos : ©Qundis

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Vos réactions | 1 réactions

1 - phil38 le 08 mars 2018

RÉPARTITION DES FRAIS DE CHAUFFAGE, OÙ EN EST-ON ?

Dans un immeuble collectif, le chauffage est mutualisé est c'est l'affaire de tous, comme les pingouins qui se collent entre eux sur la banquise pour se protéger du froid. Imaginez un copropriétaire pas souvent chez lui et qui couperait le chauffage dans sont appartement la majorité du temps; en individualisation, son hors-gel serait payé par ses voisins; ou des jeunes actifs peu fortunés qui se contentent de 19°C alors que les personnes âgées sédentaires autour ont besoin de 22°C; leur appartement (aux jeunes) serait chauffé gratuitement par rayonnement des murs. Voilà le problème de l'individualisation, on appelle ça le "vol" d'énergie entre voisins.

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