RE2020 : les fabricants de radiateurs électriques appellent à revoir le CEP.nr Vie des sociétés | 26.01.21

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En novembre dernier, le ministère de la transition écologique présentait les contours de la RE2020, une réglementation de rupture, qui doit permettre la construction de bâtiments plus respectueux de l’environnement. Certaines annonces ont suscité de vives réactions, notamment concernant les solutions de chauffage que le texte devrait favoriser. Nous avons interviewé le Gifam pour qu’il revienne sur les ajustements nécessaires pour rendre possible le déploiement de tous les équipements performants et décarbonés.

Début janvier, le Gifam alertait le ministère de la transition écologique sur les conséquences « prévisibles » des orientations envisagées dans le cadre de la RE2020. Le groupement appelait à penser une réglementation qui permette le déploiement de toutes les solutions de chauffage et de production d’eau chaude décarbonées, qui dans la version actuelle du texte, se retrouveraient quelque peu condamnées. 

Pour bien comprendre la position du groupement, nous avons interrogé Eric Baudry, Président de la Commission Thermique du Gifam, ainsi que Patrick Le Dévéhat, directeur Technique. Ce dernier nous explique que le Gifam a souhaité, avant même la sortie de la RT2012, que les aspects CO2 soient pris en compte dans la réglementation, une recommandation faite il y a 10 ans auprès du Conseil d’État. Le groupement se satisfait ainsi de l’intégration d’un indicateur carbone dans la future loi.

 « Dans sa version du mois de décembre, nous sommes en phase et en plein accord avec l’ensemble des points de la RE2020, à la fois sur le mode constructif et sur la question de l’équipement. La seule demande que l’on a, c’est un desserrement de la contrainte sur le coefficient d’énergie primaire non renouvelable », souligne Eric Baudry.  

Un aménagement qui doit permettre le déploiement « de solutions qui, techniquement et économiquement, tiennent la route, surtout dans un bâti encore plus isolé », ajoute Patrick Le Dévéhat. « Le Bbio pour nous, c’est super important. On dit que la meilleure énergie c’est celle qu’on ne consomme pas. On est vraiment dans cette démarche : nous avons toujours été en faveur d’une isolation extrêmement performante, parce que dans le cadre du chauffage électrique, c’est le couple gagnant », poursuit-il. 

Le Gifam souligne que son intention n’est pas de dire que seuls radiateurs de dernière génération sont légitimes. « Les pompes à chaleur, c’est une très bonne solution électrique mais attention, dans certaines configurations, les solutions à effet joule nous paraissent parfaitement adaptées pour répondre aux besoins, avec une souplesse. On n’a pas toutes les problématiques d’installation, d’aller chercher les calories extérieures, de gainer… ». Une solution qui a donc ses avantages, notamment couplée à un chauffe-eau thermodynamique, dont la principale source énergétique est renouvelable, et qui reste l’équipement plébiscité en RT2012. 

Des solutions qui se modernisent 

Eric Baudry revient sur les caractéristiques des appareils de chauffage électrique. « On raisonne sur la performance, sur la pilotabilité, sur le design et sur la possibilité que procure l’appareil de s’effacer ». Il explique travailler avec des énergéticiens sur des programmes d’effacement qui doivent permettre au chauffage électrique de réduire « plus encore » sa contribution à la pointe. Il insiste : « La véritable réponse de la contribution du chauffage électrique à la pointe, c’est le chauffage électrique des autres énergies ». Des appareils de chauffage mobiles qui se retrouveraient davantage dans des logements chauffés au fioul ou au gaz, qui sont peu chers mais extrêmement gourmands en énergie « parce que ça fait des appels de puissance de 2 000 watts instantanément ». 

Revenant sur les capacités d’effacement des systèmes électriques, Patrick Le Dévéhat évoque l’approche Smart Grids, l’intelligence des réseaux et des bâtiments pour s’adapter aux modes de contribution, et pour communiquer. De quoi optimiser la production, la distribution et la consommation de l’énergie. Et inscrire pleinement le bâtiment dans la transition énergétique et numérique. 

Avancer et ne plus reculer

Comme évoqué précédemment, le Gifam appelle à revoir le CEP.nr*. « Nous, ce que nous demandons, c’est que soit desserré légèrement sur un seuil de 8% supplémentaire la contrainte du CEP.nr ». Sur l’entrée en vigueur de la RE2020, le groupement ne voit pas en quoi un report pourrait être justifié. Eric Baudry considère même que repousser la date serait « un constat d’échec » pour les ministres qui « ont posé une ambition forte avec un schéma de rupture relativement important » avec une mise en avant de la dimension carbone, qui n’est pas propre au logement. L’industrie a embarqué depuis 4 ans « tout un tas de mesures et d’aménagement dans le cadre du programme de l’industrie du futur, avec de l’optimisation et de la décarbonation. Ce qu’on peut admettre, c’est qu’il y a une durée d’appropriation puisque cette RE demande aussi une évolution des procédés de construction. Il y a eu une évolution mais pas de révolution ». 

A travers l’expérimentation E+C-, qui a été un véritable laboratoire à ciel ouvert, plus de 400 cas de logements ont été étudiés. Une période d’essai qui a permis « à tout le monde de se préparer. A un moment, il faut tourner la page », estime Patrick Le Dévéhat.

Quant aux solutions, « elles existent, que ce soit pour le traitement de l’air, pour le chauffage, pour la production d’eau chaude et quelles que soient les énergies (…). On sait faire des choses qui marchent, qui fonctionnent. Toutes ces solutions intelligentes, radiateurs électriques connectés, chauffe-eau… On les conçoit et on les fabrique en France. Il ne faut pas oublier cette dimension nationale ». Les sites industriels représentent 7 500 emplois. « Derrière, il y a 40 000 emplois indirects. On a des industriels français qui ont investi plus de 700 millions d’euros en 10 ans. On est sur de la haute technologie. Qu’on ne vienne pas nous parler de grille-pain », s’exclame le directeur technique du Gifam. 

« Nous faisons aussi des choses bien en matière de solutions thermiques. La France est le pays qui est soumis au plus grand nombre de normes et de contraintes. La quasi-totalité de nos adhérents, sont à opérer, sur le territoire français, des sites industriels qui embarquent des solutions de zéro déchet », détaille Eric Baudry. Rien à envier donc à « la Dutch Qualitat ». 

Mais si le secteur est prêt pour répondre aux exigences prévues par la RE2020, et doit d’ailleurs s’y engager, Eric Baudry estime nécessaire de poursuivre l’accompagnement de la filière construction, de former, d’informer tous les publics sur les solutions existantes. Au niveau de la filière, il dévoile que les industriels français accompagnent déjà les professionnels, électriciens, plombiers-chauffagistes ou aéroliciens, qui assurent la pose, la commercialisation et l’installation des produits. « Nous avons une filière d’excellence en France », conclut-il. 

* CEP.nr = Coefficient d'Energie Primaire non renouvelable : distinguera les consommations d’énergie de réseaux, dites non renouvelables

Pour un logement RT2012, en termes de coûts pour le consommateur, utiliser les solutions électriques revient actuellement à :

  • 55€/mois pour une maison de 90 m2 située dans le Centre-Ouest de la France,
  • 63€/mois pour une maison de 110 m2 située dans la même zone,
  • 41€/mois pour une maison de 90 m2 située dans le Sud-Est,
  • 52€/mois pour une maison de 110 m2 située dans la même zone.

Les besoins en énergie seraient encore inférieurs dans le cadre de la RE2020, avance le Gifam. 


Propos recueillis par Rose Colombel
Photo de une : ©Adobe Stock

 

 

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