Plan « logement d'abord » : des résultats en trompe-l'œil ?

C'est une stratégie qui affiche des « résultats probants », selon le ministère de la Ville et du Logement. Ce dernier vient de publier les résultats du plan Logement d'abord au 31 mars 2026, soit près de trois ans après le lancement de ce deuxième plan quinquennal, le premier ayant été lancé en 2017. Ces publications interviennent à l'occasion de la 6e semaine nationale des pensions de famille, du 25 au 31 mai 2026.
Plus de 800 000 personnes sans domicile relogées depuis 2018
Le chiffre le plus marquant, et mis en avant par les équipes du ministre Vincent Jeanbrun, est certainement celui des 804 000 personnes sans domicile ayant accédé à un logement stable depuis 2018. Selon la Fondation pour le logement des défavorisés, le nombre de personnes sans domicile est pourtant en forte hausse : de 143 000 en 2012 à 350 000 en 2025.
Selon Edgar Aubisse, chargé d'étude au sein de l'organisation, le plan était « intéressant et allait dans le bon sens sur le papier ».
Pour lui, le Logement d'abord a permis de ne plus avoir un « parcours en escalier ». Comprenez : un recours à des solutions étape par étape comme le passage de la rue à l'hébergement d'urgence avec les risques décriés par la Fondation pour le logement de repartir de zéro en un claquement de doigts. « Dans le cadre du logement d'abord, l'idée était de passer directement de la rue au logement pour éviter de ne jamais réussir à passer d'une étape à l'autre », explique Edgar Aubisse. « Ce qui était plutôt bien ! »
Le ministère fait aussi valoir les 220 000 attributions de logements sociaux qui ont bénéficié à des personnes issues de l'hébergement d'urgence ou de la rue, ce qui représente 8,5 % des attributions, contre 4,1 % en 2017 selon le gouvernement.
Une augmentation insuffisante des places en pensions de famille ?
59 000 places en intermédiation locative ont été créées sur les huit dernières années, portant la capacité totale dans cette catégorie à 93 000 places. « L’intermédiation locative permet de mobiliser le logement locatif privé pour loger les publics vulnérables par l’intermédiaire d’une association ou d’une agence à vocation sociale », rappelle le ministère de la Ville et du Logement.
Celui-ci se félicite aussi de la hausse de 72 % des places en pensions de famille depuis 2017, qui atteint désormais 26 600 places. Mais selon Edgar Aubisse, les résultats qu'il constate ne sont « pas suffisants ».
« Entre 2017 et 2022, l'objectif était de 10 000 places de plus en pensions de famille, puis encore 10 000 places supplémentaires entre 2023 et 2026. Alors qu'en 2022, il n'y avait que 7 000 places en plus. » Il ajoute qu'à mi-parcours de la période 2023-2027, seuls 3 900 logements en pensions de famille ont été créés.
Fustigeant « l'inaccessibilité » de Vincent Jeanbrun, en raison des difficultés éprouvées par l'organisation pour le rencontrer, M .Aubisse épingle aussi le ministère du Logement sur le manque de résultats dans d'autres catégories. En particulier la construction de logements en PLAI (prêt locatif aidé d'intégration), les logements les plus sociaux.
Malgré un objectif de 40 000 logements en plus par an, le chargé d'étude de la Fondation déplore que les années 2022 et 2025 se soient seulement soldées par 30 000 constructions. « La baisse de logement social se fait surtout au détriment des logements sociaux les plus accessibles et pour ceux qui ont le moins d'argent », conclut-il.
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