Chute brutale de l’activité des artisans à fin mars Vie des sociétés | 27.04.20

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Comme on le sait maintenant depuis plusieurs semaines, l’activité du bâtiment s’est effondrée depuis le début de la crise du Coronavirus. L’enquête trimestrielle de la CAPEB a le mérite de fixer les idées. Et les chiffres des 15 derniers jours de mars ne sont réellement pas bons. Regardons ça plus en détail...

Ce sont des chiffres sans appel ! L’activité globale du 1er trimestre 2020 a baissé de  -12 %, avec plus précisément une baisse de 14 % dans le neuf et de 12 % dans l’entretien-rénovation.

 

Patrick Liébus, président de la CAPEB, précise « L’artisanat du bâtiment fait face à une crise économique sans précédent consécutive à la crise sanitaire du COVID-19. Alors que 80 % des entreprises du secteur sont à l’arrêt, la filière de la construction est touchée de plein fouet : une chute brutale de la croissance est enregistrée pour l’ensemble des corps de métiers, avec un recul de l’activité compris entre- 9 % et - 16 % au 1er trimestre 2020. »

 

Arrêt brutal des entreprises

 

Au début de la crise, qui nous semble maintenant si loin, les entreprises artisanales ont dû arrêter brutalement leur activité. 80 % d’entre elles se sont arrêtées, 17 % ont maintenu une activité réduite et 3 % ont déclaré poursuivre une activité quasi normale.

C’est le refus des clients que les chantiers se poursuivent qui est la première raison de ce coup de frein brutal.

71 % des clients particuliers et 45 % des clients professionnels, publics ou privés ont demandé aux entreprises de cesser les travaux.

À cela 39% des chefs d’entreprise déclarent avoir rencontré des difficultés d’approvisionnement en produits et matériaux. Et ce chiffre monte à 84% si on restreint l’échantillon des réponses aux entreprises qui ont continué à travailler.

 

 

Des conséquences négatives sur la trésorerie

 

Cette  situation met à rude épreuve les entreprises artisanales. La trésorerie est en nette détérioration pour 34 % d’entre elles, contre 14 % au premier trimestre 2019 (soit 20 points d’écart). Seulement 5 % des entreprises parlent d’une amélioration. Enfin, le montant moyen des besoins de trésorerie de ces entreprises atteint 24 000 € (contre 20 000 € un an auparavant).

 

Le solde d’opinions des chefs d’entreprises concernant leur trésorerie s’établit donc à - 29 points (contre – 11,5 points pour la moyenne de long terme) et marque leur grande inquiétude sur les semaines et les mois à venir.

 

Des différences régionales plus marquées que par métier

 

Sans surprise, la carte de France de la baisse d’activité est plus marquée dans les régions les plus touchées par le COVID-19, tout l’est de la France et l’Ile-de-France, mais même une région comme la Bretagne, moins touchée par la maladie, est sérieusement impactée.

 

 

 

La taille de l’entreprise artisanale ne joue pas beaucoup car l’écart de la baisse est de moins d’un point entre les entreprises de moins de 10 salariés et celles de 10 à 20 salariés. L’écart est un peu plus grand entre métiers puisqu’il y a quasiment 8 points de différence entre les métiers de l’électricité-plomberie-chauffage et couverture d’un côté (- 9 % environ) et la maçonnerie qui chute à -16 %.

 

 

Vers une reprise plus verte et plus vertueuse pour le bâtiment ?

 

L’ancien, c’est-à-dire l’activité en entretien-rénovation, est également affecté par une baisse d’activité de - 10,5 % par rapport au premier trimestre de 2019. Et le volume des travaux d’Amélioration de Performance Énergétique du Logement est également concerné par ce net recul. La baisse est de - 8,5 %, contre 1,5 % de croissance au trimestre précédent.

 

Cela pose la question d’une reprise plus vertueuse. Deux instances importantes, l’Institut de l’Économie pour le Climat et la Convention Citoyenne pour le Climat, insistent, selon notre confrère Le Monde, sur la nécessité de mettre en œuvre de façon plus massive  des rénovations globales. Celles-ci sont seules à même de rendre les bâtiments et logements bien plus efficaces sur le plan de l’efficacité énergétique. Il faudra donc un plan massif et sur le long terme, pour inciter les propriétaires à entreprendre les travaux qui rendront les bâtiments économes en énergie.

 

Rappelons aussi que l’objectif minimum de 500 000 rénovations par ans est loin d’être atteint ! La crise peut être une opportunité pour atteindre enfin les objectifs qualitatifs et quantitatifs nécessaires dans le secteur du bâtiment et du logement, qui est à l’origine de 45% de la consommation d’énergie et 18% d’émission des gaz à effet de serre en France.

 

La reprise à quelles conditions pour les entreprises ?

 

Le président de la CAPEB s’est longuement expliqué sur les conditions de la reprise dans une interview exclusive à Batiweb. Il a rappelé que l’aide de l’état serait indispensable, vu les coûts de mise en sécurité des chantiers, des compagnons et de leurs clients. Le sujet de la trésorerie sera central, car il va conditionner la viabilité de beaucoup d’entreprises lors des mois à venir.

Enfin la CAPEB pointe que « l’activité́ du bâtiment sera fortement liée à la situation sanitaire des prochains mois pour laquelle il existe encore de nombreuses inconnues. Quant au second semestre 2020, il dépendra des conséquences que cette crise sanitaire aura provoquées sur l’économie, telles que le niveau de chômage et des revenus des ménages. »

C’est aussi vrai pour la plupart des entreprises en France, mises à part celles qui sont restées en activité pendant la crise.

 

Régis Bourdot 

Images DR : CAPEB - I+C / Xerf

À propos de la CAPEB : 

 

La CAPEB, Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment, est le syndicat patronal représentant l’artisanat1 du Bâtiment, lequel dénombre :

  • 555 261 entreprises employant moins de 20 salariés2, soit 98% des entreprises du Bâtiment3
  • 640 621 salariés, soit 59% des salariés du Bâtiment
  • 55.300 apprentis, soit 79% des apprentis du Bâtiment

Ces entreprises réalisent 84,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 64% du CA du Bâtiment

 

1  Définition d’une entreprise artisanale : une petite entreprise qui peut employer ou non des salariés et qui est inscrite au Répertoire des métiers. 

2  Ce chiffre (555 261) comprend les 138 639 autoentrepreneurs inscrits au SSI (ex-RSI),

3 Ces chiffres sont extraits de la nouvelle publication : « Les chiffres clés de l’artisanat du Bâtiment 2019 »

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