L'eau pour tous: doubler les investissements et privilégier les dons

Vie pratique | 09.03.06
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L'eau pour tous: doubler les investissements et privilégier les dons  - Batiweb
Pour que "l'eau pour tous" ne reste pas un vain slogan alors que plus d'un milliard d'humains en sont privés, il faudrait au minimum doubler les investissements annuels et envisager les dons plutôt que les prêts, a estimé mercredi le Conseil mondial de l'eau.
Dans un rapport présenté à une semaine de l'ouverture du 4è Forum mondial de l'eau à Mexico (du 16 au 22 mars), le Conseil conclut qu'au minimum 10 milliards de dollars par an sont nécessaires pour garantir l'eau potable et l'assainissement à ceux qui n'ont rien et 15 à 20 milliards annuels pour maintenir le service à ceux qui l'ont déjà.
L'investissement actuel représente 14 à 16 milliards de dollars par an au total, maintenance comprise, mais n'intègre pas le traitement des eaux usées, selon le CME. La communauté internationale s'accorde aujourd'hui sur "l'eau pour tous", mais derrière ce slogan d'évidence se cache une réalité amère: sur notre planète où vivent plus de 6 milliards d'êtres humains, 1,2 md de personnes sont totalement dépourvues d'accès; 2,5 mds sans aucun réseau d'évacuation et, chaque jour, 25.000 décès, dont la moitié d'enfants, de maladies liées à l'eau ou à son absence.

"La tension persiste sur la ressource, même si elle est géographiquement localisée. En 1950, on estimait sa disponibilité à 170.000 m3 d'eau par an par habitant. En 2025, elle devrait se limiter à 5.000 m3", s'est inquiété le président du CME, Loïck Fauchon, en l'expliquant par la croissance démographique et l'augmentation de la pollution sous l'effet des gigantesques poussées urbaines, qui rend ces ressources inexploitables.

Onze études internationales rassemblées par le CME pour son rapport évaluent de 9 à 30 milliards USD/an les investissements nécessaires, selon l'ambition et la qualité des projets, pour atteindre l'Objectif de développement du Millénaire (ODM) sur l'eau, défini en 2002 au Sommet de Johannesburg: réduire de moitié, d'ici 2015 par rapport à 1990, le nombre de personnes privées d'accès à l'eau.

"Ces objectifs ne sont pas en passe d'être atteints", a estimé M. Fauchon, qui demande aux donateurs de "payer: non pas prêter de l'argent, mais donner": "Que la communauté internationale paie, sous contrôle strict, les investissements nécessaires. Puis qu'on aide les pays à s'organiser pour assumer la maintenance et le renouvellement" des infrastructures. L'effort principal, selon le rapport, doit porter sur les villes en raison du "boom des mégacités" (plus de 600 villes de plus d'1 M d'habitants aujourd'hui, plus de 60 mégapoles de plus de 10 M dans 15 ans). Et ce alors que le prix de l'assainissement en milieu urbain est deux à cinq fois supérieur à celui de l'adduction.

Pour M. Fauchon, il faudrait "imposer qu'un cinquième du montant des programmes d'investissements soit systématiquement dédié à l'eau", contre 4 à 5% actuellement. En zones rurales, le Conseil préconise de privilégier les technologies à bas coût - sur le principe "Un peu pour tous, plutôt que tout pour quelques-uns" - et d'associer les communautés locales aux projets, surtout celles à faible revenu comme en Afrique sub-saharienne, "qui sont à la fois géographiquement isolées et politiquement marginalisées". La décentralisation de la gestion de l'eau sera d'ailleurs l'un des thèmes majeurs de Mexico.

Outre l'Afrique, les principaux défis régionaux sont posés par l'Inde et la Chine en raison de leur poids démographique et bien qu'elles aient toutes deux réellement amélioré leur couverture en quinze ans, estime le CME.

Le Conseil mondial de l'eau, créé en 1996 par plusieurs institutions internationales et basé à Marseille, regroupe plus de 300 organisations et 60 Etats pour promouvoir une meilleure distribution de l'eau.

Redacteur