Le « hors-site » pour faire « rayonner » les savoir-faire de construction français à l’étranger Développement durable | 01.03.21

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En 2018, Julien Denormandie, alors ministre du Logement, confiait à Bernard Michel et Robin Rivaton, respectivement Président et Directeur général de Real Estech, une mission pour apporter une réflexion sur la construction à moindre coût et bas carbone. De ces travaux est né un rapport intitulé « L’industrialisation de la construction ». Le document, tout juste publié sur le site du ministère de l’écologie, vante les atouts du hors-site et formule 14 propositions pour encourager l’innovation industrielle et structurer une filière qui ne demande qu’à progresser.

Le rapport « L’industrialisation de la construction » élaboré par Real Estech avait été présenté au Gouvernement en 2019, un document désormais consultable sur le site du ministère de l’écologie. Pour rappel, Bernard Michel et Robin Rivaton avaient pour mission de penser des modes de production et d’organisation « différents » qui puissent améliorer le service à l’usager « à qualité constante », et « dans le meilleur équilibre coût/bénéfice ». Et contribuer aussi à la transformation de l’industrie immobilière française « pour gagner en compétitivité ». Le rapport, d’une soixantaine de pages, fait la part belle au « hors-site », une approche qui présente de nombreux atouts : réduction des coûts de construction, des délais, des nuisances en phase de chantier. Et qui permet aussi « de mieux contrôler la qualité » des ouvrages et de construire avec un coût carbone maîtrisé via des techniques constructives durables. 

Des marges affaiblies

En introduction, les auteurs font le constat que le secteur de la construction est de plus en plus « atomisé », et qu’il « investit peu, et innove peu ». « La multiplication d’entreprises de petite taille opérant sur des zones géographiques limitées et sans intégration verticale apparaît comme une des raisons essentielles de l’incapacité à digérer, voire à susciter l’innovation ». Et « l’éclatement des parts de marché et la faible différenciation des acteurs réduisent le champ concurrentiel à la seule question du prix » ; une chaine « fragmentée » qui « occasionne des coûts de coordination importants et sur lesquels un acteur isolé ne peut pas jouer ». Conséquence, un taux de marge « structurellement plus faible que dans les autres secteurs ». La faible profitabilité conduit à un taux d’investissement de seulement 8% contre 20% pour l’industrie en France, souligne le rapport. « Le constat étant similaire dans le reste du monde », avec des dépenses destinées à la R&D représentant moins d’1% du chiffre d’affaires contre 5 à 6% pour l’automobile. 

Une pénurie de main d’œuvre

Le rapport évoque aussi la main d’œuvre vieillissante « et pas assez formée ». En France, le taux d’accès à la formation continue est de 35% dans le secteur de la construction contre 45% dans l’industrie manufacturière. Et les entreprises du bâtiment signalant des difficultés de recrutement emploient 80% de la masse salariale du secteur. Les conditions de travail restent aussi difficiles. Malgré les efforts en matière de prévention, « le BTP demeure le secteur d’activité présentant le plus haut niveau de risque avec 57 accidents de travail pour 1000 salariés par rapport à une moyenne de 33 pour l’ensemble de l’économie ». 

Baisse de la productivité… et hausse des coûts

La productivité du secteur est en baisse tandis que les coûts de production augmentent, et ce, dans tous les pays du monde. A cela s’ajoute une prédictibilité du budget des travaux « encore trop faible ». « Selon KPMG, 69% des projets de construction dans le monde dépassent le budget initial d’au moins 10% ». Par ailleurs, les délais de livraison ne sont pas toujours respectés, et nombreux sont les acheteurs à questionner la qualité des ouvrages livrés.  

Des engagements en faveur de l’environnement qui se font attendre

L’empreinte carbone du secteur est aussi un sujet de questionnement. La construction obtient un score de 30 sur 100 dans les démarches d’amélioration (engagements en faveur de l’environnement) contre 40 dans l’industrie agroalimentaire et dans les transports. Elle obtient un score de 40 dans la gestion économe des ressources contre 70 pour l’agroalimentaire. En plus de cet impact, les nuisances de voisinage sont évoquées. Les gênes provoquées par les chantiers coûteraient 4 milliards d’euros par an en assurance.  

Un secteur qui est appelé à se transformer

« La construction va changer profondément dans les prochaines années sous la pression du manque de main d’œuvre et de la réduction des émissions de carbone », poursuit le rapport. La réglementation devrait encourager l’innovation tout comme l’intégration du coût complet du carbone de la construction neuve. L’émergence de la construction industrialisée est ainsi une opportunité pour le secteur, mais encore faut-il soutenir sa progression. La France a du retard, et nombreux sont les élus et urbanistes à associer construction industrialisée à uniformisation. Quant aux clients, ils craignent « d’avoir des logements moins résistants que ceux produits en construction traditionnelle ». 

Que propose le rapport ? 

A travers 14 propositions (s’articulant autour de 5 axes), le rapport appelle à prendre « concrètement des mesures » pour accompagner le développement des technologies. 

  • Révéler le juste coût de la construction : pour les opérations d’aménagement de grande ampleur, le rapport préconise une présentation des projets avec le coût détaillé de la construction, ou encore un relevé statistique comparant la durée réelle des chantiers et la durée présentée lors du dépôt du projet. 
  • Encourager l’innovation industrielle : Est proposée la création d’un référentiel de certification pour les éléments préfabriquées dérogatoire du dispositif standard ; et d’une base de données par les producteurs de la construction industrialisée. Les dérogations accordées dans le cadre de la loi Essoc (Permis de faire et d’innover) pourraient être rendues publiques. Le rapport recommande aussi d’aider, dans le cadre des PIA, jusqu’à 10% de l’investissement des dix premières usines portées par tout acteur de la filière avec un objectif minimal de production équivalent à 1 000 logements ou 50 000 m2 de surface au sol dans des ZRU ou ZRR ; et d’instituer une démarche de standardisation entre les différents acteurs de la filière.
  • Améliorer l’accès à la commande publique : Est préconisé de réviser la loi MOP pour étendre les critères de dérogation, et d’étendre le champ de l’ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 relatif aux marchés publics pour faire rentrer les bâtiments publics nécessitant une construction ou rénovation lourde dans le cadre de « l’urgence simple » et de « l’urgence impérieuse ». 
  • Aménager le cadre juridique : il va s’agir ici de promouvoir le régime des EPERS (Éléments Pouvant Entraîner la Responsabilité) pour donner un cadre « rassurant et lisible aux industriels et aux donneurs d’ordre ». 
  • Structurer la filière de formation initiale et continue en intégrant au sein du RNCP des formations professionnalisantes, certifiantes ou qualifiantes de reconversion ayant trait à la construction industrialisée, et en développant des cours afin de familiariser l’ensemble de la chaine à des techniques. 

Pour consulter l'intégralité du rapport, cliquez ici

Rose Colombel
Photo de une : ©Adobe Stock

Redacteur

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