Biodiversité : les formations du BTP évoluent-elles assez vite ?

En 2026, le bâtiment fête les cinquante ans d'une loi sur la protection de la nature, qui a sanctuarisé le besoin de limiter les conséquences des chantiers sur la biodiversité. Le même texte inclut pour la première fois la formule « éviter, réduire, compenser » (ERC) qui servira ensuite de leitmotiv pour d'autres mesures. Depuis, d'autres lois se sont succédé pour protéger davantage la biodiversité face aux chantiers, comme la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, adoptée en août 2016, ce qui oblige les métiers du secteur à se tenir informés.
Mais, comme l'explique Benjamin Thinon, écologue et formateur pour Biodiversité formation conseil,sa propre structure spécialisée, cette réglementation a mis longtemps à s'appliquer sur les chantiers. « Je dirais que depuis 2010, on a quand même de plus en plus de maîtres d'ouvrage qui sont vigilants sur le sujet. »
Des formations initiales qui ne bougent pas assez ?
Une prise de conscience qu'il explique à la fois par une envie de pallier le risque juridique et par un besoin de monter en compétence, pour obtenir de meilleures notes à des appels d'offres et améliorer la trajectoire environnementale de leur chantier.
Mais alors, les formations du bâtiment ont-elles évolué de manière suffisante depuis un demi-siècle pour préparer les jeunes maîtres d'œuvre, architectes ou ingénieurs aux enjeux de biodiversité ?
Selon Céline Roos, cogérante de la Scop les 2 rives, société coopérative qui organise plusieurs types de formations en lien avec ces problématiques, le secteur est encore trop attentiste. « C'est en train de bouger, mais il y a aussi une diversité d'écoles ou de structures de formation. Et ça ne bouge certainement pas assez rapidement par rapport aux enjeux et à la question de l'urgence climatique. » Devant ce manque dans les formations initiales, elle juge ainsi que celles proposées par la Scop les 2 rives sont « toujours d'actualité ».
L'organisation, fondée en 2012, est particulièrement active dans l'Est de la France et dispense une formation professionnelle Développement durable et qualité environnementale (DDQE) en vingt jours ségmentés en sessions de deux jours. Particularité de ce parcours : il a été créé dès 2003.
Hélène Ludmann, l'autre cogérante de la Scop, raconte qu'à l'époque, un besoin avait été identifié concernant la formation des concepteurs sur les sujets HQE (haute qualité environnementale) dans le bâtiment « pour qu'ils puissent répondre à des appels d'offre ambitieux côté maîtrise d'ouvrage public en étant formés ».
La formation DDQE, elle, comprend les thématiques de l'aménagement, de l'urbanisme durable, de la gestion des eaux pluviales, de la préservation du vivant et de la biodiversité ou encore celles de la conception des villes et des bâtiments comme des écosystèmes. La biodiversité n'est donc pas l'unique sujet qui y est abordé, « mais c'est bien un fil rouge ».
La Scop les 2 rives revendique à ce jour plus de 1 900 professionnels formés à ce programme, avec un rythme d'une cinquantaine de stagiaires par an actuellement. « En majorité, ce sont des architectes », précise Céline Roos. « Nous accueillons aussi des ingénieurs, des AMO et des artisans, des collectivités, des bailleurs sociaux et parfois des promoteurs. Souvent, il s'agit de promoteurs qui sont déjà un peu engagés dans une démarche éthique et environnementale. »
Hélène Ludmann affirme que la DDQE est née d'une discussion entre plusieurs professions pour monter en compétence sur ces sujets-là. À la fin de la formation, certifiée Qualiopi — la certification du ministère du Travail —, un module d'un jour est consacré aux mémoires de fin de formation sous le thème : 2050, 50 degrés : adaptation, résilience ou statu quo ?
Pour former aux enjeux de biodiversité, l'organisation n'hésite pas à aussi chercher des inspirations au-delà des frontières de la France. Cette année, elle organise par exemple un voyage d'étude dans le Vorarlberg, en Autriche, dans la thématique des territoires en transition, du biosourcé et des filières locales « pour s'inspirer des pratiques professionnelles en dehors de nos territoires ». Des visites sont aussi organisées dans l'Hexagone, notamment à Muttersholtz (Bas-Rhin), pour que les personnes formées se rendent compte de ce qu'il est possible de faire avec la législation française.
En plus des formations, la Scop propose des conseils et de l'assistance à maîtrise d'ouvrage sur l'écologie dans le bâtiment. Depuis 2020, elle organise les « bulles des rives », des webinaires qui rencontrent une forte audience, selon Céline Roos, réunissant entre « 150 et 1 200 participants selon les thématiques ».
« Une vraie demande des entreprises »
Mais Hélène Ludmann voit plutôt la démarche DDQE comme un complément d'une formation initiale qui doit encore progresser sur le sujet de la biodiversité. « Régulièrement, des participants à la formation nous disent : "En fait il faudrait que cette formation soit intégrée à la formation initiale d'architecte". »
Un point de vue partagé par Céline Roos, même si celle-ci met aussi en avant les liens de la Scop avec les études : « Il y a pas mal de nos experts en formation longue qui interviennent aussi en formation initiale, notamment en école d'architecture ou en école d'ingénieur. Cela permet de faire le lien entre les disciplines et de montrer que tous les acteurs sont amenés à travailler ensemble dans une démarche intégrée. »
« Il y a un vrai besoin, une vraie demande des entreprises », estime pour sa part Benjamin Thinon. Ingénieur écologue basé à Lyon, il est responsable d'une équipe d'assistance à maîtrise d'ouvrage ou d'assistance à maîtrise d'œuvre sur le volet environnemental et écologique des chantiers au sein du bureau d'études Acer Campestre, en plus de son activité de formateur chez Biodiversité formation conseil.
Lui propose des formations plus courtes, d'un à trois jours aux professionnels des travaux publics et du bâtiment. Des journées qu'il adapte « en fonction des besoins, du type d'entreprise et selon s'il y a des exercices applicatifs sur le terrain à effectuer ».
Une approche « sur mesure » qui s'explique par la diversité des profils qu'il accueille. « Je forme à la fois des conducteurs dans les entreprises de travaux et de VRD, des chefs d'équipe et du personnel exécutant, des conducteurs d'engin, par exemple. »
Les formations, des lieux de réseautage
Sur l'année 2025, Benjamin Thinon déclare avoir eu 387 stagiaires sur 33 sessions. Des stagiaires auxquels il inculque des règles techniques, comme les rubriques ICPE (Installation classée pour la protection de l'environnement) ou encore la Nomenclature IOTA.
Selon Hélène Ludmann, l'avantage que peuvent tirer les jeunes professionnels de ces formations, c'est aussi la création d'un réseau, qui peut s'avérer riche dans une spécialité de plus en plus valorisée. « Venir en formation, cela sert pour développer des compétences mais aussi pour entrer en contact avec un réseau d'acteurs. » Un annuaire des personnes souhaitant y être référencées en tant que participantes à la démarche DDQE sera d'ailleurs prochainement dévoilé.
Une manière de se faire des contacts dans la profession qui a un coût : entre 6 000 et 6 400 € TTC, même si la formation est finançable par le compte CPF. Du côté de Biodiversité formation conseil, comptez 780 € ou un devis sur mesure si la formation est faite en intra-entreprise pour le module en deux jours « Améliorer la prise en compte des enjeux écologiques sur vos chantiers ».
Pour Benjamin Thinon, ce prix s'explique aussi par l'acquisition de nouvelles connaissances qui peuvent aussi être valorisantes sur la carte de visite pour se différencier et atteindre de nouveaux marchés. « Être formé, ça peut être un plus à la fois pour remporter l'appel d'offres et aussi pour rassurer les maîtres d'ouvrage sur le fait d'avoir du personnel compétent. Au moins, ils savent qu'ils peuvent faire confiance sur ces sujets à l'entreprise qu'ils font intervenir. C'est important parce que, eux, derrière, ils prennent des engagements auprès des services de l'État. »
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