Les casques de chantier passent par la case recyclage Vie des sociétés | 23.02.16

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A l'horizon 2020, 70 % des déchets du BTP devront être recyclés, selon la directive européenne. Mais tous ne trouvent pas de filière, capable de les valoriser. C'était jusqu'alors le cas des casques de chantier, un équipement de protection individuelle (EPI) bien souvent oublié du tri. La société Triethic compte bien y remédier. Interview de son fondateur, Franck Binoche.

250 000 à 500 000 casques de chantier sont actuellement utilisés en France par les professionnels du BTP. Or, « aucune filière ne s'est intéressée, jusque là, à leur recyclage », s'étonne Franck Binoche, fondateur de Triethic, une société de collecte et de tri de déchets tertiaires implantée à Rueil-Malmaison.

Alerté à plusieurs reprises par des chefs de chantier, l'entrepreneur décide de se saisir du problème et crée CasquEthic pour le recyclage des casques de chantier et de sécurité.

« En théorie, chaque casque dispose d'une date de péremption, et devrait être rendu inutilisable par le chef de chantier. En pratique, l'équipement est jeté à la benne et certains ouvriers le réutilisent. Or, en cas d'accident, c'est la responsabilité de l'entreprise qui est engagée », rappelle Franck Binoche.

Lancée ce mois-ci, sa filière propose donc d'éviter ce genre de désagréments, en facilitant la collecte des casques de chantier obsolètes. Il suffit pour cela de contacter la société pour remplir un formulaire de demande. Un bon de commande est ensuite envoyé à l'entreprise, qui doit le renvoyer signé. Une ou plusieurs caisses-conteneurs, conçues spécialement pour cette collecte, sont alors livrées directement sur le chantier. L'entreprise de BTP appelle ensuite la société Triethic  qui envoie un camion de transport pour les récupérer lorsqu'elles sont remplies.

300 g de plastique recyclable

« Nous nous chargeons ensuite de retrier les casques. D'un côté, les casques avec des lunettes, de l'autre, les casques avec des dispositifs auditifs, ou encore des casques avec jugulaire etc. Nous les démantelons complètement, pour séparer les éléments à recycler. Puis chaque élément est stocké avant d'être envoyé vers une entreprise partenaire, alsacienne, chargée de la valoriser », détaille Franck Binoche.

Un casque comprend en moyenne 300 g de plastique recyclable, qui seront transformés en granulés puis revendus. Le tissus des jugulaires sera quant à lui envoyé vers une association de collecte de vêtements, lorsque les volumes seront suffisants.
 

Pour l'instant, l'entreprise vient tout juste de livrer son premier chantier en Île-de-France, géré par le groupe Eiffage. « Mais des discussions sont en cours avec des filiales de Vinci, la RATP et la SNCF », glisse le chef d'entreprise, qui envisage aussi de proposer ce service aux Direccte.

Des objectifs solidaires

« Notre service s'intègre parfaitement dans une démarche RSE, qui est de plus en plus demandée dans les appels d'offres », souligne M. Binoche. « Il est également plus onéreux pour les entreprises de traiter les casques de chantier en DIB (déchet industriel banal), et beaucoup moins valorisant de laisser aller toute cette matière première vers l'incinérateur ou l'enfouissement », ajoute-t-il.

En recyclant leurs casques de chantier, les entreprises favorisent aussi la pérennisation et la création d’emplois. Par cette démarche, elles bénéficient de la réduction de taxe Agefiph.

L'entreprise Triethic compte actuellement 14 salariés, dont 6 en situation de handicap. « Nous souhaitons continuer de créer des emplois, notamment pour les personnes handicapées souvent défavorisées sur le marché du travail », explique Franck Binoche.

A l'avenir, l'entreprise espère proposer 3 à 4 emplois à temps plein supplémentaires, si son objectif de 250 000 casques recyclés par an est tenu. L'entreprise s'inscrit aussi dans une démarche solidaire. Pour 100 casques recyclés, 10 euros sont reversés à l'association Solidarité Nouvelles pour le Logement, une association qui œuvre pour l’insertion par le logement des personnes en situation de grande précarité.

Claire Thibault
© Fotolia

Redacteur

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