65% des architectes français souhaiteraient exporter

Architecture | 03.05.21
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Une étude réalisée par l’AFEX dévoile que 4,2% du chiffre d’affaires des architectes français est réalisé à l’export, une part qui pourrait être bien plus importante puisque 65% des professionnels ayant répondu à l’enquête déclarent souhaiter exporter. Quels sont les freins à l’export ? Quels sont les dispositifs d’accompagnement existants ? L’étude fait le point et formule des propositions pour accélérer la tendance.

A la demande du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, l’association Architectes Français à l’Export (AFEX) a réalisé une étude sur l’exportation de l’architecture française dans le monde.

L’AFEX revient tout d’abord sur les chiffres du secteur : en France, on compte près de 30 000 architectes. Le chiffre d’affaires 2017 s’est élevé à 6,3 milliards d’euros dont 260 M€ réalisé à l’export. Avec 4,2% de CA réalisé à l’étranger, les architectes français se classent seconds en Europe (en termes de volume de chiffre d’affaires) derrière le Royaume-Uni. Si cette part a progressé depuis 2005 (3,5%), la présence des architectes français dans le monde pourrait être bien plus importante. En effet, 65% des architectes ayant participé au sondage de l’AFEX, travaillant exclusivement en France, souhaiteraient exporter. A ce jour, 2,6% des agences françaises exportent. Et parmi elles, 8,2% sont des entreprises de plus de 20 salariés.

Pourquoi évoluer à l’étranger ?

Les raisons amenant les architectes français à exporter sont variées. Les professionnels interrogés citent par exemple l’accès à des projets de taille plus importante ou encore des opportunités plus grandes pour les jeunes agences. La liberté conceptuelle est également une motivation tout comme la notoriété apportée par les références à l’étranger.

De leur côté, les clients étrangers se laissent séduire par l’architecture française pour sa créativité, son savoir-faire dans la réalisation de bâtiments culturels et d’espaces publics, son expertise en matière de construction durable notamment, et pour sa capacité d’adaptation au contexte local, précise l’étude.

Quelles destinations pour s’exporter ?

L’étude souligne que les projets en Chine « se sont raréfiés » mais qu’ils s’accélèrent en Asie du Sud-Est et en Inde. L’Afrique « a le vent en poupe » tandis que les Amériques sont « globalement fermées ».

Concernant le profil des agences exportatrices, on retrouve :

  • L’agence « opportuniste ». L’architecte est contacté suite à un événement déclencheur.
  • L’agence « volontariste ». En général, le réseau à l’étranger est faible voire inexistant. Ces agences développent une stratégie « d’insertion » sur un marché étranger et d’opportunité.
  • L’agence « prédisposée ». L’architecte compte sur une expérience à l’étranger dès sa formation, et développe une « réelle » stratégie d’exportation.

Quels sont les freins à l’export ?

Malgré la volonté des architectes, des freins à l’export persistent. L’étude évoque quatre principaux obstacles rencontrés par les agences qui sont, en grande majorité, de petite taille : une trésorerie peu importante, des effectifs insuffisants pour effectuer des missions de veille et de prospection tout en maintenant l’activité en France, des difficultés à mobiliser des équipes de taille critique « aux yeux des clients étrangers » et l’impossibilité de « casser les prix » pour pénétrer un marché. Elles ont pourtant des atouts : souplesse, réactivité et agilité.

Un des facteurs d’échec souligné par l’étude est l’absence d’une stratégie d’export minimale qui se traduit par une absence de ciblage géographique, de projection dans le temps et de comptabilité analytique.

Comment accompagner les entreprises qui ambitionnent d’exporter ?

L’AFEX explique que des aides existent mais qu’elles ne sont pas toujours adaptées à la petite taille des entreprises (mais plutôt à des PME). La lourdeur des dossiers à monter est également citée, tout comme le manque de souplesse des dispositifs.

L’information et la communication sont des enjeux cruciaux, insiste l’étude. En effet, 63% des agences exportatrices ne connaissent aucune des aides à l’export et seulement un tiers de celles qui connaissent au moins une des aides y a recours. 80% des architectes qui souhaiteraient exporter estiment ainsi le manque d’informations comme le principal frein à l’export. Des informations sont en effet attendues sur les marchés, les appels d’offres, les modes d’exercices locaux, les réglementations, la fiscalité et les « meilleurs » partenaires locaux. Il est également nécessaire d’encourager les architectes à communiquer davantage sur leurs compétences et à entretenir leur réseau.

Parmi les propositions de l’association pour accélérer la tendance : définir des pays et marchés cibles pour l’export, un travail qui pourrait être mené par l’Etat en concertation avec les professionnels, le CNOA, l’AFEX, et avec l’appui de Business France.

L’AFEX recommande aussi de sensibiliser les agents publics en poste à l’étranger aux enjeux de l’architecture, et de promouvoir l’architecture comme un pan important de la diplomatie culturelle en multipliant par exemple les événements à l’extérieur. Il convient aussi de développer des initiatives d’accueil de jeunes professionnels étrangers dans des agences françaises et d’engager une réciprocité.

Enfin, il est indispensable d’adapter les dispositifs d’aide à l’export, et notamment leur montant et la durée d’effectivité et de remboursement, et d’améliorer la communication de l’Etat sur les dispositifs de soutien.

« Concertation, synergie, organisation et stratégie sont les maîtres-mots pour accroître les performances des architectes français à l’export », conclut l’étude.

Rose Colombel
Photo de une : ©Adobe Stock

Redacteur
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