La mort lente du majestueux palais des meuniers

Architecture | 21.01.02
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La mort lente du majestueux palais des meuniers - Batiweb
Aux abords de Lille, la capitale régionale du Nord, trône un immense bâtiment aussi étrange que flamboyant : les Moulins de Marquette-lez-Lille. Une ruine majestueuse qui veut croire encore à son destin.
À dix kilomètres à la ronde on ne voit que cela… Sans que l'on sache très bien de quoi il s'agit véritablement. Une merveille d'architecture industrielle qui ne manque pas de surprendre. Ce sont les Grands Moulins de Marquette-lez-Lille, à quelques encablures de la métropole régionale, et en bordure d'une rivière, la Deule. Le bâtiment est impressionnant, jugez-en plutôt : une façade de 200 mètres de long, haute de sept étages et une tour centrale qui culmine à 60 mètres. Cet édifice a été élevé en 1922 par un architecte inconnu pour le compte de la Société de la meunerie lilloise qui l'a cédé rapidement aux Grands Moulins de Paris. Au fil du temps, le bâtiment a fini, via les méandres de la haute finance, dans le giron de la société Bouygues. Quand on pénètre dans le périmètre du moulin, on découvre, outre l'énorme silo, un bâtiment de nettoyage des grains, celui des farines et, au centre, le distributeur d'énergie. Le tout dans une unité architecturale impressionnante de style flamand flamboyant avec ses frontons à redents et ses lucarnes placées dans les fortes pentes du toit. Tout ici fait songer à une cathédrale. C'en est une d'ailleurs. On croirait le tout construit en briques. Mais les apparences sont trompeuses. De fait, ces énormes bâtiments sont en béton. L’habillage de brique se voulait à l’époque le garant de l’incontournable identité régionale.
Le sens du gigantisme
L’opulence des meuniers du Nord, comme celle des tisseurs et des maîtres du charbon, devait pouvoir se lire dans l’architecture de leur usine. Comme pour les grands sites religieux, le gigantisme des bâtiments jouait alors pleinement son rôle sur des classes laborieuses pour lesquelles la taille était synonyme de respect voir de crainte. Mais le véritables ennemi de ces maîtres de l’industrie semblait être à l’époque leur meilleur allié. Le progrès qui les avait tant servis fut aussi celui qui devait, des années plus tard, signer la fin de leur croissance. Quand le moulin a cessé toute activité, en 1987, il a été laissé à l'abandon. Et les pillards se sont précipités comme des charognards pour récupérer tout ce qui pouvait encore servir. Ils n'ont quasiment laissé que les structures. Le monument indestructible trône cependant toujours au milieu d'une zone industrielle qui cumule bien des handicaps. En effet, ce site, qui voisine avec des usines encore en activité, est classé Seveso. Donc à hauts risques. Usines de polyéthylène, sous-sol gorgés de nitrate, de chlore et d'acide sulfurique, les sols, sur cinq hectares, contiennent du pyralène. Qui dit mieux ?
Bientôt monument historique ?
Et pourtant, la survie du Moulin de Marquette-lez-Lille, n'est pas sans avenir. En effet, le site qui intéresse la mairie de Lille et la communauté urbaine est en passe d'être classé au titre des monuments historiques. Ce paquebot est en effet l’un des rares témoins d’une époque où les industriels voulaient croire que leur croissance ne pouvait avoir de limites. Les grands Moulins de Marquette ont effet signé la fin de l’ère de l’alimentation et ouvert celle de l’industrie agroalimentaire. Si ce classement aboutissait, ce serait la garantie de sa survie. Néanmoins, tout reste à faire. Le projet de la mairie est ambitieux. Il s'agit de recycler tout le site et d'en faire un nouvel espace urbain, soit soixante hectares. Un projet gigantesque qui va nécessiter bien des investissements. Premières urgences : l'assainissement des sols et la destruction des constructions inutiles. Les abords de la Deule sont déjà en cours de réaménagement et une ligne de tramway doit desservir le site. Les usines polluantes qui l'environnent ont cessé leur activité en 2001. Toutes les conditions semblent réunies pour redonner vie à cet ensemble architectural. Cependant, la seule volonté des élus n'y suffira pas. Si les investisseurs ne répondent pas présent, les Grands Moulins de Marquette auront du mal à préserver une part de la mémoire des hommes du Nord.
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