La plus grande chape de béton du monde pour contenir le cœur de Tchernobyl

Architecture | 04.05.04
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La plus grande chape de béton du monde pour contenir le cœur de Tchernobyl - Batiweb
Sur le site de la centrale nucléaire de Tchernobyl se prépare l'un des chantiers les plus complexes au monde: la construction d'une chape géante autour du sarcophage fissuré qui recouvre les 200 tonnes de magma radioactif du réacteur ayant explosé le 26 avril 1986.
"Il suffit aujourd'hui d'un séisme plutôt violent pour que s'écroule" l'actuel sarcophage, masse de béton carrée construite à la va-vite autour du réacteur no 4 après l'explosion, a expliqué à la presse Olexandre Antropov, ingénieur et conseiller du président Léonid Koutchma à Tchernobyl. Pour éviter une nouvelle catastrophe, la communauté internationale a rassemblé plus de 700 millions d'euros afin de construire autour du sarcophage instable une chape de 20.000 tonnes d'acier, assez grande pour abriter la statue de la Liberté et dont le coût total est estimé à plus d'un milliard de dollars par Kiev. La construction de cette chape en forme d'arche, conçue pour durer 100 ans, doit commencer fin 2004 et se terminer en 2008. "Il n'existe pas de chape hermétique à 100%. Mais celle-ci empêchera le vent de s'engouffrer et d'emporter des poussières radioactives", souligne M. Antropov.

Mais ce gigantesque projet ne fait pas l'unanimité auprès de scientifiques et d'ingénieurs ukrainiens qui estiment qu'il faudrait d'abord retirer et entreposer les restes radioactifs du réacteur avant de construire la chape. Ces derniers sont toujours en fusion et forment un magma radioactif inapprochable. Lors d'une récente séance publique consacrée à ce projet à Slavoutitch, ville dortoir des employés de Tchernobyl, plusieurs savants ont aussi estimé que ce projet ne tenait "pas compte des bouleversements climatiques pouvant survenir dans le futur" et que la chape devrait être conçue pour résister à des séismes au-delà de 7 sur l'échelle Richter, ce qui n'est pas le cas.

M. Antropov soutient pour sa part que "la technologie n'est pas assez avancée aujourd'hui pour permettre de retirer, à l'aide de robots ou de leviers téléguidés, ces restes radioactifs du réacteur" dont l'intensité équivaut à des dizaines de bombes d'Hiroshima. "Dans 30 ou 50 ans, la radioactivité de certains éléments, dont le césium 137, aura baissé de moitié. Mais l'idéal serait d'attendre 150 ans avant de toucher à ce magma", ajoute-t-il. Mais les autorités ukrainiennes ne pourront attendre ce délai en raison notamment des risques de contamination de la nappe phréatique. Le conseiller du président se veut rassurant : "Il y a actuellement une infime contamination des eaux souterraines qui ne représente cependant aucun danger. La nappe phréatique agit comme un filtre et empêche la radioactivité de se répandre, notamment dans la rivière Pripiat" qui longe la centrale et se jette dans le Dniepr.

La conception de la chape permettra de retirer les restes du réacteur lorsqu'il sera possible de le faire, ainsi que d'effectuer des travaux pour renforcer le sarcophage de béton et notamment le mur mitoyen séparant les réacteurs no 3 et 4, relève pour sa part l'ingénieur Vassyl Rybakov. La fermeture définitive de la centrale, en décembre 2000, a par ailleurs soulevé des problèmes liés au traitement des déchets des quatre réacteurs. Des centres de traitement et de stockage du combustible usé, des déchets liquides et solides, ainsi qu'une unité de tri doivent être construits sur le site de Tchernobyl d'ici à 2005 grâce au financement de la Banque européenne pour la Reconstruction et le développement (Berd) et de l'Union européenne. Bien-sûr, c’est ne pas faire cas des procédures kafkaïennes de l’administration Ukraine, qui ralentissent déjà le début des travaux. De toutes façon, d’ici 2008 nous ne pourrons que croiser les doigts en espérant qu’aucun tremblement de terre ne vienne empirer une situation déjà périlleuse.
Redacteur