Tour Eiffel, le difficile lifting de la vieille demoiselle Architecture | 21.01.02

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Jeune fille, la tour Eiffel ne pesait que 9 700 tonnes. Mais depuis 1889, ses maquillages successifs l’ont alourdi de 400 tonnes et la centenaire, toujours coquette, réclame aujourd’hui un nouveau lifting
Les médias se sont largement fait l’écho de la 18e campagne de peinture de la tour Eiffel. Vingt-cinq peintres alpinistes vont ainsi durant quinze mois, refaire une parfaite beauté au 220 000 m2 de fer puddlé du monument. Les 6 millions de visiteurs annuels et les substantiels revenus qu’ils procurent, méritent bien cet effort. Cependant, derrière la sympathique restauration, les problèmes techniques se bousculent. À compter de cette année, la tour sera repeinte tous les cinq ans du premier étage au sommet et en totalité tous les dix ans. Chaque couche de peinture alourdie la construction d’au moins 60 tonnes. Si un tel maquillage s’avère certes nécessaire, la vieille demoiselle le supporte néanmoins de moins en moins bien. Même si entre deux restaurations, plus de 20 tonnes s’évaporent, le revêtement finit par devenir un véritable casse-tête pour les techniciens. Ce petit surplus alourdit en effet la jeune fille au point de la rendre dangereuse à terme, surtout si des tempêtes d’exception viennent, comme en 99, trop souvent la caresser. Dans un premier temps, en 1980, les ingénieurs lui ont offert une première cure d’amaigrissement. On a remplacé, au premier niveau, ses sols de béton par des tôles d’aluminium habillées de matières légères antidérapantes. Mais, bien qu’ayant perdu beaucoup de poids, cela n’a pas suffit. Avec le temps, les couches de peinture s’empilent comme celles d’un mille feuilles et restent la cause majeure de son funeste embonpoint.
Controverse autour d’un décapage pharaonique
Si les ingénieurs sont tous d’accord sur la nécessité du décapage, celui-ci pose cependant des difficultés qui dépassent de loin celles d’un simple ravalement. La première technique envisagée fut celle du décapage chimique. Mais, au cœur de la capitale, récupérer des centaines de milliers de litres d’acide tombant du ciel (éventuellement sur les touristes) avec des tonnes de déchets de peinture, constitue un cauchemar que personne n’ose envisager. Autre solution, celle des marteaux pneumatiques à aiguilles. Le cauchemar passe de la pollution chimique à la pollution auditive à grande échelle. La solution, là aussi, est récusée. Reste le sablage. Une technique classique et éprouvée qui également, dans le cas de la tour, soulève des problèmes de mise en œuvre considérables. Elle impose d’abord l’emballage complet du monument. Une opération qui ne déplairait sûrement pas à l’artiste emballeur Christo qui voici quelques années avait, pour l’amour de son art, déjà emballé le pont Neuf. Néanmoins, le coût de cet emballage dépasse l’entendement, et la mise en œuvre des outils de sablage est aussi dangereuse que difficile. Reste le jet d’eau haute pression ou le laser. L’un et l’autre sont cependant peu performants sur de telles surfaces. L’usage du jet d’eau déboucherait en outre sur une consommation colossale d’eau. Reste une dernière solution, celle de la cryogénie. Son principe repose sur la congélation instantanée de la peinture par une projection d’azote liquide (-196°) suivi d’un choc. Une technique souvent mise en œuvre pour le nettoyage industriel des balancelles de peinture. Deux entreprises en France, Air Liquide et Air Product maîtrisent bien cette technologie. Faute d’un accord entre les spécialistes, il est finalement probable que ce soit un mélange de toutes ces solutions qui soit à terme retenu. En attendant, sur les poutrelles de la dame de fer, les peintres grattent à la lime, à la brosse et au cutter les quelques miettes de peinture accumulée qui spontanément, veulent bien se détacher des endroits les plus corrodés. Le lifting de la jeune centenaire restera donc, encore un certain temps, l’objet d’un grand débat. Aujourd’hui, pour le grand plaisir de ses admirateurs, la tour peut donc tranquillement se refaire une petite jeunesse avec une nouvelle couche de 60 tonnes de fond de teint.
Redacteur

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