Mauvais point pour le Canada qui continue de s'accrocher à l'amiante !

Vie pratique | 25.03.05
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Mauvais point pour le Canada qui continue de s'accrocher à l'amiante !  - Batiweb
Le Canada, avec en tête la province du Québec, continue de vanter les mérites de l'amiante et à en exporter vers des pays en développement, faisant fi des inquiétudes croissantes des travailleurs et de rapports alarmants sur les risques encourus dans ses propres bâtiments. Depuis que la France et plusieurs pays occidentaux ont banni l'amiante, les gouvernements et l'industrie préférent désormais faire la promotion du chrysotile.
Ils assurent que cette fibre d'amiante peut être utilisée dans la construction en toute sécurité, à condition de respecter certaines normes et précautions. L'Institut de l'amiante, un puissant lobby, qui s'est rebaptisé récemment Institut du chrysotile, insiste sur le fait que des grands progrès ont été réalisés depuis les années 60, qu'aujourd'hui les produits commercialisés ne contiennent plus d'amphiboles, à l'origine des maladies pulmonaires observées chez les mineurs et que le chrysotile ne pose aucun danger s'il est emprisonné dans un matériau solide.

Pour donner l'exemple, le ministère canadien des Travaux publics a ainsi adopté une directive en 2001 recommandant que l'amiante soit privilégiée dans tout projet de rénovation de bâtiments fédéraux. Ce à quoi le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a dit non, refusant de jouer aux cobayes pour défendre un secteur de l'économie canadienne.

"Des travailleurs qui ont été exposés à l'amiante sont morts (...) Alors pourquoi la réintroduire dans les matériaux de construction ? Ca n'a aucun sens", affirme Anthony Pizzino, directeur de la division santé et sécurité de ce syndicat.

Devant la hausse des décès, plusieurs organisations mènent campagne depuis quelques années pour que le Canada interdise l'usage de tout type d'amiante et arrête d'en vendre dans les pays en développement.

"Quand des sacs sont expédiés dans des pays comme l'Inde, il n'y a aucun moyen de contrôler l'utilisation et les risques", fait valoir Joan Kuyek de l'organisme Mine Alertes. Elle prend exemple du tsunami, qui en ravageant les habitations au Sri Lanka fin décembre a dispersé aussi le chrysotile.

Loin de le bannir, le Canada, deuxième exportateur mondial, a réussi l'année dernière à empêcher que le chrysotile figure sur la liste des produits dangereux interdits par la Convention de Rotterdam. Derrière ce minéral, il y a le sort d'une région entière du sud du Québec. Durement touchées par la perte des marchés européens, les mines d'Asbestos - qui tire son nom de l'amiante en anglais - n'emploient aujourd'hui plus que 900 travailleurs, loin des milliers de l'âge d'or.

Pour soutenir l'industrie, le gouvernement au Québec préconise depuis trois ans l'usage de l'amiante, mélangée à l'asphalte, dans la construction routière et, au ciment, dans la fabrication de canalisations. Cette politique inquiète l'Institut national de santé publique de la province. "Pour nous, l'amiante chrysotile est un produit cancérigène, souligne Louise De Guire, médecin conseil à l'Institut. Avant de penser à en utiliser plus, il faudrait s'occuper de l'amiante déjà sur place".

Au Québec, depuis plusieurs années, un comité regroupant différents acteurs sociaux tente de faire adopter, sans succès, un règlement forçant les propriétaires de lieux de travail à faire inspecter leurs bâtiments afin de pouvoir fournir ces renseignements en cas de rénovation. Car si des mesures ont été prises pour protéger les mineurs, les statistiques montrent que les travailleurs de la construction sont désormais les plus touchés par des maladies reliées à une exposition à l'amiante. "On en a pour des années à régler le problème", assure Louise De Guire.

En effet, écoles, hôpitaux, universités, immeubles, pratiquement tous les bâtiments construits avant les années 70, dont le Parlement canadien, ont été isolés à l'amiante.

Redacteur