Construction durable : « On commence à avoir des mutations », d’après Trecobat Vie des sociétés | 25.04.19

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Constructeur de maisons individuelles, Trecobat s’est très vite tourné vers des solutions plus respectueuses de l’environnement. En témoignent deux réalisations majeures : la Villa E-Roise, qui s’inscrit dans le cadre du projet Comepos (Conception et construction Optimisées de Maisons à Énergie Positive), et la maison Guipavas, lauréate du concours « Bâtiment durable E+C- » du SNBPE (Syndicat national du béton prêt à l’emploi). En exclusivité, Régis Croguennoc, directeur technique et informatique, nous en dit plus sur la démarche initiée par l’entreprise et ces habitations exemplaires.

Pourquoi l’entreprise Trecobat s’implique-t-elle autant dans la construction durable ?

 

Régis Croguennoc : Il y a plusieurs motivations derrière cela. Il y a avant tout un historique qui explique cette démarche-là, qui remonte au Grenelle de l’Environnement et aux retombées qu’il y a eu après. Cela s’est concrétisé, pour nous, sur le volet énergétique. Très tôt, nous avons été précurseurs car il y avait un vrai intérêt, mesurable pour le client final. On parlait vraiment d’économies d’énergie et de maisons qui, dans la durée, pouvaient bénéficier de garanties de performances sur le volet énergétique.
À l’époque, nous avions une équation : le dépassement des coûts de construction était globalement compensé par les économies sur l’énergie. Ce modèle a très vite trouvé son point d’équilibre. Dès 2012, Trecobat était prêt, avec des solutions et systèmes qui pouvaient répondre à ce marché-là et se passer des subventions (Prêt à taux zéro, aides environnementales, etc.). Cela nous a montré qu’avec une ingénierie et une assistance technique et économique, nous pouvions monter des projets et faire avancer la filière.
Maintenant, le défi qui se présente devant nous concerne plutôt la réduction de l’empreinte carbone de la maison. Le problème, c’est que nous n’avons pas vraiment de données économiques et financières : ce n’est pas parce que, demain, une maison aura une faible empreinte carbone que les charges et mensualités du client vont baisser. Il faut donc bien distinguer la construction et l’exploitation.

 

 

Vous avez été lauréat du concours du SNBPE « Bâtiment durable E+C- » avec la maison Guipavas. Selon vous, quels sont les éléments majeurs qui vous ont permis d’être récompensés ?

 

R.C : Sur le volet carbone, c’est clairement grâce au béton bas-carbone que nous avons pu atteindre le niveau 2.
Pour le reste, nous n’avons pas fait d’effort particulier pour rechercher à optimiser le bas-carbone. Pour l’énergie, le niveau E3 est le résultat de plusieurs méthodes que l’on connaît aujourd’hui. Nous avons mis en place un système de pompe à chaleur double service et quelques panneaux photovoltaïques en autoconsommation.

Concernant la construction, nous avons plutôt travaillé avec nos partenaires industriels sur la manière concrète et opérationnelle de construire une maison qui serait reproductible. Nous sommes dans une évolution mesurée et intelligente, dans le sens où on ne va pas complètement casser ou bouleverser les codes de la construction et de l’ingénierie, mais où nous essayions de voir, au moment où nous avons lancé cette réflexion, ce qu’il était possible de faire ou d’améliorer.
Grâce à ce projet, nous avons beaucoup appris. Cela nous a permis de travailler sur la partie produits, et tout particulièrement sur le béton, qui est l’un des facteurs majeurs de la réduction de l’empreinte carbone de la maison. Par ailleurs, 90% de nos constructions sont construites en parpaing avec des montages plutôt traditionnels. Avec ce chantier, nous nous sommes rendus compte grâce à Point.P qu’il fallait que nous apprenions à monter des parpaings avec une technique de collage pour réduire l’impact environnemental.

 

©Point.P
 

 

Que représente, pour vous, cette victoire au concours du SNBPE ?

 

R.C : Nous avons eu des retours très favorables de la filière bâtiment. Nous sommes vraiment sur une communication envers les professionnels, dont les retombées ont été positives. Cela nous offre un relais et de la crédibilité. Nous sommes aussi régulièrement sollicités pour voir quelle suite nous allons donner à ce projet. Notre vocation, c’est de répéter ce que l’on a fait à grande échelle, puis d’avoir des partenaires industriels. Le fait que Trecobat soit cité en partenariat avec de grands groupes donne un cap et des perspectives qui soulèvent, pour tous les industriels, des questions sur la stratégie qu’il va falloir mettre en place pour développer le bâtiment bas-carbone.
 

 

Vous avez également participé au projet Comepos avec La Villa E-Roise. Que pouvez-vous nous dire sur cette construction ?

 

R.C : La maison Comepos était déjà une première tentative. Nous avions vu que le montage en parpaing rectifié-collé permettait d’économiser 11 tonnes de sable et 1,5 tonne de ciment. La problématique est simplement de trouver les bons produits et les bonnes colles, tout en restant dans un périmètre économique identique aux façons de faire précédentes.
 

 

Avez-vous d’autres projets similaires, ou des commandes pour reproduire ces maisons ?

 

R.C : Ce qui est certain, c’est que nous voulons structurer la partie distribution du béton bas-carbone avec Point.P. Comme nous bénéficions d’un maillage territorial performant, nous allons, dans les semaines qui viennent, très certainement initier d’autres projets avec d’autres grands acteurs de la filière. Cette initiative vise à nous challenger et à nous créer un réseau à partir duquel nous aurons cette capacité de monter la maison partout de la même façon.

Cela aura un effet vertueux pour ces industriels, puisqu’il est toujours intéressant pour une entreprise qui fait beaucoup de volume d’avoir cette capacité d’entraînement des autres. Dès lors qu’une filière est constituée, elle va servir au plus grand nombre.
Il y a également d’autres stratégies. Ce qui est intéressant pour nous, c’est le côté industriel des échanges qu’on peut avoir. Entre autres, nous avons développer notre propre maquette numérique chez Trecobat. Aujourd’hui, ce BIM nous sert essentiellement à être très réactifs et précis dans le calcul des prix de vente, puis dans le traitement ou pré-traitement des commandes. Cet outil va nous permettre de valoriser en impact carbone, non pas des produits dans le détail, mais le poids carbone d’un système.

 

Il y a un autre volet sur lequel nous travaillons : le fait d’industrialiser les produits. Nous avons lancé, en 2018, une deuxième usine de fabrication de murs à ossature bois, mais d’aspect « maison traditionnelle ». L’idée, c’est de créer le plus possible de valeur dans les murs dans nos usines pour réduire nos interventions sur chantier. Qui dit moins d’intervention, dit moins de déplacement, et donc indirectement, moins d’émission carbone.
 

 

Selon vous, les professionnels du secteur prennent-ils conscience de la nécessité d’évoluer vers une construction plus durable ?

 

R.C : Oui, clairement, et dans tous les domaines. Il n’y a pas un industriel qui ne m’en parle pas en me demandant : « Est-ce que tu veux mes fiches FDES ? », « Comment est-ce que tu veux les utiliser ? », « Comment on pourrait faire pour essayer de travailler ensemble pour réduire mon empreinte carbone ? », etc. Il y a beaucoup de questions par rapport à cela. On commence à avoir des mutations.
 

 

Quelles sont vos perspectives d’avenir ?

 

R.C : Sur la construction durable, nous avons la particularité de proposer aussi de construire des maisons à ossature bois. Pour autant, l’usine que nous avons lancée à Rennes en 2018 va fabriquer des murs à ossature bois, mais nous n’allons pas mettre en avant que l’on vend des maisons à ossature bois.

Concernant la partie expérimentation sur chantier, nous continuons à développer des solutions en partenariat avec des industriels, notamment sur la thématique de la qualité de l’air intérieur sur laquelle nous avons fait beaucoup de progrès, mais sans arriver au bout de ce que l’on doit faire. Ce sur quoi nous travaillons surtout, c’est le développement de services aux clients après remise des clés, à travers une relation digital qui est portée par notre application Nestor. Par exemple, nous avons inauguré fin 2018 notre deuxième maison connectée, sur laquelle nous avons déployé de nouveaux systèmes plus simples et plus performants.

Un autre projet sur lequel nous aimerions travailler, et pas seulement à l’échelle de Trecobat, c’est la mise en place d’équipes pluridisciplinaires. Par exemple pour le second œuvre, vous avez une équipe de trois personnes avec chauffagiste, électricien et plombier, avec un leader pour chaque corps d’état qui se fait aider des autres. Ce que l’on aimerait faire, c’est l’inverse de ce schéma séquentiel, afin de gagner beaucoup de temps et de qualité de vente. Cela passe aussi par une refonte et des réflexions à avoir au niveau des filières de formations.


                       

Des solutions performantes au service de la maison de demain

 

Dans le cadre du chantier de la maison Guipavas, Trecobat a collaboré avec Point.P, qui en dit plus sur les solutions mises en œuvre sur cette réalisation. Celles-ci « prenaient en compte l’économie circulaire, la réduction de l’empreinte carbone, le gain énergétique à l’exploitation et la perméabilisation des sols afin de répondre au référentiel E+C- ». Dans ce sens, la maison témoin dispose d’uns structure en béton issu de granulats recyclés produits localement, du ciment à basse empreinte carbone (type CEM III/B) et un superplastifiant biosourcé. Le béton, drainant cette fois, est également présent le long des allées et au niveau des terrasses. Enfin, Point. P a fourni les blocs béton à coller qui viennent grandement faciliter les travaux de maçonnerie.

 

Fabien Carré

Redacteur

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