Plongée dans la rénovation de la piscine de la Butte aux Cailles, à Paris Architecture | 27.11.14

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Plongée dans la rénovation de la piscine  de la Butte aux Cailles, à Paris Batiweb
Après une première réhabilitation dans les années 90, l’obsolescence de la piscine de la Butte aux Cailles a amené en 2011 la ville de Paris à établir un diagnostic ayant démontré la nécessité d’une seconde rénovation de remise aux normes, notamment en termes de confort, d’énergie et d’accessibilité. Lancé en 2013, le chantier s’est révélé complexe au vu des enjeux techniques et d’un cahier des charges lié aux monuments historiques très contraignant.
Il s'agit de l'une des plus anciennes piscines de Paris. C’est en 1924 que l’architecte et urbaniste de la ville de Paris Louis Bonnier réalise, au cœur du 13ème arrondissement, place Paul Verlaine, le bâtiment emblématique de la Butte aux Cailles pour compléter un établissement de bains-douches créé en 1908. Conçue avec toutes les avancées techniques et sanitaires de l’époque, son architecture atypique lui a valu son inscription à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques en 1990.

Malgré une première réhabilitation dans les années 90, l’obsolescence du lieu amène la ville de Paris à établir un diagnostic en 2011. Cette étude a démontré la nécessité d’une seconde rénovation de remise aux normes, notamment en termes de confort, d’énergie et d’accessibilité. Sélectionnée en 2011 pour son expertise technique dans le domaine des réhabilitations complexes et la mise en valeur patrimoniale des bâtiments, l’agence TNA Architectes a pour objectif de faire renaître les espaces intérieurs de ce monument.

Un cahier des charges très contraignant

Lancé en 2013, le chantier de renaissance de la piscine de la Butte aux Cailles s’est révélé très complexe, au vu des enjeux techniques et d’un cahier des charges lié aux monuments historiques très contraignant. L’hypothèse de tout détruire et reconstruire, fut abordée puis très vite abandonnée en raison de la contrainte de délai. Une opération de renforcement de béton (réparation du béton, ajout d’armatures, utilisation de résines, traitement, reprise et ré-enrobage de certains aciers, etc.) a été mise en place par TNA Architectes pour conserver l’âme de ce bâtiment.

Suite aux opérations de dé-carrelage et re-carrelage menées dans les années 90, intervenir une nouvelle fois sur ce revêtement risquait de nuire à l’étanchéité du bassin. Une solution ingénieuse utilisant de la résine pour sa fonction hermétique a alors été employée.

Une voûte en pavé de verre fragilisée

Détail architectural emblématique du style Art Nouveau, trois espaces circulaires incrustés de pavés de verre ornent la voûte de la halle de bassin. Au cours des années et avec la dilatation provoquée par les vapeurs d’eau, ces derniers se sont craquelés et risquaient de chuter, des filets de protection avaient même été installés. Afin de préserver ce symbole historique, l’équipe d’architecte a dû employer un échafaudage de plus de 15 mètres de hauteur pour accéder à la voûte.


Celle-ci a été découpée dans son épaisseur de 7 centimètres puis remplacée par un chevêtre en béton avec un croisement de poutres.  Annabelle Deverge, chargée de projet chez TNA explique : « Cela nous a permis d’enrober les aciers de 3 cm de béton, l’épaisseur minimale en milieu humide pour éviter l’oxydation ».

À cela s’ajoute un début de chantier très mouvementé avec plusieurs découvertes auxquelles l’agence TNA Architectes a dû faire face.

Un sous-sol qui menace de s’effondrer

La piscine est édifiée au dessus d’une carrière présentant un vide – connu mais finalement instable - de près de 300 m3 qu’il a fallu combler. Au cours des années, la présence de fuites, issues de certaines installations techniques dans les sous-sols, a créé un affaissement invisible du terrain qui s’est révélé sous les pieds des ouvriers lors des fouilles.

Sous la maîtrise de la Section Locale d’Architecture du 13e et en parallèle du chantier qui poursuit son cours à un rythme ralenti, des sondages sont commandés et des injections de carrière sont réalisés en urgence, permettant de régler le problème en moins de 3 mois. Outre une connaissance technique non négligeable, l’architecte se doit d’avoir une sensibilité importante pour aborder ce type de projet où les configurations et les volumes sont exceptionnels.

Un jeu de lumières naturelles et artificielles

L’objectif de TNA Architectes était de rendre à ce bâtiment son esthétisme d’origine à travers la réutilisation de couleurs monochromes et un jeu de lumières naturelles et artificielles. En effet, les rénovations successives avaient abouti à la présence de couleurs criardes, faisant disparaître une partie des ouvrages les plus marquants. La halle de bain retrouve donc ses tonalités sobres d’origine, pour mieux sublimer ses structures porteuses. Parmi les rares ornements, les frises carrelées, au dessus des bancs et sur les rebords du bassin, évoquent avec modernisme les motifs d’origine.

TNA s’est particulièrement attaché à travailler l’éclairage pour mieux révéler la dimension magistrale de cet espace et assurer le confort des baigneurs. L’équipe a non seulement privilégié la lumière naturelle offerte par la verrière et les pavés de verre, mais elle a aussi créé un véritable plafond lumineux. Fait unique pour une piscine, 14 lampes suspendues ont été installées audessus du bassin dans l’esprit initialement souhaité par Louis Bonnier.

Les cloisonnettes et les banquettes sont ponctuées de discrètes interventions contemporaines en béton BFUP de teintes bordeaux et grises, rappelant le projet et dessin d’origine de Louis Bonnier (selon les fouilles dans le sous-sol durant le chantier). Absents du projet d’origine, des casiers ont été mis en place avec la même rythmique et le même style que les cabines.

Enfin, la verrière a été totalement refaite dans le respect du style original, optimisant la transparence afin de laisser rentrer la lumière naturelle et révélant la seconde verrière au dessus en double peau.

A. LG
© Paul Kozlovski

Redacteur

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