Le mur Etats-Unis/Mexique, une opportunité d'embauche pour les Mexicains

Architecture | 02.02.06
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Le mur Etats-Unis/Mexique, une opportunité d'embauche pour les Mexicains  - Batiweb
Le Sénat américain devra décider dans quelques semaines de la nécessité de multiplier par dix les 100 kilomètres de mur métallique actuellement érigés entre les zones urbaines frontalières des deux pays. Alors que l'affaire suscite un débat passionné des deux côtés de la frontière, le Département de la sécurité intérieure ne perd pas de temps et s'est déjà attelé à la réparation du mur (50 m de long, 3,5 m de haut) de séparation établi il y a 12 ans au nord des plages de Tijuana, sur la côte de l'Océan pacifique, pour empêcher le passage vers San Diego (Californie).
Le chantier de 200.000 dollars a débuté le 23 janvier, explique Joe Ellis, ingénieur civil de Marathon Constructions de San Diego. "Personnellement, je crois que c'est une perte d'argent. Les migrants peuvent entrer (aux Etats-Unis) par n'importe quel endroit, et puis honnêtement, je ne suis pas vraiment préoccupé par les terroristes", dit Ellis.

"Mais c'est de l'argent", ajoute-t-il avec un sourire. Il pose sa main sur le casque de Mario Gonzalez, qui guide les pylônes qu'une grue plante dans le sable, sous le regard de candidats à l'émigration. "50% des ouvriers de Marathon Constructions sont mexicains. Mais ils sont en règle", affirme fièrement l'entrepreneur. Les Mexicains qui travaillent sur le chantier ne le font pas de gaieté de coeur.

"Il n'y a pas d'autre solution, il faut bien que quelqu'un fasse le travail", dit Mario Gonzalez, 42 ans. Il a émigré aux Etats-Unis avec ses parents peu après sa naissance. Son collègue Timoteo reconnaît être entré illégalement dans le pays, il y a 23 ans, "par divers endroits", plaisante-t-il sans donner plus de détails. Pour les habitants de Tijuana, sceptiques, le mur n'est qu'une obsession de plus des "Yankees", une attraction qu'on vient observer en mangeant des pop corns.

"Ce mur n'est pas une bonne chose, mais ça m'est égal, je gagne bien ma vie ici à Tijuana, je n'ai pas besoin de franchir la ligne", lance avec mépris Leo Lopez, un maçon de 25 ans, venu de Oaxaca, Etat pauvre du sud du Mexique. Si les migrants ne peuvent pas passer par la plage, ajoute Mario Gonzalez, ils passeront par des tunnels, loin des zones urbanisées, "c'est seulement une question de temps". Les Américains s'efforcent de construire des murs, les trafiquants creusent des tunnels, dans les deux cas avec de la main d'oeuvre mexicaine.

La semaine dernière, un tunnel ultramoderne reliant deux entrepôts de Tijuana et San Diego, a été découvert par la police. Il servait à faire passer des cargaisons de drogue aux Etats-Unis, probablement pour le compte du cartel de Tijuana.

Ces passages clandestins sont peu utilisés pour l'immigration illégale, trop voyante. En cinq ans, 20 tunnels ont été découverts. "Les Etats-Unis sont dans leur droit, et s'ils veulent construire 100 murs sur leur territoire, ils le peuvent. Mais cela ne va pas freiner le trafic de drogue, la corruption ou l'immigration. D'un côté il y a une grande inventivité et de l'autre, une nécessité nord-américaine de drogue et de main d'oeuvre bon marché", souligne le patron de l'hebdomadaire de Tijuana Zeta, Jesus Blancornelas.

D'après les autorités mexicaines, 27 millions d'Américains d'origine mexicaine ou de citoyens mexicains -légaux ou illégaux- vivent aux Etats-Unis.

Redacteur