Un temple pour le vin et l’éternité

Architecture | 21.01.02
Partager sur :
Un temple pour le vin et l’éternité - Batiweb
Non loin de Montpellier, à Nizas, se dresse un bâtiment étonnant qui ressemble à un temple : la cave viticole du domaine des Aurelles, œuvre de l’architecte Gilles Perraudin
La cave n’a pas tout à fait la même signification pour un particulier et un viticulteur. Pour ce dernier, elle est le lieu même où se produit cette opération alchimique qui va transformer le jus de raisin en or, c’est-à-dire en vin de qualité. C’est ce qu’ont parfaitement compris les viticulteurs de Nizas, près de Montpellier, qui ont fait appels à l’architecte Gilles Perraudin, également viticulteur, dont le langage architectural repose sur la connaissance et la maîtrise de la pierre. Matériau noble s’il en est et quelque peu délaissé dans les constructions industrielle, il présente le grand avantage d’être économique et de s’accommoder à toutes les fantaisies architecturales. Une manière, aussi, de renouer avec les fondamentaux de l’architecture égyptienne ou grecque.
Un temple moderne
Gilles Perraudin a entièrement respecté les normes classiques de ce type de bâtiment : sur une surface couverte de 630 m2, il a placé d’un côté les chais, de l’autre le stockage, les bureaux, le laboratoire et le garage. Rien de révolutionnaire donc. Toutefois son écriture épurée, sans nostalgie régionaliste, donne à ce bâtiment l’allure d’un temple qui s’insère tout naturellement dans le paysage languedocien. Jusqu’au plus petit détail, rien n’a été négligé : verrière de la cour et fentes de lumière en verre de Réglit, serrureries en acier oxydé, stratégies d’adaptation bioclimatiques. La pierre, ce sont des blocs de calcaire coquillier de 2,20x1,30x0,90 m extraits de la carrière de Vers, puis sciés en deux dans l’épaisseur des 1,30 m. Les faces sciées sont toujours alignées du même côté, celles équarries et plus irrégulières, de l’autre côté. Il y a quelque chose d’égyptien dans cette facture et on se prend à imaginer qu’un tailleur de pierre ou un scribe aurait pu écrire l’histoire du vin sur de tels murs. Sur l’ocre de la pierre, si les hiéroglyphes s’alignaient dans des cartouches à la gloire du noble breuvage, ils occuperaient une place parfaitement légitime. La pierre remplit tout naturellement son office d’isolant thermique et phonique. Ainsi, la matière domestique gère la température au point de l’asservir aux travail du temps sur le vin. Un mariage qui remonte à la nuit des temps et auquel, dans son œuvre, l’architecte à su rendre un parfait hommage. Les autres matériaux ont fait l’objet des mêmes soins : un laboratoire (Exel) a sélectionné et labellisé des bétons sans adjuvants ainsi que les produits traitants pour le bois ou les briques de terre cuite. La aussi, la recherche des composants naturels a fonctionné comme une ligne rouge. Quant à la climatisation, Gilles Perraudin a eu recours à l’ingénieux système du puits canadien : un tuyau de 400 mm de diamètre relie les chais à un puits de 4 m de profondeur situé à l’extérieur. Une fois le bâtiment mis en dépression par un ventilateur mécanique en toiture, l’air frais en été et l’air doux en hiver, sont tout naturellement aspirés. Le système étant régulé par des capteurs électroniques. Résultat, pour une opération qui aura, au final, coûté 370 000 euros, les viticulteurs du domaine des Aurelles viennent d’être nommés « meilleurs vinificateurs » par l’Association des sommeliers de France. Gilles Perraudin pour sa part se voit attribué le grand prix international de la Pierre 2001.
Redacteur