Le monde est entré dans une ère d'insécurité énergétique

Journaliste d'un jour | 16.01.06
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Le monde est entré dans une ère d'insécurité énergétique - Batiweb
La consommation mondiale devrait s'accroître de 60 % entre 2002 et 2030 et les deux tiers de l'augmentation proviendront de pays émergents comme la Chine, l'Inde et le Brésil, note l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Sans des politiques volontaristes pour réfréner l'appétit glouton des nations développées ou des pays émergents, la part des combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz) représentera alors 82 % de la consommation.
Le commerce des hydrocarbures va s'intensifier, par pipelines ou tankers, la dépendance de l'Europe, de l'Amérique du Nord et de l'Asie vis-à-vis de la Russie et du Moyen-Orient augmenter de façon préoccupante. Faute d'investissements suffisants dans l'exploration-production et le raffinage, le monde ne dispose plus de ce coussin de sécurité de 5 à 10 millions de barils par jour capable d'amortir une rupture brutale des approvisionnements en provenance d'Arabie saoudite, de Russie ou d'Iran. Et d'éviter une flambée immédiate des cours, plus forte encore que celle que le monde a connue après le cyclone Katrina, fin août, où le baril a franchi quelques heures la barre des 70 dollars.

Si la sécurité énergétique est devenue une des principales préoccupations géostratégiques des Américains, des Chinois et, à un moindre degré, des Européens, c'est que tout alimente l'inquiétude : la soif des pays émergents pour un pétrole dont les réserves s'épuisent, la crainte d'attaques terroristes contre des points névralgiques (comme le complexe portuaire saoudien de Ras Tanura), la peur de cyclones dévastateurs... Les 22 et 23 mars, l'Union consacrera à la question un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement où M. Chirac doit présenter un mémorandum en faveur d'une plus grande intégration européenne. Et l'énergie sera le thème central du sommet du G8, en juin, à Saint-Pétersbourg.

Le Vieux Continent n'a pas de politique commune en la matière. Pour assurer son indépendance, ou plutôt limiter sa dépendance, chaque pays a développé sa propre stratégie et compose un "bouquet" où les énergies dominantes diffèrent en fonction de l'état de l'opinion, des coalitions politiques et des ressources naturelles : gaz et pétrole pour la Grande-Bretagne et la Norvège, gaz pour les Pays-Bas, charbon et gaz pour l'Allemagne, assortis d'un développement de l'éolien et du solaire. La France a fait le choix du tout nucléaire pour sa production d'électricité (assurée à près de 80 % par les 19 centrales d'EDF).

Décidée après le premier choc pétrolier de 1973, cette politique n'a jamais été remise en cause lors des alternances politiques, encore moins débattue publiquement. Elle est audacieuse autant que risquée : qu'un défaut "générique" soit décelé dans une partie des 58 réacteurs en exploitation, et EDF devrait les arrêter, plongeant une partie de l'Hexagone dans un black-out sans précédent.

Car celle-ci est chimérique. Le nucléaire n'assure que 17 % de toute l'énergie consommée en France. Il ne représentera, selon l'AIE, que 4 % de la consommation mondiale en 2030. L'atome n'est pas le remède miracle aux maux de la planète énergie et il ne mettra pas le secteur des transports à l'abri d'une pénurie. Les experts s'accordent à dire que la sécurité passe par le recours à plusieurs types d'énergies, à la diversification des pays fournisseurs et à une politique volontariste d'économies.

Redacteur