Plongée dans le paysage constructif et urbain de la Guyane

Pour mieux cerner les enjeux urbains et résidentiels en Guyane, il convient de connaître son climat.
«La Martinique subit cyclones et tremblements de terre régulièrement, ce qu'on ne connaît pas aujourd'hui en Guyane. On n'a pas les mêmes contraintes de construction, réglementaires et géographiques à ce niveau-là », compare Malika Taubira, directrice de l'Agence de Développement Territorial de Guyane (ADTG), rencontrée au salon de l'immobilier bas carbone (SIBCA), début septembre.
Car le paysage foncier guyanais a aussi ses spécificités : 90 000 km2 de territoire, dont la population se concentre sur le littoral, laissant un coeur forestier peu exploité et un dessin urbain très disparate. « Entre une commune comme Cayenne, qui est sur très peu de kilomètres mais a plus de 60 000 habitants, et des communes comme Sinnamary ou Iracoubo, où vivent 1 000 à 3000 habitants, le besoin en logements n'est pas le même », dépeint Mme Taubira.
Des besoins de logement qui concernent une population très jeune (23,5 % de la démographie âgée entre 15 et 29 ans en 2015, selon l'Insee) et « qui grandit de plus en plus », note la directrice de l'ADTG.
Du foncier au financier, différentes contraintes
« On a un besoin de construction de bâtiments d'urgence, il y a des besoins plus importants. Même au niveau des entreprises. Ici, il y a des besoins qui transparaissent énormément, avec des contraintes financières et des terrains qui n'appartiennent pas toujours aux communes », abonde Malika Taubira.
« Il y a toutes ces difficultés d'avoir à faire à un terrain viable pour construire », évoque la directrice de l'ADTG. Elle cite le cas de Kourou, dont les zones marécageuses nécessitent une viabilisation avant construction. Du côté budgétaire, « les collectivités locales ont de moins en moins de financements aujourd'hui. Cela devient compliqué de prévoir de la construction », estime l'experte.
Dans le détail, la collectivité Territoriale de Guyane (CTG) a annoncé en décembre dernier un budget primitif global à 897,3 millions d'euros en 2026 (contre 883 millions en 2025), dont pour 279 millions pour «l’investissement, afin de maintenir une dynamique de développement du territoire ». Une aide à l'accession à la propriété de 5 000 euros est accordée aux Guyanais, avec une majoration de 3 000 euros pour les allocataires du Revenu de Solidarité Active (RSA).
La Banque des Territoires a investi 14,3 millions d'euros en Guyane, dont 5,5 millions d'euros pour le lotissement Helya à Matoury (29 maisons, deux immeubles respectivement de 6 et 8 appartements) et 8,8 millions d'euros pour le programme Ellis Park à Macouria (65 maisons de ville en duplex).
Pourtant,la Ligne budgétaire unique (LBU), pour l'habitat social en Outre-mer, voit son enveloppe réduite de 27 % dans la première mouture du projet de loi finances (PLF 2027), présentée début octobre. Un point que déplore l'Union sociale pour l'habitat (USH). D'autant que sur les 236,25 millions d'autorisations d'engagement votés dans le budget 2026, 105 millions ont été véritablement notifiés. Le représentant du monde HLM réclame d'ailleurs « le dégel immédiat d'au moins 60 millions d'euros ».
Concilier normes européennes et réalités ultramarines
Sans compter la desserte du territoire guyanais. Le réseau routier se limite à deux axes : la RN 1 et la RN 2, souffrant d'« embouteillages monstres tous les matins », nous décrit Malika Taubira, tandis que « le ferroviaire a été mis de côté depuis quelques années maintenant. Mais cela ne veut pas dire qu'il ne peut pas revenir sur la table. Des projets de transport fluviaux sont également en réflexion ».
« Des communes ne sont atteintes que par l'avion ou par le fleuve. Du coup, cela complique les constructions, car cela coûte forcément plus cher de ramener les matériaux, avec les risques d'accident fluvial », nous explique Mme Taubira, bien que des projets de transports fluviaux se développent, notamment pour relier Macouria à Cayenne.
La question des transports est cruciale dans la fabrique urbaine en Guyane, alors que plus de 7 000 kilomètres séparent Paris et Cayenne. « La Guyane, bien qu'elle soit en Amérique du Sud, reste un territoire français, donc elle doit répondre aux normes européennes », avec un recours aux matériaux d'origine européenne, appuie la directrice de l'ADTG.
Objet de travaux du consortium Outre-Mer pour des Bâtiments Résilients et Économes en Énergie (OMBREE), l'adaptation des référentiels constructifs aux réalités ultramarines revient dans nos échanges avec Malika Taubira. L'architecture bioclimatique est une piste, la bibliothèque de Kourou hissée en exemple, car tout en bois et en aération naturelle, afin de réduire l'usage de la climatisation. « Nous avons plus récemment l'écoquartier Georges Othily, située à Rémire Montjoly, inauguré en 2019 », mentionne également Mme Taubira.
« Il est important qu'on pousse [les pouvoirs publics] à s'adapter à nos territoires et que certaines réponses sont plus viables chez nos voisins qu'ailleurs », appuie-t-elle. L'intéressée mentionne même des discussions avec le Brésil, voire les Caraïbes, malgré les différences climatiques susnommées entre la Guyane continentale et la Martinique insulaire. « Même s'il y a ces différences-là, de plus en plus, on voit l'opportunité de discuter avec nos homologues des Antilles et d'autres États parce que, quoi qu'il arrive, nos combats restent quand même relativement universels », conclut-elle.
Propos recueillis par Virginie Kroun
Ne manquez plus l’actualité du bâtiment ! Inscrivez-vous à la newsletter pour recevoir directement dans votre boîte mail les dernières actus du BTP Je m’abonne gratuitement → |










