iQspot, des capteurs pour une collecte en temps réel des consommations Vie des sociétés | 15.02.21

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Depuis trois ans, iQspot commercialise des capteurs pour collecter en temps réel les consommations de tous les fluides et alerter des éventuelles dérives. La startup bordelaise, qui a récemment ouvert un nouveau bureau à Station F (Paris), apporte ainsi une solution pour une analyse « fine » de la donnée, et se présente comme un allié pour relever les défis liés au décret tertiaire. Gaëlle Ricquebourg, directrice marketing chez iQspot, revient sur la genèse du projet, et nous explique le fonctionnement des capteurs.

Conscience écologique, valorisation des actifs, obligations réglementaires… Les raisons pour lesquelles les gestionnaires immobiliers entreprennent des actions pour améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments, sont variées. Si les gestes se font plus nombreux en termes de rénovation ou de renouvellement des équipements, il n’est pas toujours évident de mesurer leur impact, les données n’étant pas systématiquement disponibles, ou difficilement accessibles. Une des solutions pour remédier à cela, est la pose de capteurs, des appareils qui vont venir mesurer les consommations énergétiques, et transmettre des données. 

iQspot, jeune pousse bordelaise, a fait de l’efficacité énergétique des bâtiments tertiaires, sa spécialité. La startup a conçu une solution « clé en main » qui permet de collecter, en temps réel, les consommations de tous les fluides, et d’alerter des éventuelles dérives. 

Les mathématiques appliquées au bâtiment

La société a été fondée en 2015 par Julien Bruneau et Quentin Enard, deux ingénieurs docteurs qui se sont rencontrés à l’Inria. Ensemble, ils ont commencé à travailler sur des capteurs IoT et sur l’intelligence artificielle. Très vite, ils se sont rendu compte que ces technologies avaient toute leur place dans le monde du bâtiment et des économies d’énergie puisqu’elles permettaient de capter des données de confort, de santé, de bien-être, et aussi d’agir sur l’efficacité énergétique, « et par voie de conséquence sur les émissions de carbone », nous explique Gaëlle Ricquebourg, Directrice marketing chez iQspot. 

©iQspot 

Les capteurs, commercialisés depuis trois ans, ont fait écho, notamment auprès des investisseurs, des gestionnaires immobiliers ou des property manager. « Nous sommes dans un secteur qui est très segmenté, où il y a énormément de parties prenantes ». Les capteurs sont placés sur les compteurs, collectent les données en continu et les analysent. Leur mise en place est très rapide : « Pour un bâtiment de 5 000 m2, ça prend moins d’une demi-journée, et c’est effectif tout de suite ». Au bout d’une journée, on peut en effet voir s’il y a bien un réduit de température la nuit, ou détecter si la climatisation marche en même temps que le chauffage. Sur cet usage thermique, qui représente 60 à 70% des usages, les dérives sont très rapidement identifiées. « C’est plus un usage qui va être lié à la bonne gestion du bâtiment », souligne Gaëlle Ricquebourg, rappelant que le fait de régler la température à un degré de moins, permet une économie d’énergie autour de 7%. 

Bien sûr, les consommations dépendent aussi du comportement des occupants auprès desquels il est nécessaire de faire de la pédagogie. L’intérêt des capteurs est qu’ils peuvent être apposés sur des compteurs généraux ou des sous-compteurs qui prennent en compte d’autres usages, comme les ascenseurs, l’éclairage… Cela facilite la mise en place d’une stratégie, d’une politique de comportement vertueux, et permet de constater si les actions mises en place, ont eu l’effet escompté sur les consommations. 

Des alertes selon la typologie des bâtiments

« Les seuils d’alerte sont guidés par des algorithmes », précise la directrice marketing. « Nous avons deux façons de poser des alertes. La première, c’est par rapport au comportement historique du bâtiment ». Elle prend l’exemple des fuites d’eau. « C’est l’un des segments le plus apprécié par nos clients. Une chasse d’eau qui fuit, ou un robinet qui est resté ouvert, ça va se voir immédiatement ». Deuxième méthode, l’ensemble du parc est pris en compte. L’algorithme établit alors un seuil selon le comportement du même type de bâtiment, en prenant également en compte la date de construction, l’emplacement géographique…

Pour aller plus loin dans l'accompagnement de ses clients, iQspot organise généralement des échanges tous les trimestres pour faire le point sur les anomalies constatées et sur les actions qui pourraient être entreprises. « Ça permet aussi de rendre compte des économies d’énergie réelles, et de les traduire en gain financier ». Il est estimé une réduction de 10% à 20% de la consommation énergétique des bâtiments tertiaires, dès les premières semaines d’installation. « Évidemment, ça dépend du réglage préliminaire du bâtiment. On va avoir moins de gains immédiats sur un bâtiment déjà bien réglé ». Pour ce qui est du prix, iQspot préfère raisonner en termes de ROI, de l’ordre de 2 à 6 mois. « Aujourd’hui, nous sommes sur un engagement de trois ans, ce qui permet de lisser le prix ». Le prix (au m2) de l’abonnement annuel comprend l’installation, la maintenance des capteurs, un accès illimité à la solution, les rapports d’énergie management, etc. « L’idée, c’est que ce soit vraiment clé en main ». 

Les capteurs ont une durée de vie entre 4 et 8 ans. « Elle est très longue ». Autre spécificité : « Nous avons travailler avec nos fournisseurs français sur le fait de pouvoir changer les piles, ce qui n’était pas le cas auparavant ». 

Une aide à la décision

Grâce aux capteurs, les clients ont une vue d’ensemble sur leur parc immobilier. « Les asset manager ou les investisseurs vont pouvoir identifier immédiatement quels sont les bâtiments les plus énergivores, se concentrer sur les bâtiments qui consomment et émettent le plus, et donc arbitrer des priorités ». Qu’en est-il du traitement des données ? « Ce qui est communiqué, c’est un index de toutes les heures de consommation. On ne peut absolument pas capter autre chose. Les données collectées sont hébergées sur des serveurs localisés en Europe ». Quant à la plateforme (propriétaire) de collecte des données, « elle est adaptative et multiprotocole, ce qui nous permet de remonter des données déjà existantes, au-delà de celles issues de nos capteurs, et de nous adapter aux évolutions technologiques futures ». 

Acculturer le marché

iQspot a atteint le million de m2 équipés en 2020, et annonce vouloir doubler la surface cette année. Pour ce faire, la société va continuer d’acculturer le marché. « On sent le poids du décret tertiaire, mais encore plus que ça, la prise en compte du risque climatique qui est vraiment perçu comme un risque financier ». De plus en plus d’entreprises se lancent aussi dans une démarche RSE. « Les investisseurs institutionnels sont particulièrement sensibles à cela, parce que c’est leur image de marque. Il commence à y avoir une décote sur les bâtiments énergétiques, entre 10 à 15% pour un bâtiment classé F par rapport à un bâtiment classé C, ce qui n’est pas négligeable », souligne Gaëlle Ricquebourg. Elle ajoute : « Parmi nos clients, il y en a beaucoup qui font du Breeam in use, sachant que notre solution leur apporte une étoile de plus sur ce référentiel, la labellisation d’actifs en exploitation, au-delà de la construction, c’est quelque chose qui prend de l’essor ».  iQspot compte aussi sur ses clients pour étendre sa présence. « Nos clients sont nos premiers ambassadeurs, ce sont des asset manager qui ont parfois plusieurs millions de m2, donc on peut déjà progresser sur leur parc ». 

La startup vient également d’être labellisée « Solar Impulse Efficient Solution », une initiative portée par la Fondation Solar Impulse et qui vise à récompenser 1 000 solutions à « impact positif » alliant protection de l’environnement et viabilité financière. De quoi renforcer la confiance des clients et futurs clients d’iQspot. 

Propos recueillis par Rose Colombel
Photo de une : ©iQspot

Redacteur

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