On croirait un titre de Tintin ... Les Moldaves se rapprochent de la Roumanie...

Vie pratique | 09.06.06
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On croirait un titre de Tintin ... Les Moldaves se rapprochent de la Roumanie... - Batiweb
Quelques mois avant l'entrée possible de la Roumanie dans l'Union européenne, les Moldaves se rapprochent du pays voisin, en s'installant par milliers dans la ville d'Ungheni, située sur la frontière, dans l'espoir d'échapper à l'obligation de visas.Plusieurs milliers de familles ont ainsi emménagé ces derniers mois dans cette ancienne "ville fermée" sous le régime communiste en raison de sa proximité de la frontière, où les réminiscences de l'ex-Union soviétique sont très présentes.
"La prochaine adhésion de la Roumanie à l'UE a entraîné un boom sans précédent du nombre de personnes souhaitant acheter un appartement ou un terrain à Ungheni", a déclaré à l'AFP l'ancien maire de cette ville, Vitalie Vrabie, nommé la semaine dernière ministre de l'Administration publique.

Selon le président moldave Vladimir Voronine, "des discussions sont en cours avec les autorités roumaines pour que les personnes habitant dans un rayon de 30 km de la frontière puissent bénéficier d'un régime simplifié" pour se rendre en Roumanie. Sans attendre qu'un tel accord devienne réalité, Alexeï a déjà acheté un studio à Ungheni. "Je vais pouvoir ainsi me rendre plus facilement en Roumanie", dit ce jeune homme qui se présente comme "commerçant".

Dans cette région où les chances de trouver un emploi sont particulièrement maigres, la plupart des habitants vivent en effet du "commerce à la valise", un paquet de cigarettes ou un litre d'essence acheté en Moldavie et revendu en Roumanie pouvant leur rapporter jusqu'à 30 centimes d'euros. Cette ruée sur Ungheni s'est traduite par une flambée de l'immobilier, le prix d'un appartement de deux ou trois pièces se situant entre 25.000 et 30.000 euros, contre 3.000 à 4.000 dollars il y a quelques années, lorsque le billet vert était toujours roi.

"Le prix est exorbitant, d'autant plus que le propriétaire dit ne pas avoir vu d'eau chaude depuis le temps de l'URSS", commente un retraité venu se renseigner sur le coût d'un appartement situé sur le grand boulevard Mihai Eminescu, anciennement V.I. Lénine. "Plus de 90% de nos clients sont des gens venus de Straseni, Calarasi et Balti", des villes situées à l'intérieur du pays, "qui sont prêts à payer le prix fort pour s'installer près de la frontière", indique pour sa part un agent immobilier.

Bucarest souligne toutefois que l'espoir des Moldaves de contourner l'obligation de visas est infondé, car dès son entrée dans l'UE, prévue le 1er janvier 2007 ou 2008, il devra se plier aux règles imposées par Bruxelles. "L'accord sur le régime des visas, en négociations avec Chisinau, prévoit des facilités importantes, mais aucune exemption", a déclaré à l'AFP Cristian Gaginschi, responsable de la direction consulaire au sein du ministère roumain des Affaires étrangères.

Selon lui, les visas seront gratuits, les délais courts pour l'obtention du document et les procédures simples. Cette obligation est néanmoins décriée par nombre de Roumains, qui craignent qu'elle n'éloigne encore plus les "frères moldaves", séparés de la Roumanie par le pacte Ribbentrop-Molotov de 1939, en vertu duquel l'URSS avait annexé plusieurs territoires roumains, dont la Bessarabie et le nord de la Bukovine.

Dans les années 1990, alors que les nationalistes des deux côtés rêvaient encore d'une "réunification", les Moldaves pouvaient franchir la frontière sur la base d'une simple carte d'identité.

En 2001, la Roumanie avait toutefois durci les conditions d'entrée pour ces derniers, exigeant qu'ils soient munis d'un passeport. Cette mesure avait entraîné une forte baisse du nombre de ressortissants moldaves se rendant dans le pays voisin, mais ce chiffre a commencé à augmenter ces derniers temps, se situant à 450.000 depuis janvier, soit plus de 10% de la population totale.

Redacteur