Fermer

Ingénieure dans le BTP, une voie à encourager par la représentation et l'éducation

Comment encourager la féminisation dans l’ingénierie du BTP ? Pour Christine Quinola, ingénieure dans l’industrie et bénévole au sein du réseau ESTP au Féminin, il convient de miser sur deux axes : la représentation, mais aussi l’éducation aux savoirs scientifiques. Entretien.
Publié le 07 mars 2022

Partager : 

Ingénieure dans le BTP, une voie à encourager par la représentation et l'éducation - Batiweb

Selon un observatoire, en 2021, dans la population des ingénieurs en France, 23 % sont des femmes. Dans le BTP spécifiquement, tous postes confondus, 88 % sont des hommes, et parmi les 135 000 salariés ingénieurs et assimilés cadres, 16,5 % sont des femmes.

Autant dire que pour ce qui est de la féminisation de l’ingénierie de la construction, « on peut effectivement mieux faire », estime Christine Quinola. Et cette professionnelle diplômée de l’École Spéciale des Travaux Publics du bâtiment et de l’industrie (ESTP) sait de quoi elle parle. D’abord partie dans l’industrie après ses études, plus précisément sur des projets dans le secteur du pétrole et du gaz, l’ingénieure a toujours gardé le BTP dans son champ de vision.

Au sein du réseau ESTP au féminin, elle a organisé cinq éditions de trophées mettant à l’honneur des femmes ingénieures. L’occasion pour Christine Quinola de constater que les femmes « sont partout », que ce soit dans l’immobilier, l’ingénierie, le bâtiment, les travaux publics, l’audit et le conseil, ainsi que dans l’industrie.

« Il est toujours intéressant de découvrir ces profils qui exercent sur des chantiers de routes, dans des bureaux d’études, des plateformes offshores ou sur des monuments historiques », commente-t-elle.
 

Renforcer la représentation 

 

À la fois fondatrice de la plateforme de formation Calliroxe et bénévole au sein du réseau ESTP au Féminin, Christine Quinola a une assez bonne vue d’ensemble, pour constater que la féminisation des secteurs progresse.

« Nous avons souvent des entreprises sponsors dont la féminisation est au cœur de leur stratégie de recrutement. Il y a l’index d’égalité qui est venu soutenir cette prise de conscience. Mais l’engagement de ces entreprises est lié à des expériences réussies d’équipes de travail mixtes », observe-t-elle.

Toutefois, « la féminisation est au-delà des métiers d’ingénieurs. Je pourrais vous parler des métiers d’ouvriers dans le BTP où là on est à 8 %. Il y a de plus en plus de campagnes publicitaires sur les quais de gars et de métro où l’on voit des femmes sur des chantiers. Je crois que la représentation compte », appuie-t-elle.

D’où l’intérêt des trophées ESTP ou d'autres actions visant à casser ce déficit d’image et communiquer sur les besoins de la filière dans différents métiers. Parmi ceux cités par Christine Quinola, on trouve la digitalisation avec la modélisation de bâtiments, l’optimisation énergétique du parc existant, l’entretien du patrimoine historique, comme des ponts, routes, réseaux de transport existants.

Cultiver l’esprit scientifique

 

La représentation des femmes dans l’ingénierie fait partie des 26 propositions aux candidats à la présidentielle, émises communément par les associations Femmes Ingénieures, Femmes et mathématiques, ainsi que Femmes & Sciences.

Autre axe abordé par ces professionnelles de l’ingénierie : l’éducation.

« L’enseignement scientifique doit rester un enseignement respecté et avec les moyens associés. Il ne peut être lié à un genre », encourage Christine Quinola. « Nous pouvons accompagner les enseignants sur les thématiques scientifiques. La culture scientifique est un pilier d’un esprit critique. Il est intéressant aussi d’avoir des espaces d’échanges sur les problématiques que l’on peut rencontrer lors de sa vie professionnelle. De plus en plus d’écoles d’ingénieurs ont leur réseau au féminin pour organiser ces échanges », poursuit-elle.

Selon Christine Quinola, il convient d’inspirer des ouvriers du BTP pour accompagner cette dynamique : « Le monde du BTP a une culture de compagnonnage et se dire qu’on soutient de jeunes diplômés fait partie de cette culture. Aujourd’hui on emploiera peut-être plus le terme de mentorat pour les profils d’ingénieurs. Dans des projets publics les liens avec les établissements scolaires sont importants. Je prends l’exemple du Grand Paris où des élèves ont pu choisir le nom du tunnelier. Il y a des visites de chantiers qui peuvent être organisées. C’est déjà aiguiser la curiosité ».


Propos recueillis par Virginie Kroun
Photo de une : Adobe Stock
 

Par Virginie Kroun

Sur le même sujet

bloqueur de pub détecté sur votre navigateur

Les articles et les contenus de Batiweb sont rédigés par des journalistes et rédacteurs spécialisés. La publicité est une source de revenus essentielle pour nous permettre de vous proposer du contenu de qualité et accessible gratuitement. Merci pour votre compréhension.