Chômage partiel dans le BTP : qui sont les plus touchés ? Vie des sociétés | 27.05.20

Partager sur :
Les mesures de sécurité établies pour limiter la propagation du coronavirus ont d’abord eu un impact direct : l’arrêt des chantiers. Avec la reprise progressive de ceux-ci, d’autres questions se soulèvent. Le BTP se relèvera t-il de cette crise ? Cette question crée des appréhensions, les surcoûts, les faillites, le chômage, les salaires, autant de doutes que la CAPEB, la FFB et les CERC chiffrent.

88 % d’activité en moins dans la construction durant les premières semaines de confinement et 75 % de perte d’activité vers la fin de cette période : le coronavirus a fait des dégâts et laisse des séquelles dans le secteur du BTP. La CAPEB, la FFB et les CERC (observatoires régionaux de la construction) affirment que 72 % des chantiers du bâtiment étaient ré-ouverts le 15 mai, et que 37 % ont un niveau d’activité normal, ce qui permet de maintenir l’activité de 76 % des salariés et des intérimaires. Mais la crise sanitaire a tout de même créé une fracture au sein du secteur. 

 

Les intérimaires plus impactés

 

Au 11 mai 2020, date du déconfinement de l’hexagone, 1 410 964 salariés du secteur de la construction étaient encore concernés par des demandes de chômage partiel. Pour ces employés, cette situation crée un état de stress, notamment sur la question budgétaire, entre la perte de salaire, le paiement des loyers, des factures et des achats essentiels. Si ce n’est pas le secteur le plus touché par les demandes de chômage partiel, il n’est pas non plus le plus épargné, puisque 11 % des salariés de la construction font l’objet de ces demandes. 

 

Cependant ces demandes ne correspondent pas au nombre réel d’employés placés en activité partielle. 776 292 salariés étaient effectivement en chômage partiel, ce qui représente tout de même 60 % des salariés pour qui la demande de chômage avait été effectuée en mars. 

 

Mais c’est la population précaire qui est la plus durement touchée par cette mesure de chômage. Même si les statistiques données par les organismes et fédérations du bâtiment soulignent que « 76 % des ETP d’avant crise sanitaire sont en activité au 12 mai 2020, contre 57 % au 5 mai 2020 », les salariés, selon leurs contrats, n’ont pas tous vécus cette crise de la même façon. 

 

On dit par exemple qu’un contrat en CDI assure une place dans l’entreprise, et même dans une situation exceptionnelle, ce « on dit » ne déroge pas à la règle. 73 % des intérimaires se sont retrouvés au chômage partiel, quand seulement 16 % des salariés d’une entreprise l’étaient. 

 

Du côté des entreprises cette fois le constat s’inverse. Les plus petites entreprises (de 1 à 9 salariés) sont celles ayant eu le moins recours à l’activité partielle (18 %), notamment pour préserver un minimum d’activité et tenter d’assurer une stabilisation de la situation économique de l’entreprise. Les entreprises de 20 salariés et plus sont celles ayant eu le plus recours au chômage partiel (28 %).

 

Les groupes plus importants, malgré une activité sans doute plus dynamique que les TPE, n’ont pas hésité à mettre une partie de leurs salariés au chômage partiel. Pourtant, c’est surtout chez les artisans que l’on redoute la faillite, le Syndicat des Indépendants (SDI) recensait, tous secteurs confondus, que 77 % des TPE déclaraient être en impasse de trésorerie deux mois après le début du confinement.

 

La part des salariés en activité par région montre elle aussi une différence selon la géographie. Mais ces résultats doivent être utilisés avec la plus grande prudence, car cette part ne dépend pas uniquement de l’activité habituelle des régions, mais aussi des foyers de contamination. 

 

Part des salariés en activité au 5 mai ©Enquête Réseau des CERC du 12 mai 2020 / CAPEB, FFB
Part des salariés en activité au 14 mai ©Enquête Réseau des CERC du 12 mai 2020 / CAPEB, FFB

 

Une confiance dans la reprise, oui mais…

 

Heureusement la confiance des entreprise sur leur chance de reprise d’activité est bonne. 58 % sont plutôt confiants et 9 % sont persuadés de leur reprise. Cependant 25 % des ces entreprises émettent des doutes quant à leur retour sur le marché. Loyers, factures, manque de matériels, ces problèmes jouent une part importante sur la reprise du BTP

 

Les entreprises ayant le plus confiance dans leur reprise sont les entreprises de 1 à 9 salariés, et de 10 à 19 employés. Elles sont 60 % à être « plutôt confiantes ». Les plus grosses structures (20 salariés et plus) sont moins rassurées : 56 % croient à leur reprise d’activité. Chez les artisans et auto-entrepreneurs (0 salarié), cette confiance diminue encore, avec seulement 49 % plutôt confiants. 

 

J.B

Photo de une ©Adobe Stock 

 

Redacteur

filter_list Sur le même sujet

-46 % de logements autorisés et commencés entre mars et mai 2020 - Batiweb

-46 % de logements autorisés et commencés entre mars et mai 2020

Le Ministère de la Cohésion des Territoires a enfin communiqué les chiffres de la construction neuve entre mars et mai 2020. Sans surprise, l'apparition soudaine du coronavirus et les mesures de confinement imposées dès le 17 mars ont causé un violent coup d'arrêt pour la délivrance de permis de construire et le démarrage de nouveaux chantiers. Entre mars et mai 2020, les logements autorisés et commencés ont ainsi tous les deux chuté de -45,8 %.
Le manque de digitalisation pénalise les entreprises du BTP - Batiweb

Le manque de digitalisation pénalise les entreprises du BTP

Finalcad dévoile les résultats d’une enquête sur la transformation digitale dans le secteur de la construction, menée entre février et mars 2020 auprès de 400 dirigeants de grandes entreprises du BTP situées en France, en Espagne, à Singapour et au Japon. Il ressort de cette étude un retard du secteur dans la transition digitale, pourtant de plus en plus indispensable. Un retard à l’origine de problèmes de communication, de productivité et de rentabilité.
Les lauréats des Génies de la Construction 2020 sont... - Batiweb

Les lauréats des Génies de la Construction 2020 sont...

Organisé par le Ministère de l'Education et de la Jeunesse en partenariat avec la FFB, la FNTP, le CCCA-BTP, l'Ecole française du béton (EFB), ou encore la Fondation BTP Plus, « Les Génies de la construction » ont pour objectif de faire travailler des équipes d'élèves autour d'une maquette physique ou virtuelle proposant une construction ou un aménagement pour la ville de demain, et de leur faire parallèlement découvrir les métiers du bâtiment. Malgré le contexte spécial lié à la crise du Covid-19, les 8 lauréats de l'édition 2020 ont été dévoilés ce jeudi 16 juillet.
Mise à jour du guide de l’OPPBTP : à quoi s’attendre ? - Batiweb

Mise à jour du guide de l’OPPBTP : à quoi s’attendre ?

Déjà deux semaines que le déconfinement est prononcé et que la reprise des chantiers s’accélère progressivement. Bien que la vie reprenne son cours, le coronavirus, maladie « invisible » comme le souligne Paul Duphil, directeur général de l’OPPBTP, nécessite une mise à jour du guide de l’OPPBTP et des précautions à prendre. Les confidences exclusives de Paul Duphil pour Batiweb.

En poursuivant votre navigation sur notre site, vous acceptez l'utilisation de cookies afin de nous permettre d'améliorer votre expérience utilisateur. En savoir plus

Accepter