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Apprentissage dans le BTP : les candidats sont là mais les entreprises se font plus rares

Publié le 01 octobre 2026 à 13h20, par Nils Buchsbaum

Après dix ans de forte croissance, l’apprentissage dans le BTP ralentit. Les candidats restent nombreux, mais les entreprises prêtes à les former viennent à manquer.
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Longtemps, le secteur du bâtiment s’est demandé comment convaincre les jeunes de franchir les portes de ses entreprises et de découvrir ses chantiers. Aujourd’hui, le défi ne se résume plus à susciter des vocations. Après une décennie d’essor de l’apprentissage, les candidats restent nombreux, mais leur accès à un contrat devient plus difficile. Le ralentissement de l’activité réduit la capacité de certaines entreprises à recruter, tandis que la baisse de certaines aides et les contraintes pesant sur le financement de la formation fragilisent l’équilibre qui avait soutenu la croissance de l’apprentissage.

En dix ans, le nombre d’apprentis formés aux métiers du BTP est passé de 75 011 en 2014-2015 à 106 758 en 2024-2025, soit une progression de 42 %, selon le CCCA-BTP, organisme paritaire des branches du bâtiment et des travaux publics, chargé de soutenir et de développer la formation professionnelle dans le secteur. Mais un premier signe de ralentissement apparaît désormais.

Constructys, l’opérateur de compétences de la Construction, qui finance notamment les contrats d’alternance et accompagne les entreprises dans leurs besoins de formation, a financé 88 126 contrats d’apprentissage en 2025, soit 6 % de moins qu’en 2024. Ce recul ne remet pas en cause la forte progression observée sur le long terme, mais pourrait signaler l’entrée dans une nouvelle phase.

 

Les offres de contrats ne suivent plus les demandes

 

Pour Franck Le Nuellec, directeur du marketing, du développement et de l’innovation stratégique du CCCA-BTP, le sujet n’est donc plus seulement celui de l’attractivité. « Pour la troisième année consécutive, nous avons plus de candidats que d’entreprises », révèle-t-il. Les campagnes de promotion des métiers menées au cinéma, lors d’événements régionaux et de job datings, ainsi que sur les réseaux sociaux, auraient permis d'identifier près de 150 000 personnes en trois ans, ensuite orientées vers les établissements de formation.

Une enquête du CCCA-BTP menée fin 2025 auprès de 214 établissements, représentant 77 % des apprentis du secteur en 2023-2024, confirme ce décalage : elle recensait 5 800 demandes de contrats pour 4 000 offres d’entreprises. Parmi ces établissements, les effectifs d’apprentis reculaient également de 5,4 % sur un an. La baisse du nombre de contrats ne signifie donc pas nécessairement que les jeunes se détournent du BTP. Elle révèle en revanche une difficulté croissante à faire coïncider candidats, entreprises et formations.

Franck Le Nuellec explique notamment ce recul des capacités d’accueil par le ralentissement de l’activité, en particulier dans le neuf, le décollage plus lent qu’attendu de la rénovation énergétique et les difficultés financières de certaines entreprises. À cela s’ajoute, du point de vue des entreprises, le coût du tutorat. « Un jeune, très clairement, les premiers mois, il n’est pas rentable. Il faut beaucoup de temps et d’énergie pour qu’il s’adapte à notre environnement, qu’il apprenne les gestes et postures de nos métiers », souligne Christophe Possémé, président de la Commission nationale du Développement des compétences de la FFB et aussi président de Constructys et vice-président du CCCA-BTP.

 

Des aides moins généreuses pour les entreprises

 

Les aides publiques à l’embauche d’apprentis ont également été revues à la baisse depuis le dispositif exceptionnel de 2023-2024, qui pouvait atteindre 6 000 euros pour la première année du contrat. Pour les contrats conclus à compter du 8 mars 2026, le montant de l’aide varie selon la taille de l’entreprise et le niveau de qualification préparé. Dans les entreprises de moins de 250 salariés, il peut atteindre 5 000 euros pour les niveaux 3 et 4, 4 500 euros pour le niveau 5 et 2 000 euros pour les niveaux 6 et 7.

Le président de la Commission nationale du Développement des compétences de la FFB se montre toutefois réservé sur une politique fondée principalement sur les primes. À ses yeux, l’enjeu est plutôt de mieux répartir l’effort de formation entre les entreprises : valoriser davantage celles qui accueillent des apprentis et faire contribuer davantage celles qui restent à l’écart. « Aujourd’hui, si j’ai des apprentis, je ne gagne pas de points […] au niveau des marchés publics, par exemple », regrette-t-il. Il suggère notamment de s’inspirer de l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés : les entreprises d’au moins 20 salariés soumises à cette obligation doivent employer 6 % de travailleurs handicapés et, à défaut, verser une contribution. « Faisons de même pour les entreprises qui ne prennent pas d’apprentis », propose Christophe Possémé.

 

Depuis 2018, un financement profondément remanié

 

Pour comprendre les tensions actuelles, il faut remonter à la loi « Avenir professionnel » de 2018. Avant la réforme, les régions jouaient un rôle central dans le financement des CFA ; depuis 2020, chaque contrat d’apprentissage donne lieu à une prise en charge versée au centre de formation par l’opérateur de compétences (OPCO). Dans la construction, ce rôle revient à Constructys.

Pour Franck Le Nuellec, cette réforme a constitué un « véritable cataclysme dans l’univers de la formation ». Elle a également élargi le champ d’action du CCCA-BTP, désormais amené à accompagner un ensemble beaucoup plus large d’organismes de formation.

Depuis le 1er septembre 2026, de nouveaux niveaux de prise en charge (NPEC) s’appliquent. Ce sont les sommes annuelles versées au CFA pour former un apprenti, selon la certification préparée et le financement retenu par la branche. La révision 2026 s’est faite à enveloppe constante, obligeant les branches à arbitrer entre les formations.

Selon Christophe Possémé, le BTP a été relativement préservé : les nouveaux montants progressent globalement de 5,9 % dans le bâtiment et de 3,8 % dans les travaux publics. La CPNE conjointe Bâtiment-Travaux publics, instance paritaire chargée notamment des priorités de formation de la branche, a par ailleurs revalorisé 43 certifications jugées prioritaires.

 

Des CFA confrontés à des coûts d’investissement élevés

 

Cette évolution n’efface pas les inquiétudes sur le financement des CFA. Les régions conservent des moyens complémentaires pour soutenir le fonctionnement et les investissements des CFA, mais les dotations nationales de France compétences qui leur sont consacrées ont été ramenées d’environ 268 millions d’euros en 2024 et 2025 à 33 millions d’euros en 2026.

Christophe Possémé plaide surtout pour une plus grande prévisibilité des financements accordés aux centres de formation. « Il faut que l’État prône une actualisation annuelle, au moins sur les contrats d’apprentissage », défend-il, en prenant pour référence les mécanismes de révision des prix utilisés dans le bâtiment.

Les formations du BTP nécessitent aussi des équipements spécifiques — plateaux techniques, engins ou matériels de chantier. Constructys estime que la baisse éventuelle des effectifs, la hausse des coûts et le recul des aides à l’investissement pourraient fragiliser certains CFA de proximité, notamment en zone rurale ou périurbaine, au risque de restreindre localement l’accès à certaines formations.

 

L’attractivité des métiers reste un chantier ouvert

 

Au-delà des évolutions récentes de l’apprentissage, l’attractivité des métiers reste un enjeu de fond pour le bâtiment. Le secteur charrie encore certaines représentations, pas toutes infondées : métiers pénibles, dangereux, peu valorisés, orientation parfois perçue par les familles comme un choix par défaut. Les acteurs de la filière cherchent à contrebalancer cette image en mettant en avant l’utilité concrète des métiers, les possibilités d’évolution et l’amélioration progressive des conditions de travail.

« Exercer un métier dans notre secteur d'activité, c’est changer le paysage dans lequel vous vivez, contribuer à la rénovation du bâtiment, à la construction de routes, au mieux vivre sur votre territoire », avance Franck Le Nuellec.

Le CCCA-BTP déploie depuis plusieurs années des campagnes nationales et territoriales pour promouvoir ces métiers. L’organisme met aussi en avant les évolutions techniques susceptibles d’en réduire certaines contraintes : exosquelettes, outils d’assistance, construction hors site, impression 3D ou nouveaux matériaux.

Christophe Possémé insiste, lui, sur les possibilités d’évolution offertes au cours d’une carrière. « On n’est pas bloqué par les diplômes. Ça veut dire qu’on peut en permanence évoluer », assure-t-il.

À cet argument s’en ajoute un autre : la dimension très concrète du travail accompli. « On laisse une trace. C’est une fierté »n argue-t-il en évoquant une église restaurée par son entreprise vingt ans plus tôt, qu’il montre encore aujourd’hui à ses proches lorsqu’il passe devant.

Le secteur reste néanmoins marqué par plusieurs déséquilibres. Les femmes représentent environ 13 % des effectifs du BTP, et seulement 2 à 3 % dans les métiers de production, selon le CCCA-BTP.

Les difficultés de recrutement demeurent également élevées. Selon l’enquête « Besoins en main-d’œuvre » 2026 de France Travail, 65,2 % des 139 670 projets d’embauche déclarés dans la construction sont jugés difficiles par les employeurs, contre 43,8 % tous secteurs confondus. Les pénuries se concentrent dans certains métiers, notamment la couverture, la charpente et les réseaux, où les entreprises peinent à trouver des candidats qualifiés.

La persistance de ces difficultés de recrutement donne d’autant plus de poids à l’enjeu de la formation. Le BTP doit continuer à attirer de nouveaux profils et à mieux faire connaître ses métiers, alors même qu’une partie des candidats déjà convaincus peine à trouver une entreprise prête à les accueillir. Après une décennie de forte progression des effectifs, l’enjeu n’est donc plus seulement de susciter des vocations, mais aussi de parvenir à les transformer en contrats.

 

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Nils Buchsbaum
Journaliste - Batiweb

Nils Buchsbaum est journaliste à la rédaction de Batiweb. Il suit l’actualité du BTP, de l’urbanisme et de la construction durable, avec une attention particulière portée à la prévention des risques, aux enjeux environnementaux et aux évolutions législatives.

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