Du rêve d’un fou à la réalité d’un architecte, Neuschwanstein

Architecture | 09.03.06
Partager sur :
Du rêve d’un fou à la réalité d’un architecte, Neuschwanstein - Batiweb
Dressé sur un piton rocheux dominant la forêt de Bavière, Neuschwanstein apparaît dans la brume tel un château de contes de fée, n’a-t-il d’ailleurs pas servi de modèle à Walt Disney pour ses châteaux de dessins animés ? Mais avant tout, ce projet dantesque est le fruit d’un esprit malade qu’il a fallu concrétiser. Retient-on du Roi Louis II de Bavière sa folie ou plutôt l’expression matérielle du rêve d’un fou ?
Louis II de Bavière régna sur la Bavière de 1864 à 1886, date à laquelle il décède de façon mystérieuse dans le lac de Starnberg. C’est un roi certes populaire mais un roi qui vit en dehors de la réalité entre pièces de théâtre et déguisements. Dès son plus jeune âge, il est fasciné par Wagner et son univers, et souhaite le faire venir à Munich afin de réaliser son rêve d’un grand opéra, prenant le musicien sous son patronage dans la plus pure des traditions Wittelsbach.

L’univers wagnérien permet au roi un retour dans un cocon de contes de fée, magnifiquement illustré par la construction du château de Neuschwanstein.

Ce château lui permettait, lui souverain d’une monarchie constitutionnelle sous la coupe des grands voisins, de se sentir vraiment roi. C’est la raison pour laquelle il en fera un château fort du Moyen Age. Vivant en reclus, il révera d'une atmosphère féerique, se prenant pour le mythique Perceval, héros du Graal qui a inspiré Wagner. Mais il ne réalisera jamais son rève, la mort arrivant avant la fin de sa construction.

Ce château est un hommage vivant à l’œuvre de Wagner et tout en lui s’y réfère, des tours aux pièces en passant par la chapelle et pour manifester cet hommage, les murs sont recouverts de fresques dont les thèmes sont tirés des œuvres du musicien ou des légendes germaniques dont il s’est inspiré.

Un des défis qu’ont du relever les architectes, c’est d’associer les structures de type médiévale à tout le confort moderne requis par le prince. C’est une des véritables prouesses de ce château. Par ailleurs le roi avait des exigences précises et parfois difficilement réalisables. C’est ainsi qu'il voulait que de quelques points de vue que ce soit le château se montre sous son plus beau profil, pour y répondre les architectes ont construit Marienbrücke, un pont qui enjambe une gorge d’où la vue est imprenable sur une perspective longue.

Les travaux commencèrent en 1869 sous la direction de l’architecte Georg Dollmann d’après les dessins de Christopher Jank, par ailleurs peintre de décor de théâtre, fait révélateur du caractère irréel du projet. Dollmann avait déjà travailler auparavant pour le roi à la construction du château de Linderhof, construit près de Munich sur le modèle versaillais. Habitué au monarque, il était suffisamment talentueux pour savoir trouver la réalisation architecturale la plus proche de ce qui était souhaité par le commanditaire.

On retiendra du Roi Fou, ce décor de théatre, ais l'expression de nos folies et de nos rèves, n’est-ce pas au fond ce que nous attendons d’un architecte ?

Redacteur