Coco Polizzi, le facteur Cheval d’Agadir

Architecture | 21.08.06
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Coco Polizzi, le facteur Cheval d’Agadir - Batiweb
L’Italien le plus célèbre d’Agadir serait-il la réincarnation marocaine du célèbre facteur Cheval ? On pourrait le croire quand on mesure la passion et la persévérance de Coco Polizzi pour reconstruire la Médina d’Agadir.
Un soir, en 1960, le sol tremble à Agadir. En quelques instants la Casbah, cœur historique de la ville depuis 1540, s’effondre et disparaît. Quand l’épais nuage de poussière se dissipe, seuls restent debout quelques vagues pans du mur d’enceinte de la cité qui, au XVIIe siècle, figurait parmi les plus beaux comptoirs des Pays Bas. La catastrophe provoque des milliers de victimes et marque la disparition d’un joyau urbain de l’histoire et de la culture marocaine. Passée cette période tragique, la médina d’Agadir s’enfoncera lentement dans l'oubli. Elle y serait encore si, trente ans plus tard, Coco Polizzi, un architecte décorateur un peu fou, n’avait décidé de donner vie à son rêve. Coco Polizzi s’engage en effet dans la reconstruction de la médina avec la passion d’un Don Quichotte et la pugnacité du facteur Cheval. Pour mener à bien son ambition, il porte d’abord son dévolu sur un lieu désertique à quelques kilomètres d’Agadir, jugé à l’abri des tremblements de terre. Porté par sa devise, « donner avant de partir » et avec pour seule fortune son savoir et sa volonté, il entame alors la longue marche d’un bâtisseur d’exception.
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Maître Artisan et bâtisseur d’exception
Comme possédé d’une vision sacrée, l’homme connaît déjà chaque recoin de la ville à laquelle il va donner naissance. Une ville qu’il va bâtir, jour après jour, pierre par pierre, dans le respect le plus profond de la tradition et de l’authenticité. Car Coco Polizzi n’est pas un amateur, il possède au contraire l’expertise d’un Maître-Artisan, ce qui au Maroc n’est pas un vain mot. L’homme ajoute en effet à ses qualités d’architecte une étonnante et talentueuse maîtrise des techniques et des matériaux. Sa cité va ainsi rapidement célébrer le mariage idéal de la pierre, du bois, du fer, du pisé, avec l’art de la mosaïque, des vitraux ou des zelliges. Les demeures de style mauresque, grec ou encore Andalou se succèdent au fil des mois en bordure de placettes ensoleillées et de passages ombragés reliés par des ruelles tortueuses bordées d’échoppes d’artisans, de cafés maures et de restaurants intimistes. Bientôt, cette ville ancienne mais neuve, sortie tout droit des rêves d’un sicilien fou d’arabesques et d’arcatures, s’offre aux visiteurs telle une oasis de fraîcheur et de sérénité. Une cité hors du temps et pourtant bien vivante.

Un rêve vivant
Car la médina de l’architecte utopiste n’est pas un musée. A l’image de la cité disparue à laquelle elle succède, elle vibre aujourd’hui au son des dizaines d’artisans qui la peuplent. Ils y produisent des milliers d’objets qui sont autant de témoignages d’une culture millénaire. En dix ans, avec la discrétion qui caractérise les grands bâtisseurs, Coco Polizzi a ainsi donné naissance à une médina plus vraie que nature. Une ville de plusieurs hectares ou le jeu des différents tons de pierre, des lignes droites et des courbes orientales diffuse une atmosphère rare de paix et d’équilibre. Un lieu magique qui chaque jour fait vibrer d’émotion plus de150 visiteurs nouveaux. Mais le facteur Cheval d’Agadir n’est pas encore au bout de son rêve. Il avoue aujourd’hui qu’avec 21 000 m2 bâtis, la ville n’occupe encore que 40 % de sa surface définitive. Coco Polizzi, aidé de toute sa famille, continue donc inlassablement à bâtir pierre par pierre sa médina idéale, toujours et encore guidé par l’idée qu’un homme digne de ce nom « doit beaucoup donner avant de partir… ».
Redacteur