Une construction en pisé pour un séjour à l’Ombria, dans le nord de la Corse Architecture | 28.07.20

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La grande interruption du mois d’août approchant, la rédaction de Batiweb s’est intéressée à une réalisation architecturale méditerranéenne. La plupart des villas récentes construites en Corse utilisent des procédés de fabrication modernes. Pourtant l’architecte Paul Casalonga a fait le choix d’utiliser la terre crue pour construire une maison originale dans l’environnement magnifique de la Balagne.

Pour répondre au projet de restauration du lieu-dit l’Ombria, Paul Casalonga, architecte, ingénieur et géographe a imaginé une maison particulière, devenue gîte en 2018. 

 

Un matériau local et une technique de construction multimillénaire

 

S’inspirant de l’architecture vernaculaire, il a conçu et fait construire un ouvrage en utilisant la technique multimillénaire du piséLe pisé est une technique de construction naturelle où les murs de la maison sont construits en terre crue locale. La terre crue permet de construire des murs monolithiques parfaitement résistants et qui ont d’indéniables qualités contribuant au confort de vie des habitants.

 

Paul Casanova architecte devant un mur en terre crue banchée

Paul Casalonga, architecte, ingénieur et géographe

 

François-Xavier Bartoli, architecte, associé et ami de Paul Casalonga, le rappelait ainsi dans son mémoire de fin d’études : « Aussi appelé géobéton ou béton de terre [la terre crue] est un matériau économique, régulateur d’hygrométrie, à forte inertie thermique, aux performances acoustiques exceptionnelles, absorbant les pollutions atmosphériques internes et permettant une architecture inventive, agréable à vivre et généreuse... Peu vorace en énergie grise (transport, transformation, exploitation, etc.), non délocalisable, favorisant les savoir-faire traditionnels et les interventions humaines au détriment de la mécanisation, entièrement recyclable et réutilisable, elle présente toutes les qualités requises pour être le matériau du XXIème siècle ».

 

 

 

Une conception bioclimatique

 

Mais l’architecte ne s’est pas contenté du choix d’un matériau traditionnel. Il a aussi soigneusement implanté la maison et fait en sorte que son orientation et la conception architecturale elle-même soient décidées en fonction de la course du soleil et des vents dominants.

 

Le reste des matériaux est à l’avenant. Les menuiseries à double vitrage sont en bois de châtaignier. Les cloisons de séparation sont en brique de chanvre et les voûtes utilisent une autre technique de terre crue : la brique. L’isolation complémentaire est en ouate de cellulose. À l’extérieur, des jasmins grimpent le long du mur et ralentissent le réchauffement de la maison pendant les heures les plus chaudes.

 

L'intérieur

 

40 m2 de panneaux solaires ont été placés le long de la façade sud-est. L’électricité ainsi produite a plusieurs usages : elle est soit autoconsommée ou stockée, soit réinjectée dans le réseau car l’installation est raccordée à celui-ci et revendue à EDF. La maison a d’ailleurs participé à un concours de maisons solaires. 

 

Au moment des périodes de l’année où le climat se fait plus rude, l’essentiel du chauffage est assuré par le bois de l’exploitation, brûlé dans un poêle de masse. Les salles de bains sont équipées de sèche-serviettes électriques. L’eau chaude est fournie par un chauffe-eau solaire (avec appoint électrique pour les jours de pluie continue).

 

 

L’eau de pluie est récupérée dans la citerne enterrée pour arroser le jardin potager. Une micro-station d’épuration biologique traite les eaux usées et irrigue en contrebas la chaînerai et les espaces ombragés. Les déchets ménagers et autres produits bio dégradables sont compostés à l’arrière de la maison et les autres déchets triés et déposés en containers séparés.

 

Au-delà de la construction

 

Située dans une Zone Naturelle d'Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique classée Natura 2000, l’Ombria est aussi un magnifique lieu de villégiature, entouré d’une oliveraie. Danseuse classique avant d’être agricultrice et hôtesse des lieux, la propriétaire, Letizia Guironnet–Lanzalavi, est celle qui en parle le mieux : « La propriété fait près de sept hectares et est entièrement close ; on peut donc s’y promener en toute sécurité. La faune et la végétation contribuent au sentiment de paix et de sérénité qui y règne. On y découvre de majestueux Milans Royaux, qui disputent aux renards et aux chiens de race Dolce et Nebbiu, les lapins et mulots qui pullulent. La terrasse est entourée de plantes aromatiques et médicinales dont les odeurs empreignent l’atmosphère, du petit matin au crépuscule. À l’intérieur, les matériaux, les odeurs, les voûtes, la taille et la disposition des pièces, tout concourt aux sentiments de calme, de détente et de bienveillance qui envahissent très vite les habitants de la demeure ». 

 

 

Petit conseil pour finir

 

Si vous voulez découvrir l’Ombria-Belgodère, et la belle région qui l’entoure, n’hésitez pas à appeler Letizia de notre part, voici son portable : 06 37 90 89 95. Vous pouvez aussi lui écrire à : letiziaguironnet@gmail.com

 

Régis Bourdot

Photos DR : L'Ombria, Georges Guironnet  et Agence RnB - François-Xavier Bartoli, architecte

 

 

À savoir

 

La maison a été construite en 2010. 300 tonnes de tuf ont été nécessaires, mélangés à de la chaux. La technique de construction utilisée est celle du pisé, le mélange terre crue plus chaux étant mouillé à la main puis banché.

Pilotée par l’architecte Paul Casalonga, malheureusement décédé en 2016, la construction a été réalisée par une équipe de maçons algériens spécialisés, car c’est une technique traditionnelle, toujours mise en œuvre en Algérie.

Malgré le retour en grâce progressif de cette technique, il est encore difficile de trouver des artisans qualifiés en construction de terre crue en France.

À l’intérieur, des gabarits de voûte ont servi à la construction des plafonds faits de briques de terre cuite collées à la chaux. L’isolation de la toiture est en ouate de cellulose. 

 

Pour une approche simple et une bonne clarté des termes techniques, vous pouvez vous référer au DicobatOnLine®Sinon, de nombreux ouvrages traitent du sujet en profondeur. Citons par exemple Terre crue, techniques de construction et de restauration de Bruno Pignal (collection Au pied du mur des éditions Eyrolles), ou encore Bâtir en terre, du grain de sable à l’architecture de Romain Anger, Laetitia Fontaine et al., (éditions Belin).

Redacteur

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