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Déploiement du BIM en France : les artisans et PME du BTP toujours à la traîne

Publié le 17 décembre 2018

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Présenté en novembre dernier par le ministère de la Cohésion des territoires, le vaste plan BIM 2022 arrive à point nommé ! En effet, s'il est vrai que l'usage de la maquette numérique se démocratise peu à peu en France, nombreuses sont les entreprises de la construction à n'avoir toujours pas franchi le pas. Le risque pour celles-ci : voir des appels d'offres leur échapper totalement et, in extenso, perdre des marchés importants. Décryptage de la situation avec Bertrand Delcambre, président du Plan transition numérique dans le bâtiment (PTNB).
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De votre point de vue, où on est-on de la numérisation des entreprises ?

Bertrand Delcambre :Je crois qu'il est bien de faire la distinction entre les grands groupes et les artisans, TPE et PME. Si l'on regarde du côté des plus grands groupes, aussi bien les majors du BTP que les cabinets d'architectes, ils sont dans le BIM et le numérique depuis quelques années déjà. Je situe le démarrage de l'appropriation du BIM par ces grands acteurs dès le début des années 2000. Il y a donc plus d'une quinzaine d'années qu'ils ont commencé à comprendre que cela leur était indispensable, notamment dans les grands projets, en France ou à l'international. Il y a encore un peu de chemin à faire, parce que ce n'est pas complètement généralisé, mais la prise de conscience est déjà partie et on ne reviendra pas en arrière. Les gens comprennent qu'il leur faut des outils, des compétences, même si ce n'est pas sans difficultés non plus.

La limite de cette transition numérique, c'est précisément les petits acteurs. En France, on a un tissu du bâtiment très émietté : sur 500 000 entreprises, plus de 90% ont moins de 10 salariés. La question que tout le monde se pose, c'est à quel rythme ces petites structures vont s'approprier les outils qui sont nécessaires, y compris pour des grands projets. Cette problématique est fondamentale, et c'est la raison pour laquelle les pouvoirs publics s'en sont mêlés et que la France a mis en place le premier Plan de transition numérique du bâtiment, qui a démarré début 2015. L'idée est d'éviter toute fracture numérique entre les plus gros et les plus petits.

Comment le PTNB a-t-il accompagné cette transition ?

B.D : D'abord, nous avons réalisé un important travail sur l'éveil des consciences des petits acteurs quant à la nécessité du numérique. Tout le monde, en France, comprend progressivement qu'il faut passer au BIM parce que c'est un acte essentiel pour tous. Quand cette prise de conscience a commencé, nous avons ensuite dû nous interroger sur les moyens. Nous avons travaillé à la fois sur les outils et les compétences. Au final, les TPE-PME ont besoin d'être accompagnées et d'utiliser, progressivement, un langage standardisé pour tout ce qui concerne les informations relatives aux produits de construction pour éviter que chaque fabricant le fasse à sa manière. Heureusement, nous n'avons pas démarré de rien car l'ensemble des acteurs pratiquait déjà le numérique au quotidien. Nous nous sommes efforcés, petit à petit, de faire progresser cette masse d'acteurs pour accélérer le passage à l'ère du collaboratif.

Ce travail a-t-il porté ses fruits ?

B.D : Ce qu'il faut retenir, à ce stade, c'est que nous avons progressé. Nous avons mené des enquêtes régulièrement, tous les ans, avec plus de 1 000 répondants, pour essayer d'apprécier cette dynamique d'appropriation. Nous avons constaté qu'effectivement, en partant de pas grand chose il y a 3 ans, nous commençons aujourd'hui à avoir une population significative qui s'est mise au numérique et au BIM en particulier, de l'ordre sans doute d'un tiers des acteurs concernés. Si l'on refaisait une enquête début 2019, je pense que nous serions à plus de 40% des professionnels qui répondraient positivement. Nous sommes encore au début, mais c'est une transition qui s'accélère avec une augmentation très forte d'année en année. Il y aura ensuite un gros travail pour atteindre la totalité de la population.

Quels sont les profils des entreprises ayant déjà franchi le cap ?

B.D : Il y a évidemment des contrastes. Il est vrai que la maîtrise est en tête, regroupant les architectes et les ingénieurs. Nous sommes déjà, sans doute, à 50% d'acteurs professionnels qui sont passés au numérique et au BIM. La maîtrise d'ouvrage en a également pris conscience, mais est un peu moins avancée. Ceux qui ont plus de difficultés, ce sont les entreprises, et en particulier les plus petites d'entre elles. On a d'ailleurs du mal à mesurer le taux d'appropriation de la maquette numérique chez les artisans du bâtiment.

Comment accélérer le passage au numérique par les artisans et PME du secteur ?

B.D : Dans un premier temps, afin de faire découvrir le BIM à cette population, nous avons soutenu environ 80 projets portés par des TPE-PME, répartis sur l'ensemble du territoire. Ils concernent aussi bien la construction neuve que la rénovation, des chantiers en BIM, de la formation ou de l'entretien-maintenance. Nous avons donc une vague d'expériences soutenues par le PTNB. Ce travail, qui a commencé en 2015, livre actuellement ses premiers retours et grands enseignements. Ceux-ci seront ensuite valorisés auprès d'autres acteurs pour leur donner envie.

Pour accélérer ce retour d'expériences, nous avons également développé un projet appelé « L'Atelier BIM virtuel ». Il permet de simuler ce qu'il est possible de faire en numérique sur un projet réel. Cela a passionné beaucoup d'acteurs, y compris des novices. Le projet a été assez convaincant et a montré qu'il n'y avait pas un investissement énorme à faire.

Il y a aussi la plateforme KROQI, développée par le CSTB avec l'aide des organisations professionnelles pour préciser ce qu'elles souhaitaient avoir. Inaugurée en novembre 2017, cet outil est accessible gratuitement à tous les acteurs pour les aider à mieux appréhender les outils du BIM. Nous recensons aujourd'hui plus de 1 000 utilisateurs quotidiens.

Enfin, pour répondre aux besoins de formation remontés par les professionnels du BTP, nous allons terminer avant la fin de l'année un travail sur un référentiel de compétences qui devrait ensuite déboucher sur un dispositif leur permettant de définir leur propre parcours de formation. Nous espérons pouvoir soutenir, dans les années qui viennent, les offres de formation nécessaires à la transition numérique.

Le PTNB s'arrête à la fin de l'année. Cela ne va-t-il pas créer un vide dans l'impulsion donnée à la transition numérique ?

B.D : Nous faisons tout ce qu'il faut pour ne pas s'arrêter en si bon chemin. Nous devrions, dans les prochaines semaines, pouvoir annoncer une initiative conjointe entre pouvoirs publics et entreprises, pour que la route continue. Le PTNB va s'arrêter sous sa forme actuelle, mais il y aura une ou plusieurs suites sous des formes différentes, notamment en adéquation avec le fameux plan BIM 2022 annoncé en novembre par le ministre Julien Denormandie. Il y aura donc bien une initiative et des moyens consacrés à cela.

• Propos recueillis par : Régis Bourdot - Retranscription par Fabien Carré

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