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Présidence de la FFB : Frédéric Carré souhaite « engager un lobbying offensif »

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Publié le 13 mars 2026 à 9h15, mis à jour le 13 mars 2026 à 9h19, par Nils Buchsbaum


Frédéric Carré, dirigeant d’entreprise et candidat à la présidence de la FFB, livre ses mesures pour soutenir l’activité du secteur et moderniser la fédération.
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À l’occasion de l’élection à la présidence de la Fédération Française du Bâtiment (FFB) pour un mandat de trois ans, prévue le 20 mars, Batiweb a interrogé les candidats. 

Frédéric Carré, 51 ans, dirigeant d’une entreprise de métallerie et engagé de longue date au sein de la FFB, détaille son programme pour relancer l’activité, muscler le lobbying et moderniser la Fédération afin de la rendre moins verticale, davantage coordonnée dans tous les territoires et pour chaque métier.

Pouvez-vous nous retracer brièvement votre parcours professionnel ?

 

J'ai repris l'entreprise familiale de métallerie de mon père en 2004. Nous étions 50 employés à l'époque. J'ai beaucoup développé l'activité, passant à 160 salariés avant de devoir restructurer suite à la pandémie de Covid et la hausse des prix des matières premières. Aujourd'hui, mon groupe compte cinq sociétés pour 150 salariés et réalise 22 millions d'euros de chiffre d'affaires, principalement en région Occitanie. Nous réalisons tous types d'ouvrages métalliques : façades métalliques, menuiseries métalliques, escaliers, garde-corps, portes métalliques, portails.

Je traite pour très peu de particuliers, ma clientèle est principalement composée de professionnels. Cela inclut le secteur du logement, mais aussi l'équipement public, comme des médiathèques, des écoles, des gymnases. Plus récemment, j'ai eu l'opportunité de signer l'ensemble des travaux métalliques pour le nouveau métro de Toulouse.

 

Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager syndicalement au sein de la FFB ?

 

Mon père était déjà très impliqué, président de la Fédération régionale Midi-Pyrénées et de l'Union des Métalliers. Mon engagement a commencé naturellement vers 25 ans, en continuité de cette tradition familiale et par attrait pour le secteur. J'ai débuté en tant que président des jeunes dirigeants, puis j'ai gravi les échelons, occupant des mandats successifs : président de la Fédération départementale de la Haute-Garonne pendant six ans, puis président de la Fédération régionale de l'Occitanie également six ans, poste que j'occupe encore aujourd'hui. 

Parallèlement, je suis vice-président de mon union de métier, l'Union des Métalliers, depuis 12 ans, et j'ai été actif au sein de l'exécutif national, notamment sur des projets de développement et de recrutement.

J'ai également une forte implication dans le monde de l'Interprofessionnel, en tant que vice-président du MEDEF Occitanie et de ma chambre de commerce, et je préside depuis six ans Action Logement Immobilier, pilotant la branche immobilière et ses filiales. Ces expériences, au-delà des aspects techniques, m'ont apporté une compréhension profonde de notre fédération et de la gestion de grandes organisations. Aujourd’hui, je souhaite rendre à la fédération tout ce qu'elle m'a donné.

Si vous êtes élu président, quels seront vos priorités ?

 

Mon projet à la tête de la FFB s’articule autour de cinq grands combats : le développement de l’activité, l’innovation, l’attractivité des métiers, la réorganisation de l’institution et un lobbying offensif.

La première priorité, c'est développer l’activité sur l’ensemble des territoires. Cela passe par un véritable plan de relance fondé sur l’investissement public, à la fois dans le logement neuf et dans la rénovation. Nous avons surtout besoin de stabilité et de lisibilité des dispositifs. Les entrepreneurs comme les investisseurs ne peuvent pas travailler dans un environnement mouvant. Je plaide pour des mesures simples et pérennes, comme la mise en place d’un prélèvement forfaitaire universel à taux unique afin de soutenir efficacement l’investissement locatif privé et redonner confiance aux acteurs.

Deuxième axe : accélérer l’innovation. La filière bâtiment doit prendre toute sa place dans les transitions environnementales, numériques et constructives. Je propose la création d’un fonds d’investissement « Innovation » à l’initiative de la FFB, pour accompagner les entreprises dans leurs mutations et soutenir les projets à fort potentiel.

Il faut aussi renforcer l’attractivité de nos métiers. Nous devons attirer et fidéliser les talents. Cela suppose de moderniser notre image, de communiquer différemment et de mieux valoriser la réalité de nos métiers : des conditions de travail qui évoluent, des perspectives d’évolution concrètes et des carrières porteuses de sens.

Quatrième chantier : adapter et renforcer notre réseau. La FFB doit être encore plus proche de ses adhérents, dans tous les territoires et pour chaque métier. Cela implique une organisation plus agile et plus lisible, capable d’apporter des réponses concrètes et rapides aux entreprises.

Enfin, je souhaite engager un lobbying offensif. Notre secteur est un pilier essentiel de l’économie française ; il doit être défendu comme tel. Nous devons muscler notre action aux niveaux politique, ministériel et européen. Cela passera par une révision générale de nos positions et par une association plus étroite de nos unions et syndicats de métiers, notamment via le Conseil des Professions, afin de peser davantage dans les arbitrages et les discussions.

Comment comptez-vous réformer et moderniser la FFB ?

 

La FFB est une fédération extraordinaire, sans doute la mieux organisée et la plus dotée. Elle compte plus de 1 000 collaborateurs sur le territoire, des collaborateurs performants. Notre force, c’est clairement notre ancrage territorial et il faut le renforcer.

Mais cette richesse peut aussi devenir une faiblesse si la fédération reste trop statique dans un monde qui bouge vite. Je pense que nous pouvons mieux utiliser nos forces et gagner en dynamisme. Aujourd’hui, notre organisation est trop descendante, trop centralisée. Je veux une FFB  davantage coordonnée dans tous les territoires et pour chaque métier. Il faut recréer du lien avec le terrain. Être plus proche de nos départements, mieux les écouter, améliorer les remontées d’information et la coordination des actions. En parcourant la France ces derniers moi, j’ai senti que certains territoires avaient le sentiment que le national était un peu déconnecté. Peut-être est-ce une impression, mais elle existe, et il faut y répondre.

Quel est votre diagnostic de la situation actuelle du bâtiment et vos perspectives pour les années à venir ?

 

Je suis un optimiste, parce que les besoins en construction et en rénovation sont immenses. En revanche, le secteur souffre d’une forte inertie. Les changements de gouvernement à répétition et l’instabilité législative, notamment sur les aides, nous pénalisent lourdement. Cette instabilité politique, on en crève, surtout dans la construction. Il est indispensable de redonner de la visibilité et de la stabilité aux dispositifs. Sans politiques publiques claires et durables, c’est tout le secteur et l’emploi qui en pâtiront.

À un an de l’élection présidentielle, nous sommes dans le « money time ». C’est le moment d’être proactifs : recevoir les responsables politiques, leur faire des propositions, co-construire. Notre rôle est d’être force de proposition pour remettre le logement — et plus largement la construction — au centre du jeu.

Les besoins sont là. Nous nous sommes accordés sur un objectif d’environ 430 000 logements par an. L’enjeu est sociétal : loger les Français. Si nous n’y répondons pas, c’est une bombe sociale. Rien ne se fera sans construction, ni en matière de croissance, ni pour répondre à la pression sur le logement.

Pour atteindre ces objectifs, il faut créer les conditions pour agir. Il faut redonner le goût de l’investissement dans la pierre et restaurer la confiance. Cela suppose de repenser certaines doctrines : non pas supprimer l’aide publique, mais la concevoir différemment, avec davantage de lisibilité et de stabilité. À chaque projet de loi de finances, l’incertitude bloque les décisions.

Il faut aussi qu’on change de vision technocratique et verticale sur l’élaboration de la politique publique, notamment en matière environnementale. On ne doit pas opposer transition écologique et construction. Les professionnels ont des solutions et des équipes prêtes à agir. Mais il faut une stratégie simple, lisible et efficace.

Qu’est-ce qui vous différencie des autres candidats à cette éléction ?

 

Bien que nous partagions des objectifs communs, nos expériences et nos approches sont différentes. Mon parcours d'entrepreneur ayant traversé plusieurs crises, combiné à mon expérience syndicale et ma connaissance des différentes instances, me donne une légitimité particulière. Mon intention est de fédérer et d'intégrer toutes les énergies pour défendre au mieux notre profession.

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Nils Buchsbaum
Journaliste - Batiweb

Nils Buchsbaum est journaliste à la rédaction de Batiweb. Il suit l’actualité du BTP, de l’urbanisme et de la construction durable, avec une attention particulière portée à la prévention des risques, aux enjeux environnementaux et aux évolutions législatives.

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