Interdiction des chaudières fioul : le biofioul peut être une alternative intéressante selon la FF3C Législation | 10.06.21

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Le 3 juin dernier, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili annonçait un report de six mois de l’interdiction d'installation de chaudières à fioul neuves, pour une date butoir fixée à juillet 2022. Pour Alain Dufétel, vice-président de la Fédération Française des Combustibles, Carburants & Chauffage (FF3C), ce sursis de six mois est un soulagement pour les utilisateurs comme pour les professionnels concernés, peu préparés à cette évolution, bien que le biofioul pourrait l’accompagner. Explications.

Que pensez-vous du report de six mois de l'interdiction d'installation de nouvelles chaudières à fioul ? 

 

Alain Dufétel : C’est certainement une bonne nouvelle. D’un côté pour les consommateurs, qu’il a fallu rassurer et informer sur les dispositifs annoncés il y a deux ans. Ils devaient savoir que ces déclarations ne changeaient rien pour eux, qu’il n’y avait pas interdiction des chaudières existantes, tant qu’elles restaient utilisables et réparables. 

De l’autre côté, il y a les chauffagistes, industriels et autres acteurs du fioul qui n’étaient pas forcément préparés à cette interdiction dès janvier 2022 et n’avaient pas forcément les compétences et ressources nécessaires pour y faire face.

Du coup, les professionnels ont davantage de temps pour peaufiner leur organisation, la mise en place du nouveau matériel et finaliser l’essai de ces produits. Ce délai supplémentaire représente beaucoup en temps de crise sanitaire, qui impacte pas mal ces métiers de terrain.

Serait-ce pour ces mêmes raisons que le gouvernement a rétropédalé ?

 

Alain Dufétel : Ce report est assez révélateur des tendances du gouvernement, qui veut marquer les esprits à grand coup d’effets d’annonces, pour finalement réfléchir qu’après à la faisabilité des mesures. En plus d’être coercitive voire anti-constitutionnelle à mes yeux, l’interdiction est complexe à appliquer pour certains consommateurs de chaudières à fioul. 

D’autant que la date initiale d’entrée en vigueur, c’est-à-dire l'hiver 2022, n’était pas du tout pratique. Après les fêtes de fin d’année, les gens dont la chaudière à fioul était devenue inutilisable auraient difficilement pu la remplacer au pied-levé par des techniques alternatives et ce en période de grand froid.

Pourquoi certains consommateurs sont autant attachés à leur chaudière à fioul ?

 

Alain Dufétel : Principalement pour leur facilité d’utilisation et le confort qu’elles procurent. Ces appareils ne demandent pas beaucoup d’entretien, si ce n’est le stockage de carburant. Une fois le réservoir rempli, la machine tourne toute seule et chauffe efficacement le foyer. Contrairement aux chaudières à granulés qui nécessitent une certaine manipulation. Et ça, ça n’a pas de prix pour les consommateurs de l’appareil, qui sont en grande partie âgés et n’ont pas forcément l’énergie, les ressources financières et matérielles pour les solutions soutenues. Il faut savoir que certains consommateurs vivent dans des zones géographiques où l’installation des chaudières électriques sont quasi-impossibles à cause de la distribution. 

Enfin, derrière un système de chauffage à fioul voire hors-réseaux, se cache une gestion à visage humain. Leurs consommateurs ont un contact direct avec les fournisseurs et réparateurs, là où les détenteurs d’un chauffage en réseaux sont cadenassés, car ils ont accès à une plateforme délocalisée et leur gestion est un casse-tête chinois. Les réponses se transmettent via un ordinateur et sont stéréotypées et préformatées. Or, côté chaudières hors-réseaux comme celles à fioul, il y a un vrai dialogue, énormément apprécié par les utilisateurs.

Afin de prolonger la vie des chaudières à fioul, les ménages peuvent recourir à des nouveaux brûleurs compatibles biofioul ou aux chaudières biofioul. Quels avantages présentent ces techniques selon vous ?

 

Alain Dufétel : Déjà, je tiens à préciser que le fioul est composé à 5 % de matière bio. Toutefois, il émet en France un taux élevé de souffre, c’est-à-dire 1 000 partie par million, soit 20 fois plus qu’en Belgique. Il est possible d’extraire cette matière durant la raffinerie du pétrole, mais l’exploitation a posteriori serait trop coûteuse, notamment pour Total, notre seul grand raffineur dans le pays.

Le biofioul, quant à lui, empèche la pollution de l’air car le F10, composé à 10 % d’huile de colza, respecte déjà le seuil de 250g CO2/kwH autorisé par les normes européennes. L’étape suivante consisterait à passer à 30 % d’huile de colza, car 50 à 70 % d'émissions de gaz à effet de serre peuvent être freinées grâce au biocarburant. Le biofioul permet également aux utilisateurs de conserver leur vieille chaudière et ainsi leur confort d’utilisation.

Certes j’ai pu entendre des remarques sur les techniques controversées pour cultiver le colza. Malgré cela, je trouve cette activité également vertueuse pour l’économie circulaire. Cette plante soutient les agriculteurs locaux et régionaux et stimule ainsi le dynamisme économique des territoires. Il y aurait aussi une meilleure tracabilité des produits, moins de coûts de transport en énergie, et la France gagnerait aussi en performance protéinique, car le colza fait partie de l’alimentation animale. 

Quel serait selon vous le mode de chauffage le plus adéquat, hors brûleurs et chaudières biofioul, pour remplacer une vieille chaudière au fioul ? 

 

Alain Dufétel : La question est compliquée, car il n’y a pas un modèle adéquat pour tous les foyers. Le mode employé dépend de pleins de facteurs : l’ancienneté de la bâtisse, sa zone géographique, son isolation, la composition du ménage qui y habite… Par exemple la pompe à chaleur a plus de sens dans une maison neuve que dans une maison veille de 40 voire 50 ans. Dans le dernier cas, il faudrait tout casser et installer un réseau coûteux sur le plan économique et environnementale.

C’est pour cette raison d’ailleurs que je ne comprends pourquoi le pouvoir politique s’évertue à plébisciter l’électrique alors que la France est en sous-capacité électrique, ou bien le bois, dont la combustion émet beaucoup de carbone. Il serait beaucoup plus cohérent de miser sur un mix énergétique, afin de s’adapter à toutes les situations.

Propos recueillis par Virginie Kroun 

Photo de une : Alain Dufétel

Redacteur

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