Pour 74% des Français, le bois est trop peu présent dans les constructions Vie des sociétés | 06.05.21

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Selon une récente étude, une grande majorité de Français plébiscitent le bois dans le secteur du bâtiment, et approuvent à 92% la future réglementation environnementale (RE2020) qui, rappelons-le, fait la part belle aux matériaux biosourcés. Face à cet engouement, la filière bois s’est engagée à « aller plus loin », en se fixant notamment l’objectif de passer de 7% de logements en bois à près de 30% d’ici 10 ans.

Alors que la RE2020 entrera en vigueur le 1er janvier 2022, la filière bois a souhaité interroger les Français sur les orientations souhaitées par le Gouvernement. S’ils sont 78% à déclarer ne pas connaître la RE2020, 92% l’approuvent une fois informés de ses objectifs, et 89% soutiennent la décision des pouvoirs publics de privilégier les biosourcés.

L’étude menée par CSA révèle que 8 Français sur 10 font confiance à la filière bois pour sa capacité à décarboner le secteur du bâtiment, responsable de 19% des émissions de CO2 de la France. Ils estiment d’ailleurs à 94% que l’impact environnemental des matériaux devrait être bien plus pris en compte par la filière construction. Et 66% désignent le bois comme le matériau « le plus écologique », loin devant la brique (14%), le verre (8%) ou encore le béton (6%).

74% jugent le bois trop peu utilisé. Et c’est bien là une réalité puisqu’entre 8 et 10% des constructions neuves seulement sont en bois. Parmi les avantages du bois cités par les Français : le bois renforce le caractère naturel d’une construction (94%) et donne un sentiment de confort (91%). Selon les interrogés, le bois favoriserait l’isolation thermique (87%) et acoustique (79%), et permettrait d’embellir l’intérieur (91%) et l’extérieur (86%) d’un bâti.

Le matériau est également un plus pour l’achat ou la location d’un logement. 57% des Français confient qu’ils seraient prêts à payer plus cher pour acquérir un bien intégrant davantage de bois dans ses matériaux de construction.

Ils appellent ainsi à soutenir davantage la filière bois qui représente, selon 89% des Français, « un atout économique pour le pays », permet la création d’emplois (88%), et contribue à l’entretien des forêts et paysages (83%). Un soutien qui permettrait également de favoriser le bois français (dont la part dans la construction s'élève à 30%). Pour 96% des sondés, il est « important » que le Gouvernement mette en œuvre une politique de long terme favorisant la plantation d’arbres, et 92% une politique favorisant les investissements financiers pour accompagner le développement des industries de transformation du bois.

La filière bois en ordre de marche

Les résultats de l’étude ont été présentés lors d’une visioconférence de presse. A cette occasion, Luc Charmasson, qui dirige le Comité Stratégique du Bois, a rappelé que la filière souhaitait « un emploi raisonné » du matériau et « redonner la place au bois avec un volume suffisant et nécessaire pour une juste performance ».

L’objectif affiché de la filière est de passer de 7% de logements en bois « à une proportion significative » dans les 10 prochaines années, a indiqué Frédéric Carteret, président de France Bois Industrie Entreprise. « On peut penser 30%, essentiellement via la mixité des matériaux utilisés », a-t-il poursuivi, le tout étant de mettre le bon matériau au bon endroit. 

Pour y parvenir, les intervenants sont revenus sur le plan Ambition Bois Construction 2030 présenté en février dernier, qui est également une réponse à la RE2020. 10 engagements avaient été pris pour faciliter la transition du secteur du bâtiment vers la neutralité carbone. Ils portent sur la formation, l’emploi, l’investissement, la recherche et le développement, le développement de l’offre de bois français, l’implantation dans les territoires, la mixité des matériaux, la gestion durable de la forêt, la réduction des coûts et le recyclage du bois en fin de vie.

A ce jour, la filière bois représente 392 000 emplois directs. De nombreux emplois pourraient être créés si le marché de la construction mixte venait à se développer (205 000 emplois directs pour une valeur ajoutée de 10 mds d’€ par an), selon un communiqué.

« Les Français nous disent que notre filière à un rôle à jouer pour l’environnement. Nous avons une crédibilité du fait de notre antériorité et de notre ouverture à d’autres secteurs. Nous recevons ce message avec enthousiasme. Nous sommes heureux de travailler pour un matériau aussi noble et naturel dans un secteur en plein devenir », a déclaré Luc Charmasson. « Cela vient conforter des choix que nous avons fait et l’ambition que nous avons établie, et nous oblige à aller plus loin ».

La filière estime être préparée pour relever les défis. En amont, elle s’engage par exemple à planter 50 millions de plants en 2021 et 2022, et de planter ensuite un arbre par Français et par an, soit à terme environ 70 millions d’arbres par an jusqu’en 2035. Elle prévoit également de mieux exploiter les différentes essences, les résineux étant les plus présents dans les constructions « pour des raisons mécaniques et économiques ». « Nous devons utiliser davantage le feuillus dans la construction », le chêne, le hêtre par exemple. En ce sens, la RE2020 devrait permettre de voir se développer toutes ces essences. Il faudra également adapter les essences au réchauffement climatique, comme le cèdre ou le séquoia.

Les majors du BTP, qu'ils soient constructeurs ou promoteurs, sont toujours plus nombreux à vouloir se tourner vers le bois, souligne la filière, à l'image de Bouygues Bâtiment France Europe qui s’est engagé, ce 6 mai, auprès de la Fédération nationale du bois et du label Bois de France pour inclure, dans ses constructions, 30% de bois français dès 2021, avec l’objectif de porter cette part à 50% dès 2025. « Pour nous, c'est très important car nous avons besoin de contractualiser dans la durée pour programmer nos investissements et les mettre à niveau de ce que sera la demande », s'est félicité Nicolas Douzain Didier, délégué général de la Fédération Nationale du Bois. 

Pour réduire les coûts de revient, la filière s’engage à investir massivement dans les outils de transformation. Pour répondre à la RE2020, 800 millions d’euros d’investissement par an seront nécessaires dans les 5 prochaines années, a précisé Luc Charmasson. Dans le cadre d’un second plan de relance, la filière espère être mieux dotée. Pour rappel, elle avait bénéficié d’1 milliard d’euros dans le cadre du programme France Relance.

Rose Colombel
Photo de une : ©Adobe Stock

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